DES SENS
Prêdisp. et causes occas. Action des narcotiques, chagrins profonds , emportemens de colère, veilles opiniâtres , études poursuivies sans relâche ; impression continue d’une lumière trop vive , impression violente du froid ; bains très-chauds ; état pléthorique, suppression d’une hémorrhagie habituelle; suite d’une fièvre continue ou intermittente ; affection hystérique , blessures quelquefois très-légères dans les sourcils ou au-dessus des orbites; coups, chute sur la tête , abus des plaisirs vénériens.
Symptômes. Abolition de la vue sans vice manifeste. Cette affection survient brusquement ou est précédée de douleurs de tête, de vertiges, d’umétat d’engourdissement, de tintement d’oreille. Elle est le plus ordinairement accompagnée de la dilatation et de l’immobilité de la pupille. Elle peut être imparfaite ou parfaite. Dans ce dernier cas, on ne peut distinguer la lumière des ténèbres. Cette névrose est continue et quelquefois périodique , comme dans Fhypochondrie et l’hystérie. Elle est souvent incurable.
Traitement des Nécroses de la vue.
•L’ héméralopie et l’amaurose imparfaite doivent être combattues par les mêmes moyens, dont les plus efficaces sont les vomitifs , le quinquina uni à la valériane, les rubéfîans appliqués à la nuque, les vapeurs de carbonate d’ammoniaque dirigées vers la conjonctive. Si l’héméralopie est l’effet de la pléthore, de la suppression de la transpiration , les saignées et les sudorifiques sont particulièrement indiqués : cette méthode a réussi â Scarpa chez trois malades.
Lorsque la nyctalopie est occasionnée par une sen-
^^ÉVROSES
sibilité excessive de la rëtine ^ rapplication d’une soîütion d’opium sur la conjonctive peut être utile. Ce n’est que progressivement qu’il faut passer de l’obscu* rite au grand jour. Si la vue nocturne est le symptôme d’une inflammation de l’œil , on a recours à la saignée locale, aux collyres ëmolliens , et on place le malade dans un lieu peu éclairé.
On combat la berlue qui provient de l’exposition à l’ardeur du soleil, par des lotions d’eau froide sur la tête et les yeux; on y joint l’usage des bains tièdes pour favoriser la circulation dans toute l’habitude du corps. Si la maladie est symptomatique, son traitement est celui de l’afléction principale.
Lorsqu’elle est occasionnée par un état pléthorique, on prescrit un régime rigoureux , des boissons délayantes, et on tâche de ramener le flux hémorrhoidal ou tout autre écoulement, qui aurait été supprimé.
L’art retire souvent un grand avantage du vomissement dans le traitement de l’amaurose, etletartrate de potasse et d’antimoine est l’émétique que l’on doit préférer : rexpérience prouve que ce médicament , donné ensuite à petites doses répétées, est aussi trèsutile comme nauséabond et comme altérant. On passe .après cela aux toniques : Scarpa recommande le quinquina et la valériane, dont il fait continuer l’usage pendant cinq semaines au moins ; il nourrit en même temps le malade d’alimens succulens, et conseille l’exercice. 11 excite l’œil par les vapeurs ammoniacales : il suffît, pour cela , d’approcher de cet organe un vase contenant du carbonate d’ammoniaque, jusqu’à ce qu’il en résulte des picotemens dans la cou-
DES fonctions CEREBRALES. ï65*
jonetîve, de la rougeur et du larmoiement. Uapplication d’un vésicatoire çu d’un séton à la nuque, les frictions du sourcil avec l’éther, les sternutatoires peuvent être utiles. L’électricité et le galvanisme ne réussissent guère que dans les cas d’amaurose récente , et lorsqu’ils sont combinés avec d’autres exciîans tant internes qu’externes. Cette maladie est souvent incurable, et, lorsqu’elle est susceptible de guérison, on doit souvent varier le traitement, sui*^ vant la nature des causes qui ont pu la produire,
ORDRE II
NÉVROSSS DES FONCTIONS CÈrÂBRALES.
Quelque variées que soient les névroses cérébrales, elles peuvent se rapporter aux affections comate Lîses^et aux vésanies.
Sous Ordre. Affections comateuses^
Comata.
Les affections comateuses se manifestent par les fausses apparences d’un sommeil profond , un état de stupeur et d’insensibilité , quelquefois conjointement avec des convulsions , des spasmes; d’autres fois avec des alternatives de délire et de convulsions. Les pulsations des artères et du cœur, ainsi que la resp ration, ne sont pas lésées. Ces affections , presque toujours sporadiques, rarement épidémiques, sont bornées à î’apoplex'e, à la catalepsie et à l’épilepsie; mais l’ensemble des symptômes produits par les poisons nar-^ cotiques et les boissons enivrantes, appartient au
l66 NÉVROSES
même sous-Ordre, et pourroit peut-être former un ou deux Genres.
GENRE X. apoplexie •
Synonymie. Apoplexîa, Sauvages , Linnæus , Vogel, Boerhaave , JuNCKER, Sagar, Wépfer, Cüllen , elc.
Prédisp. et causes occas. Les plus ordinaires sont une nourriture succulente ou des alimens peu restaurans, une vie sédentaire, Texcès dans les plaisirs de Famour, la suppression des menstrues, des lochies, du flux liéniorrhoïdaî ; Fusage immodéré des bains, une chute , des coups vioîens sur la tête , une ivresse habituelle , un embarras gastrique , Fusage des narcotiques ; des chagrins profonds , une forte contention d’esprit , des emportemens de colère.
Symptômes. L’apoplexie peut se déclarer a des degrés différens; elle peut être légère, ou imparfaite, ou forte. Premier degré. Embarras (S la langue, sentiment de formication ou d’engourdissement dans les membres d’un côté du corps, difficulté et même impossibilité de les mouvoir ; douleur gravative de la tête , somnolence , légère distorsion de la bouche , lenteur et difficulté dans l’exercice de l’entendement. Second degré. Diminution très-notable ou même abolition des fonctions des sens et de l’entendement, stupeur profonde ou état comateux, perte plus ou moins complète du sentiment et du mouvement dans une moitié du corps. Peu d’altération dans la respiration , qui devient seulement stertoreuse vers la lin : pouls fort et développé.
On a distingué l’apoplexie en sanguine, séreuse, nerveuse, asthénique, sthénique, gastrique, etc.;
DES FONCTIONS CEREBRALES. 167
mais ces différences ne sont nuflement propres à former des caractères spécifiques.
Variétés — Apoplexie des nous> eau-nés. Elle est toujours le résultat de la compression du cerveau , déterminée soit par la résistance des os du bassin, du col de la matrice , du vagin ou de la vulve au passage de la tête ; soit par l’application du forceps ou du levier, soit par la distension outre mesure des vaisseaux cérébraux , le sang ayant été refoulé ou retenu dans la tête par quelques circulaires du cordon ombilical autour du cou ou une autre cause. — Assoupissement profond, immobilité et insensibilité absolues , absence de la circulation et de la respiration ; tuméfaction, rougeur et lividité de la face et des yeux, qui sortent presque des orbites; renversement des lèvres, vergetures au cou et à la poitrine : tels sont les symptômes de celte maladie , toujours des plus graves.
On ne doit pas la confondre avec l’asphyxie des nouveau-nés. ( Kojez plus loin le genre Asphyxie).
Traitement. Lorsque l’apoplexie survient après un repas copieux , et quelle a lieu chez un homme robuste , on provoque aussitôt le vomissement ; cependant s’il y avoit des signes d’une congestion trèsgrande vers le cerveau , il faudroit recourir d’abord à la saignée. Le traitement est absolument le même quand l’apoplexie dépend d’un embarras gastrique. Si elle survient chez des personnes d’une grande susceptibilité et mobilité nerveuse, on n’administre les excitans qu avec la plus grande prudence. Le camphre et d’autres sédatifs analogues sont particulièrement indiqués. Si le malade est âgé , foibîe , pâle, maigre ; s’il se nourrit habituellement d’alimens peu restau--
ï68 ■ NÉVROSES
rans, on insiste au contraire sur les excîtans et les rubéfians, L’Individu esl-il jeune, fort, d’un tempérament sanguin; la face est- elle rouge, le pouls plein , dur, on réitère l’application des sangsues aux cuisses et aux jambes; on administre en même temps des boissons rafraîchissantes et laxatives; on expose îe malade à l’air frais et on le place dans une position presque verticale. — Un exercice modéré , une nourriture saine et facile à différer, l'habitude d’entretenir la liberté du ventre , d’éviter les affections morales trop vives , sont les meilleurs préservatifs de l’apoplexie.
Dans l’apoplexie des nouveaumés, il faut se hâter de dégorger les vaisseaux de la tête et de ranimer la circulation, en coupant le cordon ombilical et laissant couler le sang; l’application de quelques sangsues derrière les oreilles est quelquefois nécessaire. Si cela ne suffit pas , on excite la sensibilité générale de l’enfant en le plongeant dans un bain chaud, dont on augmente l’activité par faddition d’une certaine quantité d’eau-de-vie, de vin ou de vinaigre. On fait des frictions avec des linges chauds sur toute la longueur de la colonne vertébrale. Enfin on tâche de déterminer la première inspiration par les mêmes moyens que dans l’asphyxie des nouveau-nés, c’està-dire, en excitant la muqueuse nasale à l’aide des barbes d’une plume, des vapeurs acétiques ou ammoniacales; ou en insuffiant de l’air dans les poumons , soit par la bouche ou , ce qui vaut mieux , par î’une des narines.
DES FONCTIONS CERÎ^. BRADES. 169
GENRE XL Catalepsie.
Synonymie. Catalepsis ^ Sauvages, Ltnnæus , Vogel, Sagar, Boerhaave, Jüncrer , etu. 5 ^popîexlacataleptica ,
CuLLEN.
Prédisp. et causes occas. Constitution sensible et mélancolique 5 forte contention d’esprit, alTectîons morales très-vives , présence des vers dans les intestins.
Sjmptômes* Immobilité et persévérance dans la position qu’on avoit avant Tattaque , qu’on soit assis, debout ou couché ; les yeux restent ouverts ou fermés s’ils l’étoient auparavant. Suspension du sentiment et du mouvement , des fonctions de l’entendement, de la vue et de l’ouïe; pouls petit, respiration rare, chaleur animale peu élevée. La durée de cette affection est indéterminée.
Traitement Pendant l’attaque on ne donne aucun médicament actif; dans les intervalles, on s’attache à combattre les causes de la maladie. Lorsque h s attaques sont fréquentes,, le pouls petit , la respiration facile et la physionomie naturelle , Tissot recommande les bainsjfroids. Si la catalepsie est symptomatique , on dirige le traitement vers l’affection essentielle.
GENRE XIÏ. Epilepsie.
S YNONYMiE. Epilepsias , Sauvages, Linnæus, Yogel,
CuLLEN, Sagar, Boerhaave , Hoffmann , Juncker, etc.
Prédisp. et causes occas. La cause de cette maladie peut avoir son siège dans l’intérieur du cerveau ou bien dans quelqu’autre partie du corps : de là les divisions de i’épilepsie en idiopathique et en sympa-
T 70 NÉVROSES
thique. La première peut être produite ^ dans Fenfance, par une forte compression de la tête, un épanchement lymphatique, la rétropulsion de certaines affections cutanées , des frayeurs subites; dans l’âge adulte, par des lésions violentes de la tête, par la carie , des exostoses vénériennes des os du crâne , la métastase d’une matière morbifique. — L’épilepsie sympathique peut provenir, dans l’enfance, de la présence des vers dans les intestins , d’une dentition difficile, de l’éruption de la petite vérole, des affections vives de l’ame ; et , dans l’âge adulte , elle peut être occasionnée par des douleurs violentes , l’irritation de quelque nerf particulier, un sentiment de terreur, des affections hystériques ouhypochondriaques. — L’épilepsie peut être symptomatique de la syphilis, de l’éruption de la variole , de l’hydrocéphale.
Sjmptômes. Invasion subite ou précédée de vertiges, de cardialgie, d’assoupissement, d’une couleur plus vive et plus animée de la face. Perte de connoissance , chute si on est debout , renversement du corps; distorsion des yeux par des contractions involontaires des muscles de ces organes ; convulsions des membres abdominaux et thoraciques ; gonflement successif de l’abdomen, de la poitrine et du cou, avec un sentiment de strangulation ; visage d’un rouge pourpre ou violet ; convulsions des muscles de la face, le plus ordinairement accompagnées d’écume â la bouche, et quelquefois sans ce dernier symptôme, î^attaque dure de cinq a vingt minutes ; elle est précédée , lorsque fépilepsie est symptomatique , d’un 'chatouillement , d’une douleur ou d’un engourdissement dans une partie quelconque du corps. C’est ce
DES FONCTIONS CEREBRALES. lyt
qu’on a observe à la face, clans le conduit auditif , aux seins, aux épaulés, aux bras, aux mains, aux pieds ou aux jambes. Ce symptôme, qui constitue \aura epileptica , est comparé au sentiment d’une sorte de vapeur qui se porte de la partie où il s’est déclaré à la tête; et alors perte totale de connoîssance avec tous les symptômes décrits précédemment.
Traitement. Il varie suivant les causes. Il est impossible de guérir l’épilepsie qui provient d’une affection organique ; et celle dont la cause est inconnue résiste aussi très-souvent au traitement. — Les médicamens qui réussissent dans certaines circonstances sont la racine de valériane , le quinquina , le camphre , l’opium , Tassa-fœtida , le musc , l’huile animale de Dippei ou pyro-zoonique, les extraits de jusquiame, de stramonium ,de belladone , l’oxide de zinc, le sulfate de cuivre et d’ammoniaque, le nitrate d’argent fondu , etc. On peut quelquefois prévenir l’attaque par la respiration de l’ammoniaque au moment où les préludes se manifestent : c’est ce que M. Pinel a obtenu sur trois individus différons. Il est dangereux de présenter, pendant l’accès , un flacon d’ammoniaque soit aux narines , soit à la bouche du malade , parce que la sensibilité étant alors suspendue, et la respiration continuant a se faire , rien ne s’oppose a la libre introduction de la vapeur ammoniacale dans les bronches , qui peuvent en recevoir une quantité suffisante pour être frappées d’une inflammation mortelle. J’ai présenté dernièrement un exemple de cet accident funeste a la Société de la Faculté {Tojez Bulletins de la Faculté , an i8i5 , n*^ v). Quarîn rapporte l’exemple d’une jeune personne très-sensible
NEVROSES
auxcliarmes de la musique, et qui par ce moyen preVe-^ noit toujours les attaques. On a essaye, en Angleterre , l’inspiration d’un mélangé de gaz oxygène et d’air atmosphérique : les effets ont été quelquefois favorables, d’autres fois indifférens, et même nuisibles. L’application d’un cautère .actuel sur la partie antérieure de la suture sagittale paroît avoir quelquefois guéri l’épilepsie idiopathique : mais cette maladie résiste bien souvent aux secours de l’art les mieux administrés. Le traitement de l’épilepsie symptomatique est celui de l’affection essentielle : ainsi Fépilepsie vermineuse cède aux anthelmintiques; la syphilitique aux anti-vénériens , etc.
11^ Sous-Ordr£. Vésanies.
Les vésanies sont caractérisées par une lésion plus ou moins marquée dans l’exercice des fonctions de l’entendement, comme la perception des objets, le jugement , la mémoire , l’imagination; ou bien dans les facultés affectives , comme l’habitude d’une tristesse profonde, ou des emportemens violens sans causes , une aversion insurmontable ou une passion effrénée pour certains objets;, la morosité la plus sombre ou la joie la plus extravagante et la plus évaporée. — Les Genres qui appartiennent aux vésanies sont l’hypochondrie, la mélancolie, la manie, la démence , l’idiotisme, le somnambulisme et Fhydro-? phobie.
GENRE XIII. lljpockondrie.
Synonymie. Hypochondriasis , Sauvages, Linnæus , Yogel , CuLLEN , Sagar^ Morbiis hypochondriaciis HAAVE • NLalum hj-pochondriacum , Hoffmann , Juncker.
DES FONCTlO]N[S CEREBRALES. 175
Prédisp. et causes occas. Les plus frequentes sont une disposition héréditaire , l’abus des narcoti« tiqnes , le passage brusque d’une vie active à un état sédentaire , des excès dans les travaux du cabinet et dans les plaisirs de i’aniour, une vive frayeur, une tristesse profonde ; la suppression du flux hémorrhoïdal ou des menstrues ; l’affection d’un ou de l^lusieurs viscères abdominaux.
Symptômes, Les uns ont leur siège dans l’abdo* men : tels sont des tensions et, par intervalle, le gonflement de l’estomac et du conduit intestinal, et quelquefois une sorte de pulsation irrégulière dans quelques parties de rabdomen ; des nausées , du dégoût avec des alternatives d’un appétit vorace , de l’aversion pour certains alimens , des douleurs gravatives de l’estomac après le repas , des flatuosités incommodes , des éructations , des rapports acides , desÇoliques vagues, des borborygmes, un état de constipation ou de diarrhée , et par intervalle une urine abondante et limpide. D’autres symptômes se manifestent dans diverses parties du corps : tels sont <les resserremens spasmodiques de la poitrine , la dyspnée , des palpitations de cœur , des sentimens irréguliers de chaleur au visage avec expuition fréquente ; de la céphalalgie , des tintemens d’oreille , des vertiges , des anxiétés , une tristesse profonde , une défiance ombrageuse , des terreurs pour les causes les plus légères , des caprices suivant la variation de l’atmosphère , un trouble fugace dans les idées.
Les symptômes de l’hypochondrie se dissipent et reviennent irrégulièrement.
1^4 NÉVROSES
Traitement. Les moyens tirés de l’hygiène sont les plus efficaces : tels sont le séjour à la campagne, une société choisie et gaie , les voyages , des exercices du corps variés, les frictions, une vie sobre et réglée , l’abstinence des liqueurs alcooliques , etc. On varie d’ailleurs le traitement suivant les causes de l’hypochondrie , la constitution individuelle, le sexe , le genre de vie , le degré ou les complications de la maladie. ^
GENRE lAN ^ Mélancolie.
Synonymie. MclanchoUa ^ Juncker , Sauvages, Lmnæus , Yogel, Cüllen , Sagar ^ Delirium melancholicum , Hoffmann.
Prédisp. et causes occas. Une disposition particulière , souvent héréditaire , caractérisée par la maigreur , la couleur plombée de la face , un caractère très irascible , des passions fortes. Les autres causes sont les mêmes que celles de Fhypochondrie.
Symptômes. Le mélancolique est comme possédé par une idée exclusive ou une série particulière d’idées , avec une passion dominante et plus ou moins extrême , comme un état habituel de frayeur , des regrets profonds , une aversion des plus fortes ,, ou une joie folle et rayonnante. Ainsi la panophobie ou frayeur nocturne , la démonomanie ou l’idée d’être possédé par le démon, l’érotomanie ou la passion de l’amour portée au plus haut degré , la nostalgie ou le regret profond d’être éloigné de ses foyers, l’illusion qui fait croire qu’on jouit du bonheur suprême , la crainte supersti-
DES FONCTIONS CEREBRALES. 1^5
tieuse des peines d"une autre vie, une aversion insupportable pour le mouvement ou une mohi-» lité extrême et un penchant irrésistible à se mouvoir et à courir continuellement sans but et vsans motif \ la singularité de se croire changé en chien , en lièvre , en loup , etc. , avec des penchans analogues , sont autant de lésions de Fentendement ou des affections morales qui appartiennent à la mélancolie. Quelquefois il y a abattement du courage , choix particulier d'un genre de mort , recherche delà solitude, pour se livrer uniquement à des idées et à des projets de se détruire. D’autres fois on est dans la conviction intime qu’on est privé d’entendement et qu’on ne peut remplir les devoirs de la vie ; dans certains cas, le penchant au suicide devient irrésistible. .
Traitement» On voit , dans les auteurs , des guérisons opérées par quelque moyen adroit ou quelque artifice propre à détruire l’idée exclusive qui fait l’objet particulier de la mélancolie. Une impression brusque et forte comme celle que produit le bain de surprise, a quelquefois été suivie de succès. On recommande un changement notable dans la manière de vivre , des exercices de corps variés , la dissipation , des voyages aux eaux minérales. Dans les cas de mélancolie par suppression de quelque évacuation , on dirige le traitement sur la cause évidente qui a produit la maladie; mais lorsque la mélancolie est invétérée , il y a peu d’espoir de guérison.
ï^ÉtnosES
GENRE XV. Majîiei
Synonymie. Mania., Boerhaave, Juncker , Sauvages^ Li NNÆüS , VoGEL , Cellen , Sagar ^ Delirium inaniacum ^ Hoffmann.
Prédisp. et causes occas. . Ecarts de régime , travaux forces , exposition prolongée aux rayons du soleil , excès d’ëtudes et de veilles , passions vives et emportées, ambition exaltée, dévotion extatique, éducation négligée , habitude de se livrer à tous les caprices de la jeunesse , suppression d^une évacuation habituelle ou de quelque exanthème. La manie succède quelquefois à une maladie aiguë.
Sjmpiômes, Espèce. Manie sans délire^ Aucune altération sensible dans les fonctions de l’enten» dement , mais perversion dans les fonctions affectives ; impulsion aveugle à des actes de violence , ou même d'une fureur sanguinaire, sans qu’on puisse assigner aucune idée dominante ni aucune illusion de l’imagination qui soit la cause déterminante de ces funestes penchans.
Espèce. Manie avec délire. Lésion d’une ou de plusieurs fonctions de l’entendement, avec des affections gaies ou tristes , extravagantes ou furieuses.
La manie est continue ou périodique, avec des retours réguliers ou irréguliers des accès.
Traitement. Comme celui de la mélancolie , il consiste plutôt dans des moyens moraux et hygiéniques que dans l’administration des médicamens» lo. Dans l’état aigu , et lorsque les symptômes sont très-intenses , le maniaque doit être enfermé dans un lieu obscur pour éviter toute impression propre à
t)ES FONCTIONS CEREBRALES.
sgîr sur les sens | on lui donne des boissons délayantes, acidulées ou légèrement calmantes , et on le nourrit. Quand l’effervescence est un peu calmée , on lui laisse la liberté de se promener dans un endroit clos , en le contenant simplement avec un gilet de force , si on craint qu’il ne commette quelque acte de violence, ou qu’il ne se blesse lui-même. 2®. Au déclin de la maladie, on permet de plus en plus la liberté des mouvemens , on le sépare de ceux qui sont encore furieux et agités. On continue les mêmes boissons ; on fait prendre des bains tièdes deux ou trois fois par semaine, et, si les symptômes se renouvellent , on donne de temps en temps quelques douches légères d’eau froide durant trois ou cpiatre minutes et seulement vers la fin des bains. C’est surtout dans les intervalles de raison que le traitement moral doit marcher de front avec les autres moyens physiques. On témoigne une bienveillance affectueuse au malade ; on le punit de ses écarts et de ses fautes par des privations ; mais on revient aussitôt aux voies de douceur et de condescendance. 5"^. Dans la convalescence , l’aliénation pouvant se renouveler par les motifs les plus légers , on revient de temps eri temps aux bains tièdes et aux boissons délayantes. On fixe Fattention du malade par un travail des mains qui ne le fatigue pas; et ce n’est que lorsque sa raison est parfaitement rétablie qu’on lui permet des communications avec ses parens. — - On conçoit que le traitement peut être modifié par divers moyens secondaires qui se déduisent de la nature des causes de la maladie.
NEVROSES
GENRE XVI. Démence:
Synonymie. Ainentia ^ Sauvages , Vogel, Sagar^ Cullen; Moro.sz'^, Linnæus.
Prédisp^ et causes occas. La clémence peut être innée ou originaire , ou bien amenée par le déclin de l’age. Souvent elle est accidentelle , et elle peut être produite par des excès d’iritempél'ance , Tabus des plaisirs les plus énervans , les suites d’une attaque d’apoplexie , des coups sur la tête , une frayeur vive ^ des excès d’étude dirigée sans méthode.
Symptômes^ Succession rapide , ou plutôt alternative non interrompue d’idées isolées et d’émotions légères et disparates f mouvemens désordonnés et actes continuels d’extravagance ; oubli complet de tout état antérieur ; abolition ou diminution marquée de la faculté d’apercevoir les objets ; oblitération du jugement ; activité continuelle sans but et sans dessein ; sorte d’existence automatique ; quelquefois oubli ou confusion des mots ej, des signes propres à rendre les idées.
La démence se distingue facilement de la manie délirante. Dans celle-ci, la perception des objets, Limagination , la mémoire , peuvent être lésées mais la faculté du jugement , c’est-à-dire , celle de l’association des idées existe. Le maniaque, par exemple, qui se croit Mahomet et qui coordonne toutes ses actions avec cette idée , porte en réalité un jugement; mais il allie deux idées sans aucun fondement , c’est-à-dire que son jugement est faux. A.m contraire , dans la démence il n’y a pas de
jugement ni vrai ni faux ; les idées sont comme isolées y naissent les unes à la suite des autres , et ne sont nullement associées ; ou plutôt la faculté de la pensée est abolie.
Traitement, La démence qui a lieu par le dé» clin de l’âge est au-dessus des moyens de l’art. Ceux-ci ne peuvent être appliqués avec quelque avantage qu’à la démence accidentelle y a celle qui survient à la suite d’un grand cbagrin ^ d’une profonde mélancolie , par la suppression des menstrues , eta L’usage des excitans , tant intérieurs qu’extérieurs y peut concourir avec le traitement moral , auquel on a recours dans la manie , à ramener l usage de la raison.
GENRE XVIÏ. Idiotisme.
Synonymie. Amenda, Sauvages, Vogel , Sagar, Cul- LEN^ Morôsis , LiNNÆUSj Crétinîsme, Fodéré.
Prédisp, et causes occas. Une conformation particulière du crâne , les causes de la démence.
Symptômes. Oblitération plus ou moins absolue des fonctions de l’entendement et des affections du cœur ; quelquefois rêvasserie douce avec des sons demi-articulés ; d’autres fois taciturnité profonde et perte de la parole par le défaut d’idées.
Traitement. Le même que celui de la démence.' L’idiotisme est presque toujours incurable , surtout lorscju’il est originaire.
GENRE XVIIL Somnambulisme,
Synonymie. SomnamhuUsinus , Sauvages, LiNivÆuSÿ Sagar; Hj'pnobatasis , Youel Noctambuîatio^ Juncker.
î80 NÉVROSES
Prédisp. et causes occas» Adolescence , tempéra-*' ment sanguin ou nerveux , imagination vive , sensibilité morale extrême ; quelquefois disposition particulière qu’on ne peut rapporter à aucune cause.
Symptômes. Pendant le sommeil , sorte d’excitation différente de l’état de veille ; répétition des actions dont on a contracté l’habitude ; quelquefois déterminations vicieuses , paisibles , dirigées sur des objets qui n’ont aucun rapport avec le sujet du rêve. Le somnambule, par exemple , monte sur les croisées, sur les toits, et se dirige vers d’autres objets , qui ne sont pas ceux dont la raison s’occupe. — D’autres fois les déterminations sont dirigées sur les objets qui occupent l’entendement , et alors les mouvemens et toutes les actions s’exécutent avec beaucoup de vivacité et de précision. Lesyeux sont fermés ou ouverts , mais sans mouvement. Le somnambule répond ordinairement aux questions qu’on lui fait.
Traitement. On préserve le somnambule des dangers auxquels il peut s’exposer par ses courses nocturnes. L’aspersion d’eau froide, de fortes commotions , la flagellation , peuvent occasionner un réveil subit , et par là supprimer l’accès dès son début. Dans les intervalles , on cherche à combattre les causes particulières du somnambulisme.
GENRE XIX. Cauchemar.
Synonymie. Incubus , Juncker , Yogel; Ephialies , Sauvages , Linnæus , Sagar; Oneirodjnia grwans , Cullen.
Prédisp. et causes occas. Etat pléthorique , indigestion, ou surcharge de l’estomac pendant le som-
DES FONCTIONS CEREBRALES. l8l
ineil ; îijpochondrie , hystérie , présence des vers dans ies intestins; hydrocéphale.
Sympiomes . Cette afFection est caractérisée par un sentiment de pesanteur que l’on éprouve, durant le sommeil , dans la région épigastrique ou à la poitrine, ordinairement avec difficulté de respirer et une sorte de délire. Tout se dissipe par le réveil ; mais il reste beaucoup de lassitude et souvent des palpita^ tiens.
Traiiement. ïl varie suivant les causes,
GENRE XX. Hydrophobie.
Synonymie.^ Hjdrophobia , Boerhaave , Juwcker ^ Sauvages, Linnæus, Yogel, Cullen, SAGAR^Piage.
Prédisp. et causes occas. La maladie peut être communiquée par contagion ou survenir spontaneC ment. Dans le premier cas , elle est occasionnée par la morsure d’un animal enragé, par l’application de la salive sur la peau au moyen d’un simple lèchement, par la respiration de Fhaleine d’un hydrophobe ou d’un animal enragé , ou par une substance infectée de leursalive et portée imprudemment àla bouche.—^ Les causes les plus ordinaires del’hydrophobie spontanée sont une frayeur vive, un emportement violent, des écarts extrêmes de régime , des travaux forcée à l’ardeur du soleil.
Symptômes. Si fhydrophobie est spontanée , l’in*^ vasion a lieu le jour même ou peu de temps après la cause qui l’a produite , tandis qu’elle ne s’observe guère qu’au bout de trente ou quarante jours, quand la maladie est occasionnée par contagion. Les phénomènes précurseurs sont un état d’inquiétude? do
ï82 névroses
la tristesse , de la pusillanimité , un sommeil agite par des reves sinistres, la perte de Fappetit, la recherche de la solitude; le resserrement des tempes, des affections nerveuses variées. Les cicatrices ou les plaies se boursouflent quelquefois avec douleur. Dès que Faffection est déclarée , sentiment d’ardeur et de constriction a la gorge , déglutition difficile , horreur des liquides , agitation continuelle , chaleur brûlante à Fépigastre , visage rouge , voix forte , regard étonné et farouche. , respiration gênée, pouls dur, tendu, inégal; quelquefois soif très-vive, mais resserrement douloureux de la gorge; frémissement général et contractions spasmodiques des muscles de la face; bientôt fièvre et délire , anxiétés extrêmes , crachotement fTequent d’une salive écumeuse; quelquefois grinceiBens des dents , envie de mordre et priapisme. ——Renouvellement de ces symptômes parle simple aspect des liquides et des corps brilla ns. A leur approche, le malade prie ceux qui l’entourent de s’éloigner. La durée ordinaire de la maladie est de trO'S ou quatre jours : peu à peu le pouls s’affoiblit, la face devient pale , les extrémités se refroidissent, et la mort survient au milieu des convulsions ou d’une lipothymie.
Traitement. On cautérise les morsures dans les trente-six premières heures , avec un caustique trèsactif, tel que le muriate d’antimoine liquide. On dilate d’abord les plaies , si cela est nécessaire , ou on les ouvre si elles sont cicatrisées ; on les laisse saigner pétulant quelque temps ; on les lave avec une dissoïiition de quelques grains de potasse dans une livre d’eau ; on panse avec de la charpie sèche , et le len-
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ilemaiii ^.à la levee du premier appareil, on promène un pinceau de linge imprègne de muriate d’antimoine sur toute l’èlendue des plaies ; on les recouvre d'un large vésicatoire , et, à la chute des escarres , on entretient la suppuration pendant trente ou quarante jours. La cautérisation , ainsi pratiquée , est le meilleur préservatif de l’hydrophobie. Lorsqu’une fois cette affection est déclarée , elle est au-dessus des ressources de l’art.
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