‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 67 sur 360 · LA PAIX DE BÂLE ET SES EFFETS · texte numérisé non relu

LA PAIX DE BÂLE ET SES EFFETS

En 1795, la Révolution fit la paix avec trois des cinq puissances qui la combattaient depuis 1793, la Prusse, l’Espagne et la Suède. Les traités de Bâle rompirent la coalition que les intrigues des partis en France, celles des souverains en Europe avaient formée. Ils pouvaient paraître la préface (d’un désarmement général des puissances, disposées à laisser la France maîtresse de ses destinées depuis qu’elle avait prouvé sa force dans le danger, depuis surtout que la Pologne était partagée entre la Russie et la Prusse. En apparence aussi, cette pacification partielle était le premier acte d’une diplomatie française qui n’abdiquait pas, comme celle des Constituants, devant ses adversaires, mais ne refusait pas de traiter avec eux systématiquement, comme les Décemvirs, également éloignée des chimères d’une paix perpétuelle ou d’une guerre illimitée, réglée à la fois sur la force et les intérêts de la nation, sur les ressources et les dispositions des nations voisines.

Mais ce n’étaient là que des apparences : l’histoire, les origines, l’esprit des traités de Bâle, les instructions et les dépêches des gouvernements qui les ont conclus, l’étude de l’Europe et de la France, à l’époque où ils furent signés, découvrent des réalités tout opposées.

L’initiative de cette paix d’abord n’appartint pas à la France. La Prusse en avait besoin, l’offrit, et se préoccupa la première de l’obtenir. Depuis le mois de janvier 1794, le roi Frédéric-Guillaume Ilinclinaità négocier. Ses ministres

LES PRÉLIMINAIRES DU 3® PARTAGE DE LA POLOGNE. 121 le lai conseillaient. « Il avait fait assembler sa Sorbonne politique, et tous étaient d’avis que la raison d’Etat devait l’emporter sur toute autre considération. » Son général à l’armée du Rhin, Moellendorf, devançait même ses ordres en adressant le 23 juillet 1794 un agent à Barthélemy, notre envoyé en Suisse.

Le fait que Robespierre disposait à cette date du pouvoir fit encore hésiter le roi de Prusse. Mais pouvait-il longtemps résister à des arguments que lui présentaient à la fois le vieil Hertzberg et Hardenberg? « La paix, promptement et conjointement amenée, est le seul parti qui puisse nous garantir ou pour le moins éloigner les malheurs dont nous sommes menacés. » La nécessité qui allait faire fléchir l’orgueil du chef de la ligue monarchique, c’était la situation des affaires en Pologne. L’occupation russe qui avait suivi le deuxième partage provoquait sur la Yistule, au moment où la France faisait son grand effort sur le Rhin, une insurrection nationale (24 mars 1794). Conduits par Rosciusko, les Polonais reprenaient Varsovie et Vilna, avec l’espoir d’une diversion des Turcs et d’une défaite des Allemands.

Ce dernier réveil de la République orientale exposait la Prusse à un double danger : heureux, il pouvait compromettre ses conquêtes antérieures; malheureux, il procurerait sans doute de nouveaux avantages aux souverains qui réduiraient la Pologne, à Catherine II seule, ou à l’Empereur. Ce dernier, qui ne se consolait pas de n’avoic point eu part au deuxième démembrement, dès le 10 avril, parlait avec ses ministres a du lot à prendre ». Si la Prusse n’y contribuait point, elle n’aurait droit à aucune indemnité. Pour vaincre les Polonais, garder ou étendre ce qu’elle leur avait pris, obliger la Russie ou l’Autriche à compter avec elle, la Prusse avait besoin de la paix avec la France. Au mois de juin 1794, Frédéric-Guillaume II rappelait des troupes du Rhin : le lo juillet, il envoyait en Pologne vingt mille hommes qui enfermaient Kosciusko dans Varsovie. Il formulait, se croyant sûr de vaincre, ses prétentions sur les palatinats de Cracovie et de Sandomir, tandis que le

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