LE DÉCRET DU 15 DÉCEMBRE
Danton, Barère et leur confident Lebrun, chargé dans le ministère des relations extérieures. Incapables d’arrêter en pleine conquête les armées républicaines, ni de modérer la croisade révolutionnaire, ils essaient du moins d’assurer les profits, de limiter les risques de ces entreprises démesurées. Ils en réduisent l’objet à des conséquences pratiques, à des avantages immédiatement réalisables, et ne s’associent à la guerre que dans la pensée de les arracher à l’Europe. « Nous ne pouvons avoir la paix que par la guerre, )> écrit Lebrun, le 16 novembre. Le 4 décembre, lorsque les Belges demandent à la Convention de s’engager à ne traiter qu’après avoir fait reconnaître leur indépendance, Barère, qui présidait, refusa cette condition. Et quelques jours après, Danton envoyait de Belgique, par Camus, un projet de réquisitions et de contributions à établir aux Pays-Bas, qui n’était en somme qu’im plan d’annexion déguisée. A la politique étrangère, il appliquait déjà la méthode réaliste et brutale qu’il avait pratiquée depuis le 10 août dans la conduite de la Révolution elle-même. Tandis qu’il s’efforcait de constituer avec l’émeute par la Terreur un gouvernement, Danton étudia le moyen de faire servir la guerre à la République et à la France. Que les Français affranchissent les Belges, c’était bien. Il ne pouvait admettre qu’en outre ils s’épuisassent à cette œuvre de désintéressement : a Payez, nous vous affranchirons, )) disait un publiciste, pénétré de ses idées, dans un article du 4 décembre 1792. Danton demandait la confiscation des biens nobles et ecclésiastiques en Belgique, une demi-conquête de ce pays féodal encore où ces biens formaient la richesse principale.
Un mois ne s’était pas écoulé depuis le décret du 19 novembre qu’un nouveau décret, inspiré par Danton, rédigé par Cambon, celui du 15 décembre, substituait à la croisade annoncée la guerre de conquête, avec ses violences et ses nécessités. Par des phrases encore et des déclarations, la Convention masquait le démenti qu’elle se donnait elle-même : « Nous ne sommes point guidés par