‹ Manuel historique et bibliographique de l'amateur de reliuresChapitre 8 sur 173 · ET MOYEN-AGE · texte numérisé non relu

ET MOYEN-AGE

près le byzantin, le Style qui, en Reliure, tient une place considérable, parce qu’il est le générateur de tous les autres, est le Style gothique. C’est surtout en Allemagne, et aussi dans le Nord de la France, qu’aux xme et xive siècles on exécutait le plus ce genre de travail. Mais, comme à cette époque, on n’avait pas encore abandonné tout-à-fait les reliures recouvertes en velours ou en étoffes, destinées à recevoir les plaques d’ivoire et de métal précieux, que le Style byzantin avait si longtemps mises en vogue, et qu’en outre, l’usage de la peau travaillée n’était pas encore bien connu, les reliures faites de veau ou de peau de truie gaufrée étaient, au xme siècle surtout, d’une assez grande rareté.

Au siècle suivant, on en rencontre un peu plus; et c’est surtout à la fin du xve et au commencement du xvie siècle, que les reliures estampées à froid sont arrivées en assez grande profusion. Il me faut ici me séparer des puristes en matière de Style proprement dit. Car pour le sujet qui nous intéresse, je dois confondre sous une seule et même dénomination, qui sera celle de Moyen-Age, toutes les reliures exécutées en peau estampée à froid, depuis Saint Louis jusqu’à

XIII? SIÈCLE

François Ier. Les premières reliures se transforment peu-à-peu sous l’influence de la Renaissance, tout en conservant cependant quelque chose de leur caractère primitif.

On rencontrera dans le courant de cet ouvrage une assez grande quantité de ces premières reliures, qui portent la signature de ceux qui les ont faites, et qui par cela même n’auraient pas été ici à leur véritable place. Par les spécimens des Jehan Dupin, Edmond Bayeux, Jehan Norins, Théodore Richard, André Boule, Hemon Le Févre (*), etc., etc., on se rendra un compte exact de ce qu’étaient la Reliure et la Décoration à l’époque gothique. En outre, je donne ici la reproduction fac-similé d’une très intéressante reliure estampée à froid, qui contenait un Manuscrit français du milieu du xme siècle, couvert en peau de truie parcheminée rouge (1 2). La composition, un peu dure d’aspect, est d’un grand caractère; on y voit la fleur de lys de France, mêlée à la tour de Castille et aussi à des espèces de chimères ou animaux fantastiques, tels qu’on en employait à cette époque.

A la fin du xve et au commencement du xvie siècle, les ouvriers allemands s’inspiraient, pour l’ornementation comme pour les figures, des splendides compositions d’Albert Dürer ou de ses contemporains : et ils ornaient leurs reliures de portraits, de blasons, de heaumes, de lambrequins, etc.

En France, les artistes reproduisaient souvent les magnifiques bordures et les miniatures dont les Vérard, les Simon Vostre, les Petit, les Pigouchet, les Kerver, etc., composaient leurs remarquables Livres d’heures. On voit figurer sur les reliures, tantôt des scènes religieuses tirées de l’Ecriture- Sainte, voire même de la Danse macabre; tantôt aussi des compositions spéciales, dont le principal motif représente un tableau du Crucifiement, ou un Saint quelconque en vénération dans le pays.

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