PHLEGMASJES DES M E M BRAN ES
SEREUSES,
L’inflammation des niembrairies séreuses est souvent indépendante de celle des organes qu’elles recouvrent. L’arachnoïde, par exemple, est souvent enflammée sans que cet état se propage au cerveau; il en est de même du péricarde par rapport au coeur, de la plèvre relativement aux poumons, du péritoine par rapport aux divers viscères qu’il enveloppe. Cependant l’affection peut attaquer simultanément la membrane séreuse qui recouvre cet organe , et la substance de. l’organe lui-même , comme l’inspection cadavérique le démontre quelquefois dans les péri-' pneumonies aigues, les inflammations^ soit aigu'es, soit chroniques de l’estomac ou des intestins; mais lors même qu’un tissu seul est aflécté dans les maladies aigues , les fonctions de l’organe sont toujours plus ou moins troublées.
Les prédispositions, et les causes occasionnelles des phlegmasies de cet Ordre sont, en général, communes à celles des divers systèmes d’organes ; il y a cependant des causes particulières à chaque phlegmasie.
Le début des inflammations des membranes séreuses est marqué par la céphalalgie , des lassitudes spontanées, un frisson violent et de longue durée. La douleur locale est très-vive , et présente quelquefois des rénlissions; la rougeur, à peine sensible dans le
SEREUSES.
premier moment, ne tarde pas à devenir pinson moins vive , comme on peut s’en convaincre sur les animaux vivans. La chaleur est moins intense que dans les phlegmasies des autres tissus ; il n’y a ni sentiment de pulsation, ni tumeur, caractères qui dis“ tiiififuent les inflammations du tissu cellulaire et des
organes parenchymateux. L’exhalation et l’absorption semblent comme suspendues dans le commencement de la maladie; la membrane affectée exhale ensuite' une quantité plus ou moins considérable de sérosité albumineuse , qui a une grande tendance à prendre la forme concrète, et détermine les adhérences que contractent si fréquemment les membranes séreuses atteintes d’inflammation.
La fièvre qui accompagne les phlegmasies des membranes séreuses présente des différences dans son caractère et son intensité, suivant la partie affectée.
Ces phlegmasies se terminent par la résolution, la suppuration, la gangrène, ou passent à l’état chronique. La résolution est souvent accompagnée de quelque évacuation critique.
GENRE Phrénésie,
«S’uivovFM/E. Sauvages , Linnæus.
Prédlsp. et causes occas. L’insolation, l’ustion, l’application des substances âcres sur la tête; le^ écarts de régime , les passions violentes , la suppression bi’usque de quelque hémorrhagie , une forte contention d’esprit , des veilles prolongées, l’abus de l’opium et des liqueurs alcooliques , etc. *
Symptômes. A l’invasion, dégoût, soif, insomnie , anxiété et malaise général ; ensuite , douleur
sourde dans la tête , frissons et horripilations, fièvre | augmentation de la douleur et de la chaleur ,• cjuelquefois sentiment de pression d’une bande qui serreroit les yeux ; gonllement douloureux des têgumens du crâne ; quelquefois érysipèle à la face ; conjonctive injectée. Lésions de l’imagination , du jugement et delà mémoire; vociférations, menaces, chant joyeux^ regard étincelant; agitation extrême, réponses brusques , emportemens de colère ; saillies de gaieté et de plaisanterie; insomnie opiniâtre, ou sommeil troublé par des rêves effrayans et des tressaillemens; ,peau sèche, chaleur âcre, urine claire et incolore , nausées , vomissemens , conslipation opiniâtre.
La phrénésie se termine souvent d’une manière funeste , par l’épanchement d’un liquide séreux et purulent à la surface de rarachnoïde. Les signes de cette terminaison , qui ont lieu dès le 5® ou le 6^ jour, sont : des frissons irréguliers , un pouls inégal , des lipothymies , une sueur froide et gluante sur la tête et sur le front, le regard éteint , l’abolition des fonctions des sens, les soubresauts des tendons, le tremblement de la langue , les convulsions , la léthargie ou la catalepsie , des paralysies partielles, l’hémiplégie, la carphologie , etc.
6* Elle peut se terminer par résolution , qui quelquefois n’a lieu que d’une manière incomplète; et dans ce cas la maladie se chancre en une affection chronique, caractérisée par la diminution notable ou la perte de la vue , de l’ouïe , ou même un état d’aliénation mentale.
Différences de la Phrénésie et de la Céphalite. Les
SÉREUSES. Il5
plaies , les contusions du crâne et du pe'ricrâne déterminent le plus souvent la phrénésie^ qui ne se manifeste guère que onze , douze , quinze ou vingt jours après la blessure ; la commotion occasionne le plus souvent la cèphalite , et elle a lieu ordinairement deux ou trois jours après Taccident. La phrènèsie débute par un frisson subit et souvent intense; la céphalite , par des frissons irre'guliers et des douleurs contusives dans les membres. La première, trèsprompte dans sa marche , se termine rarement après le 7® jour; la seconde, plus lente, ne se termine que le 1 1 , le 12 , et quelquefois le 20^^ jour. Dans la première, la douleur est vive, poignante, tensive, circonscrite, et répond ordinairement au front. Dans la seconde elle est sourde , vague , profonde, et répond à l’occiput. Le délire de la phrénésie est intermittent, quelquefois léger, et ne se déclare qu’au 5®, ou. 5® jour; celui de la cèphalite est continu et plus in-* tense, et paroît presque dès le début. Dans la phrénésie, le front est assez fréquemment ridé, l’œil fixe, Je regard farouche, la conjonctive injectée; dans la cèphalite, la pupille se contracte ou elle est dilatée et insensible à la lumière; l’œil est chassieux et lar-. moyant. L’état apoplectique et la gêne de la respiration ne surviennent dans la phrénésie que lorsque l’épanchement purulent s’est formé : dans la céphalite, au contraire, le malade est assez communément dans un état d’abattement général , de torpeur, et quelquefois d’apoplexie; la respiration est bruyante, gênée et difficile. Les tégumens de la tête sont plus rarement douloureux au toucher dans la cèphalite que dans la phrénésie , etc.
PIILECMASIES
Traitement, Les moyens à opposer à cette mala=* die ^ toutefois variables suivant les causes et les circonstances particulières où se trouve le malade , sont les pédiluves chauds, les vésicatoires , les sinapismes appliqués aux pieds ou aux genoux, les frictions sur ces parties; l’usage des lavemens irritans, les émétiques , les purgatifs , la saignée du pied , un dégorge-* ment des hémorrhoïdes, des sangsues appliquées a la vulve, sur les parties latérales de la tête; des fomentations émollientes sur la tête ; des boissons rafraîchissantes ; la respiration d’un air frais, la position verticale de la tête , l’éloignement de tout ce qui peut frapper les sens. C’est surtout dans les préludes du délire phrénétique que quelques-uns de ces moyens^ heureusement combinés , auront le plus grand avantage pour détourner la congestion inflammatoire qui menace l’organe encéphalique , et pour seconder les efforts conservateurs de la nature.
GENRE IL Pleurésie,
Synonymie, Pleuritîs ,Sk\]Y ^ Boerhaave, Juncker, Linnæus, 'Vogel, Cüllen, Sagar, etc.
Prédisp, et causes occas. Impression subite d’un air froid , ou passage brusque d’un air chaud à un air froid; boisson froide après un violent exercice ; suppression de la transpiration ou d’une hémorrhagie habituelle, de la goutte, d’une dartre, etc.; des coups , des chutes sur le thorax , etc.
Sjmptômes. Frisson suivi de chaleur; lassitudes spontanées ; douleur pongitive dans un des côtés de la poitrine , augmentant durant l’inspiration , par les efibrts de la toux et par la pression ; respiration
SÉREUSE Si tiS
difficile, inspiration courte et frequente, toux sèche ou avec peu d’expectoration : dècubitus impossible sur le côté douloureux; pommettes rouges; état fébrile; pouls tantôt dur et développé, tantôt petit et concentré ; paroxysmes très-marqués le soir ou la nuit.
La durée de cette maladie à l’état aigu est de quatre à quatorze jours. Elle se termine, par résolution , qui est marquée par une sueur abondante , un flux hémorrhoidal, une urine sédimenteuse , des déjections bilieuses , l’expectoration d’un mucus opa- . que et blanc, le transport de la douleur au dos, à l’épaule ou aux mains : la plèvre costale , du côté de rinflammatlon, contracte presque toujours des adhérences avec la plèvre pulmonaire correspondante. 2®. Par le passage à l’état de pleurésie chronique: dans ce cas , les symptômes diminuent vers le 8^ ou 9® jour, persistent ensuite avec opiniâtreté, au lieu de se dissiper entièrement, et s’accompagnent d’une légère fièvre hectique avec des paroxysmes le soir. 5°. Par l’épanchement d’un liquide séreux plus ou moins abondant dans la cavité thoracique : les signes de cet épanchement sont la gêne de la respiration , l’oppression au moindre mouvement, rimpossibilité de se coucher sur le côté opposé au siège de l’inflammation; la suflbcation imminente lorsqu’on presse l’abdomen de bas en haut; le son obscur que rendent, par la percussion , les parois du thorax du côté affecté. On peut ajouter à ces signes une vsorte d’empâtement du thorax , l’ondulation d’un fluide à travers les muscles intercostaux, le réveil en sursaut, la bouffissure de la face , l’œdématie , et un sentiment de froid
1»HLEGMASIES
dans les membres infénetirs, etc. Cet épanchement s’observe surtout lorsque rinttammation a passé à . l’élat chronique.
Traitement. On a recours à la saignée générale , lorsqu’elle est indjlauée par la disposition du malade. Souvent on se borne à l’application des sangsues sur l’endroit douloureux, et on fait succéder l’application d’un vésicatoire. On dorme à l’intérieur les délayans et les mucilagineux , comme dans les autres phlegmasies.
GENRE ÏII. Péricardite. •
Prédisp. et causes occas. Le tempérament sanguin; la suppression d’une hémorrhagie nasale, du Ilux hémorrlioïdal , de Tévacuation menstruelle , de la transpiration; les exercices immodérés du corps; les travaux forcés de l’esprit; les excès vénériens; l’usage des boissons à la glace en été, des liqueurs spiritueuses en tout temps , l’abus des alimens fortement épicés , et en général tout écart du régime ; la métastase d’une affection rhumatismale , goutteuse , pso^que , etc. ; l’action d’un corps contondant sur la région précordiale.
Symptômes. Sentiment de chaleur générale, accompagné d’une douleur vive et brûlante dans tout le coté gauche du thorax , et spécialement dans la région du cœur; respiration haute, gênée et douloureuse; pouls dur, fréquent et rarement irrégulier ; rougeur des deux pommettes, et surtout de la gauche. Vers le troisième jour, altération des traits delà face, qui sont tirés en haut; anxiétés , agitations, respiration entrecoupée; pouls petit, fréquent, concentré, irrégulier; défaillances incomplètes , palpitations légères, ensuite
SEREUSES, jij
frissons fugaces , infiltration géne'rale ^ mort souvent inopine'e.
L’invasion de la péricardite aigue est brusque , sa marche rapide , sa terminaison presque subite. Celle qui est chronique débute ordinairement d’une manière insensible ; sa marche est souvent cachée. La péricardite est le plus souvent compliquée avec la pleurésie, la péripneumonie ,1a gastrite; et les symptômes de ces dernières affections prédominent souvent sur ceux de' l’inflammation du péricarde.
L’adhérence du péricarde au cœur est une suite assez fréquente de l’inflammation de cette membrane : dans ce cas, rougeurs subites à la face , sentiment pénible de tiraillement dans la région du cœur; respiration haute, fréquente, oppressée après le moindre mouvement ; défaillances , pouls irrégulier, point de palpitations; contractions du cœur promptes et irrégulières, sourdes, profondes, obscures et comme avortées. Le diagnostic de cette adhérence est d’ailleurs très-difficile à établir.
Traitement, Il est le même que celui de la pleurésie : on a recours , suivant les préceptes de M. Corvisart , aux saignées générales et locales , et on les emploie avec plus de célérité et plus sévèrement dans le premier degré que dans le second, et dans celui-ci que dans le troisième. On applique ensuite des vésicatoires sur le lieu correspondant au siège de l’inflammation.
GENRE IV. Péritonite.
Synonymie. Peritonitis, Yogei., Lïeutaud, Cvllen, Frank..
PlïLEG MASIES
ïl est bien reconnu aujourd’hui que raffeclion désignée sous le nom de fièvre puerpérale n’est rien autre chose qu’une inllammation du péritoine qui survient à la suite des couches.
Prédisp. et causes occas* Le tempérament sanguin, la pléthore, l’àge adulte, la compression des viscères abdominaux , l’intempérance , l’abus des liqueurs alcooliques; les passions fortes et violentes; la suppression d’évacuations habituelles, la métastase de la goutte sur l’abdomen; Thabitation des lieux humides et froids , le passage brusque d’une température chaude à une température froide. — Les causes occasionnelles de la péritonite puerpérale sont , du-- Tant la grossesse ^ des écarts répétés du régime , une constitution irritable ou pléthorique, la vie sédentaire avec l’habitude de la bonne chère, ou bien une mauvaise nourriture ; la négligence des objets de propreté ; les chagrins domestiques : pendant Vaccou-chementy un travail long et pénible, ou, d’un autre côté , une confiance extrême inspirée par un accouchement très-heureux : après V accouchement , un libre accès et des entretiens suivis avec ses proches ; les commotions de la joie ou une entière sécurité; des contrariétés ou des affections morales tristes; des écarts quelconques de régime; l’exposition à un air froid et humide , la respiration d’un air insalubre et corrompu, comme celui des hôpitaux.
Symptômes, Au début, horripilations vagues ou frisson général , qui se renouvelle quelquefois pendant un ou deux jours ; ensuite chaleur plus ou moins forte ; douleurs lancinantes dans l’abdomen qui augmentent par la plus légère pression , par les efforts de
SÉREUSES, Iig
îa respiration, et les mouveniens des membres et du tronc; dëcubitus sur le dos; abdomen tendu et me'tëorisë; hoquets, nausëes , vomissemens ; dian bëe ou constipation; pouls dur et serrë, presque toujours frëquent ; cëphalalgie , visage pâle , décoloré; traits comme tirës en haut et portës vers le front ; peau sèche ou couverte d’une sueur froide, insomnie , soif, etc.
Dans la përitonite puerpërale, qui se dëclare le plus ordinairement du deuxième au troisième jour de l’accouchement , et peut même survenir à toute ëpoque de l’allaitement, on remarque , outre les symptômes ci-dessus , l’affaissement des mamelles et la suppression des lochies.
Cette maladie est ordinairement très-aiguë ; sa durée est alors de cinq à dix jours : quelquefois elle est chronique. Elle peut se terminer par résolution , par suppuration ou par gangrène. Les signes de la suppuration sont, après le huitième ou neuvième jour, un sentiment de pesanteur dans l’abdomen, la fréquence et une sorte de mollesse du pouls : la matière de la suppuration est une sérosité mêlée de flocons albumineux; cette matière, quand l’issue delà maladie est heureuse, est en partie résorbée , et le reste se transforme en brides cellulaires. La gangrène s’annonce par un froid qui succède a une chaleur intense , par la cessation brusque de la douleur , un pouls foible et intermittent , l’affaissement des traits de la face.
Nulle phlegmasie des membranes séreuses n’est plus susceptible de se compliquer avec quelques-unes des fièvres primitives, et surtout avec les fièvres bi^ lieuse , adyoamique et ataxique»