RELIURE DITE LE GASCON
du travail. Ce manuscrit célèbre, offert par M. de Montausier à Mademoiselle de Rambouillet, appartenait encore, en 1753, au savant antiquaire Claude Gros de Boze. Or, malgré son importance, le libraire Gabriel Martin, qui passe pour le plus sérieux de son temps et celui qui savait le mieux rédiger les catalogues, après avoir décrit la Guirlande de Julie, tant au point de vue littéraire, que comme œuvre de reliure, passe complètement sous silence le nom de Le Gascon.
Enfin, cette Guirlande de Julie ne rappelle en rien le genre de décoration qu’on attribue à ce Maître; et si la paternité qu’on lui a toujours reconnue est réelle, on peut s’étonner qu’il n’existe pas quelque pièce, acte ou compte, pour la prouver. Mais il n’y a absolument rien, et la facilité que nous avons à accepter sans contrôle les opinions reçues, est la seule cause de l’erreur qui continue sans doute à régner à ce sujet dans le monde des bibliophiles.
La planche ci-contre ( 1 ) est la reproduction d’une reliure des plus typiques parmi celles qu’on attribue sans hésiter à Le Gascon. La forme des compartiments, l’agencement des petits fers et jusqu’à cette petite tête, exécutée au pointillé, qui a été généralement acceptée comme la signature, voire même l’image de l’artiste, rien n’y manque pour autoriser un bibliophile qui ne veut pas s’affranchir de la routine, à appliquer à celui qui l’a produite, le nom si répandu de Le Gascon. Et, Florimond Badier qui a exécuté les mêmes décorations ornées de compartiments remplis des mêmes petits fers, qui a signé ces merveilleuses reliures, où la fameuse petite tête au pointillé se retrouve dissimulée dans tous les coins, pourquoi ne l’invoque-t-on jamais et le laisse-t-on dans l’oubli? Il est à souhaiter, qu’un jour ou l’autre, quelque bibliophile laborieux lève le voile qui nous dissimule le véritable auteur de ces chefs-d’œuvre; on arrivera sans doute à découvrir que le nom de Le Gascon n’est qu’un surnom, peut-être même celui de Florimond Badier.
LE MONNIER. — La Famille Le Monnier fut au xvme siècle une de celles qui donnèrent le plus d’artistes à la Reliure; parmi eux, celui qui resta le plus célèbre fut Jean -Charles -Henri Le Monnier, Relieur de Monseigneur le Duc d’Orléans.
Nous trouvons d’abord dans les Statuts de 1750 (2) ces trois noms :
Jean Lemonnier, élu Garde le 10 Septembre 1707, avec Charles de la Fontaine.
Laurent Lemonnier, élu Garde le icr Août 1736, avec Louis-Jacques Hochereau, et :
André Lemonnier, élu Garde le 12 Mai 1752, avec Pierre- Antoine La Ferté.
Puis, les Listes des Maîtres Relieurs et Doreurs de livres en l’Université de Paris, dressées par Pierre-Alexis-Michel Bradel, pour 1770-76, nous fournissent les renseignements suivants: