‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 38 sur 360 · DANTON · texte numérisé non relu

DANTON

par son ascendant, pût contenir les instruments méprisables d’une révolution utile, glorieuse, nécessaire. »

Toute la politique et le caractère des Girondins s’éclairent à cet aveu de la dernière heure. Il n’est pas possible qu’ils ne méprisent pas les organisateurs, et surtout les agents de l’émeute, Santerre, Maillard, Marat, Rossignol, des assassins ou des pillards. Mais ils les emploient au service de leurs ambitions, incapables sans eux d’accomplir la Révolution qu’ils souhaitent. « Je désirais l’insurrection, dira Pétion en 1793, mais je tremblais qu’elle ne réussît pas. » Elle a réussi, et pourtant leurs calculs ont été déçus. La République appartient à Danton.

Elle est à lui, du premier coup, parce qu’il l’a faite, et qu’il peut et veut la diriger dans le sens où elle s’est établie. Plus tard, devant ses juges, il revendiquera l’honneur d’avoir préparé le 10 août, et donné ensuite le signal de l’émeute en ordonnant la mort de Mandat. Danton est né en 1759 dans une famille de bourgeois champenois, qui comptait parmi ses membres des prêtres, des négociants, des hommes de loi. Par l’éducation qu’on donnait aux jeunes gens de sa classe, par sa science du droit, il avait pris place au barreau parmi les avocats, et ne semblait pas destiné à devenir un démagogue. Il l’avait été pourtant dès les premiers jours de la Révolution, par son admiration pour la plèbe romaine et ses héros, par l’effet de son tempérament physique qui le faisait peuple, en dépit de ses origines, de son instruction, de sa condition. Son portrait le plus ressemblant est celui d’un vrai paysan, le teint vermeil, les yeux d’un bleu clair intense, le nez petit et imperceptiblement formé, une ossature solide et des chairs saines. Tous les contemporains ont noté ses formes athlétiques. Ils le comparent à « un colosse, à un boule-dogue, à un géant des terres magellaniques )) . Son langage justifiait ces images ; son éloquence, ses plaisanteries, chaudes et colorées, étaient celles de la halle, de la rue, du ruisseau même. Par là il était compris du peuple, et s’il parlait sa langue, il comprenait aussi ses passions, les servait et les dirigeait.

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