Voir ce nom
dans la composition et l’exécution, présentent quelque analogie avec celles de l’artiste dont je m’occupe ici. Or, ces sortes de conventions, fortifiées par le temps, sont souvent tellement enracinées que les esprits les plus sincères refusent d’ajouter foi à des preuves irréfutables. En effet, qu’avons-nous retrouvé de reliures signées de Le Gascon? Où sont les nombreuses archives, qui nous donnent le prix de ses travaux? Est-ce la Guirlande de Julie qui nous autorisera à le déclarer l’auteur de toutes les décorations à petits fers et à compartiments de cette époque, alors que sa reliure se compose d’un simple semé de chiffres? Celle-là, cependant, est authentiquement reconnue l’œuvre du Maître.
Jusqu’à ce que j’aie en main des pièces indiscutables, toutes les reliures à petits fers, dites Le Gascon, sans être complètement attribuées à-faux à ce personnage, représenteront pour moi l’œuvre d’un grand artiste, sans aucun doute, mais dont il ne nous a malheureusement pas encore été possible de connaître le vrai nom.
Suivant une opinion à laquelle je me rangerais volontiers, Florimond Badier peut être considéré non pas comme l’innovateur, mais comme le premier vulgarisateur des reliures en maroquin doublé (j), ornées de petits fers. Celle qui est reproduite ici (1 2 3) est remarquablement riche : et la structure de ses compartiments est tout-à-fait pareille à celles que l’on est convenu d’attribuer à Le Gascon. Que vont devenir dès lors les suppositions jusqu’ici trop affirmatives qui citent à tout propos les noms de Le Gascon ou d’un Eve quelconque? La petite tête au pointillé qui, de tout temps, était reconnue comme la marque de celui-ci, n’est-elle pas représentée partout et de toutes les manières, dans le spécimen signé de Florimond Badier? Il est évident que désormais, devant des preuves aussi fortes, on devra y regarder à deux fois, avant de donner comme de Le Gascon une reliure qui, par l’agencement des compartiments ou des fers ressemblerait à la nôtre.
Ce volume, in-folio : De Imitatione Christi — Paris, Imprimerie Royale, 1640, est couvert en maroquin rouge, enrichi sur les plats extérieurs de compartiments aux formes les plus variées, exécutés au filet et décorés de petits fers au pointillé, sur fond de mosaïque citron, vert olive, et marbré noir (3). Les plats intérieurs ou gardes sont en maroquin citron, également ornés avec une grande richesse de compartiments rouges, noirs, oranges et verts olive, remplis de petits fers disposés d’une manière tout-à-fait différente de ceux des plats extérieurs. Au bas de la garde du premier plat, on lit cette signature : Florimond Badier fecit. inv. La contre-garde est en papier marbré à petites dents.