LA PREMIÈRE CONQUÊTE DU RHIN
frontière réservé h Biron, à Dumouriez, la direction du camp de Soissons avec Tarniée de l’intérienr, il se fit réclamer par les patriotes de Landau, pour être à l’avant-garde. J1 n’avait obtenu d’abord, sur le théâtre des opérations, qu’un bout de rôle. Mais il l’étudiait de manière à s’y tailler un succès de premier ordre : « C’est à nous de nous signaler, disait-il le 30 août, avec les faibles moyens qui nous restent, de façon à prouver que nous étions dignes du salut de l’empire. )>
Yalmy l’offusqua à la fois et le servit. Il enviait Dumouriez, mais il profita du désarroi où sa victoire jetait les Allemands. Le 29 septembre 1792, il marchait sur Spire, et commençait, sans ordre, la croisade révolutionnaire sur le Rhin. Il appelait à lui les chefs delà propagande allemande, Stamm, Gotta, Bœhmer, le professeur deGœttingue. Il n’avait ni ressources, ni instructions : ce fut donc par des contributions levées à Worms sur le clergé et sur les nobles qu’il entreprit cette aventure. Les armées de la Prusse et de l’Autriche étaient éloignées : les patriotes allemands se groupaient autour de lui, théologiens, poètes, savants, prêchant à leurs concitoyens Fère nouvelle. Gustine réussit le 20 octobre à prendre Mayence, dont le principal défenseur, l’ingénieur Eckemeyer, se fit aussi! ôt citoyen français. Les Français atteignaient le Rhin, non en vainqueurs comme autrefois, mais en amis^ en frères, en apôtres. La croisade révolutionnaire leur donnait sans effort leurs frontières naturelles. Ils surent gré à Gustine de l’avoir entreprise, d’avoir agi, quand ils délibéraient encore. Ainsi, Allemands et Français servaient ses ambitions, sans pénétrer ses desseins que masquait la propagande, et lui laissaient faire une guerre destinée à la conquête et à la dictature.
Ge furent les populations du Rhin qui, les premières, reconnurent l’intrigue et dénoncèrent l’intrigant. Gustine arrivait devant Francfort. Gette ville s’administrait librement par une aristocratie de magistrats, et de plus elle était riche. Sous prétexte de lui donner plus de liberté
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encore, et pour la dépouiller, Custine et son lieutenant Nemvinger frappèrent les magistrats d’une contribution de 2 millions de florins. Le peuple soutint ses chefs : « Pourquoi nous imposer des bienfaits dont nous n’ayons nul besoin? C’est un pillage régulier. Une grande nation comme la vôtre veut-elle de l’argent ou des amis? » Cette résistance déchirait les voiles. Custine s’en irrita, et, voulant la briser, il achevait, le 27 octobre, de découvrir ses projets : « Cessez, disait-il aux Francfortois, de vous repaître de chimères. » La réalité qu’il offrait, c’était la conquête. Du coup, elle apparut à l’Allemagne désabusée ce qu’elle avait été au temps des luttes anciennes pour la possession du Rhin : (( Ces républicains, s’écria un pamphlétaire, sont les frères des soldats de Louis XIV, les brûleurs du Palatinat ; Custine est un bandit. Les philosophes de Paris l’ont chargé de faire la guerre aux palais. Il la fait aux caves, aux greniers, aux cassettes, n
Ce mouvement d’indignation n’effrayait guère Custine. Il espérait fixer sa conquête et l’étendre avec le concours des Français. Il spéculait sur la fierté de la nation grisée par ses succès : a N’aurait-il pas le droit de porter ses forces partout où le demanderaient la sûreté et la gloire de l’armée? )> Le gouvernement semblait l’y autoriser, l’y inviter en lui donnant le pas sur les autres généraux de la frontière, Biron, Bournonville, Rellermann même (novembre 1792). Et alors fièrement il prenait le titre de (( Citoyen français, général commandant les armées de la République sur le Haut et le Bas-Rhin, au centre de l’empire et en Allemagne. » Peu lui importait qu’un pamphlétaire, au delà du Rhin, signalât ses « accès d’humeur cromwelienne », si, à Paris, son ambition était plus agréable que suspecte.
Mais il n’eut pas le temps d’achever sa fortune. Sans doute, son armée, qui n’était pas celle de Bonaparte cinq ans plus tard, lui eût opposé une résistance inattendue. Des officiers autour de lui blâmaient le traitement imposé à Francfort, et n’auraient pas subi un dictateur. Les Prus-