DU STYLE RENAISSANCE
ans quitter entièrement le Style gothique, avec Louis XII nous nous acheminons vers la Renaissance. Sous ce régne, on commence à voir figurer un peu d’or dans la décoration des reliures, dont la composition prend des formes moins dures et dont l’ensemble devient plus élégant. D’après une mention trouvée à la fin de plusieurs volumes, on voit que Guillaume Eustace (*) était le relieur ordinaire de Louis XII. C’est un fait que je note, mais qu’il ne m’a pas été permis de vérifier, n’ayant pas eu de reliure qu’on puisse attribuer d’une façon certaine à cet artiste. Mes observations personnelles me portent à croire que ce relieur, qui était en même temps imprimeur-juré de l’Université, devait introduire dans ses reliures des scènes religieuses et des ornements analogues à ceux dont il se servait pour composer ses Livres d’heures. Comme l’époque de la Renaissance est extrêmement riche et quelle a produit une grande variété de types différents, j’examinerai successivement les régnes de notre Monarchie, sous lesquels on peut constater quelque originalité.
i. Voir ce nom.
FRANÇOIS Ier
rançois 1er donne son nom à lepoque la plus importante de toutes, même au point de vue qui nous intéresse, c’est-à-dire de la Reliure. Le Style ainsi désigné est le premier et en même temps le plus considérable de la Renaissance française. Cette importance est d’ailleurs relative et proportionnée aux productions que le temps nous a transmises. Elle se trouve presque exclusivement représentée par les jolies reliures, qui ont été exécutées pour le célébré amateur J. Grolier (l). 11 nous a laissé une collection tellement riche, qu'il peut revendiquer à lui seul le rôle de créateur, dans une spécialité qui n’avait été jusqu’alors qu’un métier ordinaire et qu’il a su élever à la hauteur d’un art véritable. Les charmantes reliures à compartiments qu’il nous a léguées, revêtues de son nom et de sa devise, révèlent un génie de composition, qui évidemment n’appartenait qu’aux maîtres peintres, graveurs, dessinateurs ou architectes de son temps. Le goût délicat qu’il avait pour les arts, et spécialement pour tout ce qui touchait à la Bibliophilie, l’avait mis en contact avec les principaux relieurs italiens, qui, à l’exemple des Aldes, ont les premiers décoré leurs reliures des jolis fers dont ceux-ci ornaient déjà leurs éditions. Il confia à ce s relieurs ses premiers travaux; puis il fit venir en France des ouvriers qui formèrent des élèves et constituèrent avec eux un véritable atelier, entièrement à la disposition de notre amateur; c’est alors qu’il fit exécuter d’après ses dessins les belles reliures, que l’on recherche tant aujourd’hui.
La reproduction de la reliure ci-contre peut donner une idée précise des ornements employés par les premiers ouvriers italiens. Elle recouvre un Pétrarque ( 2 ), imprimé à Venise en 1532. Elle est composée d’une quantité de jolis fers gravés, de toutes dimensions, qui, joints les uns aux autres, finissent par former un ensemble gracieux, aux formes symétriques.