AVERTISSEMENT
E m^étais chargé de fournir , à Testimable auteur de la Statistique du département do TAisne, de courtes notices d^une centaine des principaux évènemens dont le pays a été le théâtre , et d'autant de personnages des plus remarquables parmi ceux dont il s'honore. Pour remplir cet engagement , il a fallu choisir dans le grand nombre des uns et des autres ; et afin que le choix fut judicieux , je devab d'abord tâcher de connaître tous les faits et tous les hommes dont le souvenir s'est conservé dans cette partie de la France : c'est à quoi j'ai mis tous mes soiiis. En revoyant les notes que j'avais recueillies , j'ai pensé qu'on pourrait tirer quelque avantage de leur publication. On y retrouvera littéralement plusieurs de celles qui ont déjà paru dans la Statistique ; mon plan ne me permettant pas de leur donner plus d'étendue , je n'ai pas vu la nécessité de les reproduire sous une autre forme. Il n'y a peut-être pas d'ailleurs deux manières d'exposer les mêmes faits et d'énoncer les mêmes idées avec une égale concision. On pourra vérifier, au surplus, que je donne beaucoup plus que n'a
i] AVERTISSEMENT.
promis mon prospectus. J'ajoute que ce n'est pas ici qu'il faut chercher une lecture agréable. Je n'ai pu prétendre qu'à faire un livre utile : trop heureux si j'y ai réussi !
Depuis que la première partie est imprimée , j'ai découvert des faits qu'il était bon de ne pas omettre. Je les ai insérés dans la troisième partie sous la rubrique des lieux auxquels ils appartiennent , et avec un titre qui les fait appercevoîr au premier coup-d'œîl. Il a même fallu y glisser aussi , sous la rubrique de Saint-Quentin , l'article biographique Fulrade , parce que l'impression du Manuel finissait , quand je me suis assuré que ce personnage appartenait au Département. Ainsi le lecteur ne doit pas négliger de parcourir cette dernière partie , puisqu'il doit y trouver autre chose qu'un indice bibliographique.
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MANUEL
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jLe Département de TAisne est une terre éminemment hUtorIque. C'est là que César prélude à la conquête des Gaules par la défaite des Belges. C'est là qu'est le berceau lie la monarchie française; là qu'une révolution mémorable &it passer le sceptre à la dynastie régnante ; là aussi que sa restauration est préparée par un événement décisif. L'une de ses villes a été plus d'une fois la capitale d'un royaume qui prenait son nom. Une autre a été , pendant quatre-vingts ans , le siège de toute la monarchie* On rencontre partout sur son territoire ^ des lieux illustrés par le séjour des rois , par des b<itailles sanglantes^ par des jsiéges meurtriers, par des monumens législatifs, par de célèbres traités diplomatiques. Les intérêts les plus graves y ont été discutés dans nombre de conciles et d'assemblées nationales. L'Eglise y a vu naître deux ordres religieux, qui ont étendu partout leurs rameaux. Nulle part encore la féodalité n'a brillé de plus d'éclat.
» MAHUfiL HlSTORIQtTB
Quels sont en effet les grands feudataires qui éclipsent les comtes de Yennandois » de Roue!» de Soissons; les sires de Couci; les ducs de Guise? et quel sang plus auguste que <:elui des princes qui tinrent leur cour dans les murs de Saint-Quentin » de Braine , de Soissons , de La Fëre et de Ghâteau-Thierri ? A côté de cette gloire souvent fatale au peuple » s*élèye une institution tutélaire qui lui rend ses droits naturels. Les Communes prennent naissance à Saint-Quentin , à Vervins , à Laon. Ce signal des affranchissemens est entendu partout; et la France a un Tiers-état.
Les Roturiers , devenus libres , ranimèrent Tagriculture, éveillèrent l'industrie, rappelèrent le commerce. Saint-Quentin» qui lui ouvrit un premier asyle, doit une splendeur toujours croissante aux trois genres de fabriques qu'il a successivement adoptés. Le pays prend une face nouvelle; il se couvre de foires , de verreries , de papeteries , de Êiîenceries , de vanneries , de filatures , de mines pyrito-alumineuses ; il voit même avec un juste orgueil se former dans son sein une manufacture de glaces qui n'a point de rivale. Les arts de la paix ne sont pas les seuls qu'on y cultive : d'habiles guerriers sont dus à l'école de La Fère , comme de celle de Laon étaient sortis au douzième siècle les savans qui commencèrent à dissiper les ténèbres du moyen âge. Tandis qu'une terre féconde se prête à toutes les sortes de culture, et que la population s'accroît avec l'industrie , cet état florissant s'affermit sur des bases durables. De nombreux canaux offrent des débouchés aux productions du sol et des encouragemens aux entreprises des spéculateurs. A la vue de la partie souterraine du canal
DU DÉPAtlTJbMEIfT DB L'A\8NC. S
de Saint-Quentin » le voyageur étonné admire une de ces idées hardies qui font douter des borner du génie de l'homme.
Les régions où règne une grande activité dans les esprits, sont celles qui produisent les hommes illustres* A cet égard le département de TAisne n'a rien à envier à aucun autre. Dans l'Etat et dans l'Eglise; dans les rangs les plus élevés et dans les conditions les plus mo» destes; dans les conseils» dans les armées » dans la magistrature 9 comme dans les sciences » les lettres et les arts > il compte une foule de personnages dignes du sou-> venir de la postérité. Leur nombre est tel que» pour ne pas excéder les bornes que je me suis prescrites» un choix était indispensable^
Nous sommes naturellement désireux de savoir quels
évènemèns attachent un intérêt historique à la contrée
que nous habitons. Nous ne sommes pas moins enclins
à nous glorifier des hommes distingués qu'elle a pro-»
duits. Heureuse disposition des esprits > puisqu'elle peut
faire germer la noble et utile ambition d'obtenir pour
soi-même une place parmi les noms les plus honorables I
Mais n'en résultât-il qu'une simple curiosité» il est
toujours bon qu'elle soit satisfaite. Outre Tinstructioil
qui se tire » sans qu'on y pense » des objets sur lesquels
cette curiosité s'exerce » n'y a-t-il pas , pour qui se pique
d^éducation » quelque honte à ignorer ce qui fonde la
célébrité de la terre natale?
Il n'est pas feulement curieux , il est souvent utile , et quelquefois nécessaire , de connaître les monumens historiques d'un pays. L'homme studieux y vérifie les faits ; les familles y recherchent leurs titres ; les com-
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mune» s^y instruisent de leurs droits. Tout ce qui dans ce genre a été rendu public , doit être indiqué autant qu'il est possible. Telle pièce qui semblé indifférente ^ peut être regardée quelque part comme une découverte d'un grand prix. Quand j'ai entrepris cet obscur et pénible travail, j'ai eu particulièrement en vue ceux qui , se proposant d'approfondir ce que je n'ai pu qu'effleurer > auront besoin de recourir aux sources.
Ainsi les faits ^ les hommes et les écrits^ voilà ce que doit offrir au lecteur, sous le titre de Manuel Histobiqub DU Département de l'Aisne, un ouvrage misa la portée des moindres fortunes par une . sage concision > et dont l'exemple n'a encore été donné dans aucun département. Il existait cependant des modèles dont il est sans doute plus facile de suivre le plan , que d'imiter l'exécution. Ce sont, pour les faits, l'Abrégé chronologique duPrési-> dent Hénaut; pour les hommes, le Catalogue des écrivains du siècle de Louis XFV, par Voltaire; pour les écrits, la Bibliothèque historique deLelong etFontette. J'intitule, Chronologie historique ^ la partie qui contient les faits; Galerie historique, celle qui fait passer en revue les hommes; Bibliothèque historique j celle où sont indiqués les écrits.