‹ Manuel historique et bibliographique de l'amateur de reliuresChapitre 136 sur 173 · GARDE INTERIEURE D'UNE RELIURE DOUBLEE · texte numérisé non relu

GARDE INTERIEURE D'UNE RELIURE DOUBLEE

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doublées passent pour avoir pris naissance au commencement du siècle de Louis XIV. Cela paraît vraisemblable si on considère que ce genre de travail s’est pratiqué à cette époque, non pas couramment, car il était toujours réservé à des objets soignés, mais d’une manière assez fréquente. Tout ce qu’on peut retrouver antérieurement à la seconde moitié du xvne siècle, ne constitue que de rares exceptions; et comme preuve je reproduis ici le plat intérieur d’une Reliure doublée, exécutée en Italie en 1550. C’est le plus ancien spécimen connu, et il peut être considéré comme un objet de haute curiosité.

Cette reliure en maroquin vert olive est aussi riche à l’extérieur qu’à l’intérieur et la composition de la dorure est formée de petits fers aldins juxtaposés et formant de gracieux compartiments. Elle recouvre un in-folio (0,33X0,22): Epistole devotissime de Sancta Catharina de Siene. — Venise, 1550 (I).

Reliures Jansénistes. — On a donné la qualification de Jansénistes aux reliures qui sont privées de toute espèce d’ornementation extérieure, voir même de simples filets à froid. Cette dénomination a été choisie par allusion à l’austérité de la secte des Jansénistes qui s’était formée vers l’an 1640, et qui avait réglé sa conduite selon la doctrine de Jansénius, évêque d’Ypres. Ils s’interdisaient les moindres délicatesses et pratiquaient la simplicité la plus austère.

Les bibliophiles qui partageaient leurs principes, et qui avaient jusqu’alors fait décorer leurs reliures de riches compositions, ne purent sacrifier indéfiniment au Jansénisme leur passion favorite. Certains d’entre eux se risquèrent donc à placer intérieurement, sur une garde en peau (2 3), les fers qu’ils avaient l’habitude de mettre auparavant sur les plats extérieurs; de cette manière ils satisfaisaient leurs goûts, sans s’écarter des maximes qu’ils avaient embrassées. Les reliures ainsi traitées sont peu communes.

Reliures Molles. — La reliure molle est celle dont les plateaux, au lieu d’être de bois ou de carton, ne sont composés que d’une ou deux feuilles de papier, recouvertes de peau. L’usage n’en a jamais été aussi répandu que celui des reliures ordinaires. Pourtant nous en retrouvons encore de temps en temps qui datent des xvic et xvne siècles, faites surtout en parchemin et dont les plats sont singulièrement flexibles. Je croirais assez que cette manière de procéder n’était pas considérée comme une reliure véritable, et qu’elle devait tenir lieu de ce que de nos jours nous appelons cartonnage. Souvent, le relieur les complétait par des rebords, sorte de petits rabats qui venaient préserver les premiers et derniers feuillets sur le devant de la tranche (*).

1. Bibliothèque Nationale. K° 1639. Réserve. — Double de D 6094 et 110 603 de l’Exposition Mazarine.

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