PROPAGANDE OU PAIX
de Saxe-Teschen et les Autrichiens menaçaient à peine. L’armée du Rhin, commandée par Biron, mal équipée, mal armée, mais enthousiaste, suffisait à défendre l’Alsace contre les princes d’Empire qui ne se pressaient guère d’envoyer leurs troupes à l’Empereur. Les Suisses se décidaient, le 26 décembre 1792, à reconnaître la République; sur les Alpes enfin les soldats de Montesquiou et d’Anselme étaient de force à fermer les routes de la Savoie et du comté de Nice.
Les principaux dangers dont la nation eut alors à se garder venaient d’elle-même; l’ivresse de se sentir libre et victorieuse après s’être crue asservie et perdue ; et le souvenir des conquêtes anciennes réveillé par le succès facile qu’elle venait de remporter. Sur sa frontière, protégée de l’invasion, au nord, à l’est, au midi, les peuples saluaient sa victoire d’applaudissements qui devaient la griser plus encore que son propre orgueil. En Allemagne, les apôtres de la propagande, le Wurtembergeois Kœner, le professeur de Mayence, Dorsch ; les publicistes Schneider, de VArgus^ Cotta, de la Gazette pour les lumières et la liberté invitaient les Français à la croisade. Des Savoisiens réfugiés à Paris, des jacobins de l’Isère et du Lyonnais la souhaitaient et l’organisaient, tandis que les Niçois recherchaient l’armée d’Anselme. Des Belges de Liège surtout, des Bataves réfugiés depuis 1787, adressaient à la Convention les mêmes appels. Résisterait-elle à ces appels mieux que l’Assemblée législative, dans la joie du triomphe qui coïncidait avec ses premières séances? Il fallait qu’elle considérât la victoire comme inespérée et la paix comme nécessaire, pour renoncer au rêve formé par la Révolution d’émanciper les peuples autour d’elle. Elle hésita : dès le 3 septembre 1792, Duhem, un jacobin, lui demandait d’affranchir le Brabant, d’envahir les Electorats. Les Girondins, craignant de voir les Jacobins profiter à leur tour de cette croisade, la répudiaient : « Vous avez consacré le principe de ne point faire de conquêtes, » dirent-ils le 29 septembre à propos delà Savoie. — « Ne précipitons pas nos décisions, )>
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répliquait Danton embarrassé par les désirs de ses amis, la résistance des Girondins et les scrupules de son patriotisme.
Elles se précipitèrent pourtant, malgré lui, par l'entraînement du peuple et des armées à la suite des généraux chargés de la défense nationale. Ce n’est pas seulement à la fin de la Révolution que les chefs d’armée ont décidé des destinées de la France et de ses rapports avec l’Europe. Leur ambition, leurs intrigues, dès 1792, lui ont imposé une guerre de conquêtes, contraire à ses intérêts, conforme à ses traditions d’extension en Allemagne et aux Pays-Bas, sur les Alpes. La royauté est à peine ruinée que la République est déjà menacée de la dictature militaire. Nul n’eii a plus approché que Dumouriez; mais, comme Bonaparte plus tard, Dumouriez n’est pas le seul de son espèce alors. 11 appartient à une catégorie d’hommes de l’ancien régime, intrigants et actifs, qui excellent à mêler au langage des passions révolutionnaires les discours classiques sur les frontières naturelles, qui, chargés de défendre la France, savent réveiller en elle le goût de la conquête et l’encouragent par leurs victoires.
Custine donne le branle : né à Metz en 1740, officier dans la guerre de Sept ans, mauvaise école pour ses pareils, admirateur de Frédéric II, et fervent imitateur de ses méthodes, Custine avait pris dans l’armée et la nation une très grande place. Lieutenant général dès 1791, il s’était trouvé un moment député aux Etats généraux, et se croyait apte à tout, parce qu’il était prêt à tout. La politique financière n’avait pas de secrets pour lui : il en remontrait à Necker. Depuis qu’il avait visité la cour de Prusse, il s’imaginait connaître toute l’Europe. 11 avait sa politique étrangère qui se ramenait, selon la tradition, à une guerre inexpiable contre l’Autriche. Il voulait, en outre, la liberté par la guerre : « Pour être libre, il faut détruire la maison d’Autriche. )> Son ambition, d’ailleurs, trouvait la Révolution bien lente à reconnaître son génie, son zèle. Quand on lui offrit, au lieu d’un commandement sur la