PROPAGANDE ET FRONTIÈRES NATURELLES
rambition des conquêtes. Nous ne voulons dominer ni asservir aucun peuple. Plus que jamais nous respectons l’indépendance des nations. » Par des sophismes aussi, elle expliquait comment la pensée lui était venue de lever des contributions sur les Belges appelés à la liberté : a Ce n’est pas aux rois seuls que nous avons fait la guerre. Nous avons à combattre leurs complices, les castes privilégiées. Aux peuples qui voudraient conserver ces castes, il faudra dire : « Vous êtes nos ennemis et alors les traiter comme tels. )) En réalité, la liberté qu’elle offrait aux Belges, c’était l’obligation de recevoir le gouvernement qu’elle leur imposait, les commissaires qu’elle leur envoyait pour les soumettre à ses lois : la conquête, en un mot, à leurs frais.
Si brutale que fût cette banqueroute des théories généreuses inscrites dans le décret du 19 novembre, il était d’une politique plus sage de limiter la guerre où les vainqueurs de Valmy avaient entraîné la France à des profits certains que d’abandonner la Bépublique aux risques et aux charges d’une croisade européenne. «Nous avons fait œuvre de dupes, disaient Danton et Cambon. La France n’est pas assez riche pour affranchir gratuitement les nations. On a annoncé de grands principes philosophiques. Il faut détruire les riches en Belgique, ou notre propre liberté serait en péril, n Et d’un mot, le Moniteui^ complétait leur pensée et donnait la formule de leur politique. « Plus la guerre sera mineuse, moins elle sera longue. » Cette formule équivaut à celle que Danton nous a laissée de la Terreur : « que la justice des tribunaux cessera et la justice des tribunaux commence. » Il ne souhaitait ni la durée de l’émeute, ni celle de la guerre. Il cherchait la fin de l’une et de l’autre dans l’organisation des tribunaux révolutionnaires et de la Belgique conquise.
Pour faire accepter au peuple cette politique « très subtile », l’épithète est de lui, Danton continua d’ailleurs à parler le langage de la propagande. Il parut s’associer à cette croisade contre les rois, dont les Français se montraient fiers et enthousiastes. Et c’est pour cela sans doute que, trompée à