‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 37 sur 360 · LE MANIFESTE DE BRUNSWICK · texte numérisé non relu

LE MANIFESTE DE BRUNSWICK

lions, ni les menaces ne devaient produire l’effet qu’on attendait. Les gens de biens^ c’est-à-dire les gentilshommes eux-mêmes, répondirent que leur place était à l’armée et renoncèrent à l’ancien régime, du moment qu’il fallait le rétablir avec l’étranger, et que la perte de l’Alsace pouvait être la condition de ce retour au passé. Il ne faut pas s’en étonner : des émigrés eux-mêmes commencèrent alors à comprendre que rien n’absout de la guerre étrangère suscitée à sa patrie. — Quant aux i^ebeltes, à la masse de la nation qui savait par expérience la différence de leur nouvelle condition avec leur condition ancienne, la menace lui parut justement un motif de défendre désespérément les bienfaits que les émigrés appelaient l’étranger à lui reprendre. (( Cet ancien régime, la grosse masse rurale leha.it par expérience et par tradition. Sitôt qu’elle aperçoit dans le lointain le rétablissement possible de la taille ou de la dîme, son parti est pris : elle se bat à mort. » Devoir ou intérêt, patriotisme ou haine, calculs ou sentiments, tout rapproche les Français dans un même élan de résistance contre les auteurs du manifeste qui se figuraient les intimider, les désunir et les vaincre aisément. Un étranger, qui n’a jamais absous les crimes dont il fut le témoin, mais qui fut un témoin clairvoyant, l’Américain Morris, résumait ainsi, le 17 août, l’effet des déclarations de Brunswick sur les Français : « Soyez tous contre moi, et faites bonne résistance, car vous n’avez plus d’espoir. »

Elles firent plus, pour déterminer à l’action les énergies nationales réveillées par la Révolution, que les appels d’André Chénier, plus même que la proclamation de la patrie en danger, antérieure de quelques jours. Les Girondins, après avoir par leurs intrigues compromis cette œuvre de restauration nationale, seule ressource pourtant que la France trouvât dans la crise où ils l’avaient jetée, s’efforcèrent encore d’exploiter à leur profit les passions populaires. Mais le jour où ils ont livré la Législative à l’émeute, ils ont eux-mêmes miné le terrain sur lequel ils avaient formé leurs précédentes intrigues. Ce

LA RÉPUBLIQUE, n’est plus dans l’enceinte d’une assemblée, c’est dans les sections et les clubs; ce n’est plus dans les comités, c’est dans la rue elle-même que doit se décider le succès de leurs trames. Ce domaine n’est plus le leur : ils y sont mal à l’aise, trop philosophes, trop lettrés, trop orateurs pour ce peuple qui veut des actes et non des paroles. Leur maladresse à manier l’émeute a paru dans l’échec qu’ils ont essuyé au 20 juin. Ils s’en rendent compte, se défient d’eux, et du coup sont suspects par leurs hésitations, dont les violents devinent les motifs. Le 24 juillet, Brissot est hué par eux, lorsqu’il propose à l’Assemblée la suppression du pouvoir royal et une régence aux mains de ses amis.

Alors, dans les quinze jours qui précèdent la ruine définitive de la monarchie, on voit les Girondins se rattacher désespérément, pour établir leur pouvoir, à l’Assemblée qu’ils ont détruite eux-mêmes. Ils touchent au but; mais par un effet fatal de la crise extérieure et intérieure qu’ils ont provoquée, le terrain se dérobe sous leurs pieds. Le 7 août, Pétion supplie Robespierre de retenir l’émeute, de laisser les députés proclamer la déchéance, Vergniaud et Guadet proposent à Louis XYI d’abdiquer. Il est trop tard : le roi est impuissant. Quand le 3 août il se déclare prêt à maintenir jusqu’à son dernier soupir l’indépendance nationale, personne ne le croit plus. Ses intrigues sont soupçonnées, et vont être connues. L’Assemblée ne peut plus ni dissimuler, ni délibérer : la rue a envahi les tribunes. Pour ne pas tout perdre, au moment décisif, les Girondins se résignent et subissent l’alliance des hommes qui savent diriger les masses populaires. Pour l’émeute qu’ils préparent, le 9 août au soir ils acceptent un auxiliaire, Danton, et se donnent un maître. Le pouvoir que, le 10 août, ils enlèvent au roi passe inévitablement au ministre de la justice, véritable chef du Conseil exécutif provisoire. (( On m’a reproché, écrivait plus tard Condorcet, d’avoir donné ma voix à Danton. Voici ma raison : il fallait un homme qui eût la confiance de ce peuple dont les agitations venaient de renverser le trône, un homme qui,

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