‹ Manuel historique et bibliographique de l'amateur de reliuresChapitre 10 sur 173 · RELIURE ALLEMANDE EN PEAU DE TRUIE ESTAMPEE A FROID · texte numérisé non relu

RELIURE ALLEMANDE EN PEAU DE TRUIE ESTAMPEE A FROID

(XVIe SIÈCLE)

Dans le troisième sujet, au-dessous de Charles -Quint, sont représentées plusieurs scènes de l’Ancien Testament : Adam et Eve tentés par le Démon, l’Adoration du Serpent d’airain, Moïse montrant les Tables de la Loi et la Mort précipitant un malheureux damné dans les flammes.

Le quatrième sujet est une scène allégorique de la vie de Jésus-Christ. Le Crucifiement occupe la place principale: et au premier plan, se trouvent deux personnages qui, se montrant le Christ en croix, disent, d’après l’exergue : Ecce Agnus Dei qui tollit peccata mundi; en effet, à-droite de la croix, on voit le Christ rayonnant, en pasteur, tenant une grande croix au-dessous de laquelle se trouve sur un petit terrain l’Agneau symbolique.

Cette décoration est interrompue en haut par les lettres MLM, et en bas, par la date 1571.

Au verso ou second plat, dans un arrangement de bordures pareil à celui du premier, on voit quatre sujets représentant: i° Luther; 2°Mélanchton; 3°la figure allégorique de la Lortune; 40 celle de la Justice. Ces figures sont également d’une extrême finesse et accompagnées chacune d’une architecture différente. Je ne m’étendrai pas sur leurs menus détails; car le premier côté de ce volume dont on a le fac-similé sous les yeux, suffit pour faire comprendre tout l’intérêt de cette reliure.

On trouvera, dans la seconde partie de cet ouvrage, plusieurs reliures estampées à froid, portant le nom des artistes qui les ont faites; elles ont été exécutées aux xve et xvie siècles. Déjà, à cette époque, elles étaient peu communes; car la profession de Relieur, n’étant pas érigée en corporation, n’existait pas officiellement; et la plupart du temps ceux qui s’y livraient ne le faisaient que pour le compte des libraires, qui les tenaient constamment dans l’ombre.

Il y a eu considérablement de reliures estampées à froid : et cela, parce que tous les livres, sans exception, aussitôt qu’ils venaient d’être imprimés, étaient reliés par les libraires qui les éditaient. Il n’y a donc rien d’extraordinaire que, dans cette grande quantité, les reliures gaufrées portant les noms de leurs faiseurs fussent excessivement rares. De nos jours, on peut regarder comme une bonne

fortune de rencontrer une reliure de cette époque, surtout si elle est bien conservée, avec une légende indiquant le nom de celui qui la produite.

A part quelques noms retrouvés çà et là, tels que: André Boule, Jehan Norins (*), etc., il est impossible d’affirmer, en voyant une reliure couverte d’estampages à froid, quel artiste en est l’auteur. Chaque libraire avait son atelier de reliure; puis les couvents en produisaient beaucoup. C’est de ces dernières qu’est venue la dénomination de Reliures monastiques (1 2 3), peut-être employée trop souvent à la légère. Il existait, en outre, des relieurs de profession, ambulants, qui allaient de ville en ville chercher de l’ouvrage et y laissaient de leurs œuvres.

On faisait aussi à cette époque des reliures en cuir ciselé; la peau presque toujours employée était le gros veau, dont se servaient également les relieurs pour estamper à froid. Seulement, ce genre de travail, par rapport aux autres reliures, n’était plus du métier, mais bien de l’art, et ne pouvait être exécuté que par des hommes spéciaux, des maîtres même, très habiles à dessiner et à ciseler. On trouvera plus loin un magnifique spécimen de reliure en cuir ciselé (3).

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