‹ Manuel médicalChapitre 6 sur 51 · FIÈVRES ADYNAMIQUES OU PUTRIDES · texte numérisé non relu

FIÈVRES ADYNAMIQUES OU PUTRIDES

Synonymie, Typhus, Hippocrate, Sauvages, CuliEN, etc.; Febris pestilentîalis , Fracastor , Sydenham, Grant , etc. ; Febris putrida, Stoll , Quarin , etc. ; Fièvre adjnamique, Pinel.

Ces fièvres consistent dans une diminution de la sensibilité générale , et un état d’atonie dont semblent frappées les fibres musculaires. L’odeur fétide des déjections , des sueurs et de Furine que rendent les malades , la couleur verdâtre du sang tiré des^ veines , la prompte décomposition de ceux qui succombent , ont fait supposer dans ces maladies un état putride des humeurs , qui ne peut pas exister avec la vie.

Quelques observations publiées par Forestus , sous le titre de fiès^re ardente , ne sont que des fièvres putrides simples.

Prédisp. et causes occas. Séjour habituel dans les lieux bas et humides , dans les prisons, les hôpitaux j enfin dans tous les endroits dont l’air n’est pas renouvelé ou est vicié par les émanations de matières en putréfaction , par l’entassement de beaucoup d’individus sains ou malades ; exposition aux effluves marécageuses , surtout pendant le sommeil ; défaut de propreté , mauvaise nourriture , boisson d’eaux

corrompues , évacuations excessives , fatigues ex-t trêmes , veilles et études prolongées , affections morales tristes ; traitement trop débilitant des fièvres dites inflammatoires , bilieuses ^ muqueuses , etc.

Ces fièvres peuvent être sporadiques , épidémiques, endémiques ; elles sont quelquefois contagieuses.

Invasion. Lente ou brusque.

Symptômes. Prostration générale , peau âcre et brûlante au toucher ; pouls petit , mou, déprimé, peu fréquent ; affaissement des traits de la face , yeux rougeâtres ou jaunes-verdâtres, chassieux et îarmoyans ; céphalalgie obtuse , stupeur, vertiges rêvasseries ou délire taciturne , réponses lentes et tardives ; langue brunâtre ou noirâtre, d’abord humide , puis sèche ; état fuligineux des gencives et des dents, haleine et déjections alvines fétides ; quelquefois constipation , météorisme , souvent diarrhée et excrétions involontaires des matières fécales et de furine ; hémorrhagies passives , pétéchies , vïbices et ecchymoses, coucher en supination ; quelquefois éruption de parotides avec ou sans diminution subséquente des symptômes ; gangrène des plaies, etcJ

Type. Le plus ordinairement continu , quelquefois rémittent , rarement intermittent.

Durée. Variable selon le type.

Terminaison , par une sueur abondante , une urine sédimenteuse , des parotides ; souvent par la mort.

La convalescence est lente ; les rechutes sont fréquentes.

P ronostic. Il est favorable lorsque les symptômes sont modérés , qu’il survient des parotides, que les

FIEVRES

sécrétions et les exhalations reprennent leur cours J en même temps que les symptômes adynamiques diminuent. Il est défavorable , lorsqu’aux circonstances opposées à celles que nous venons d’indiquer , il se Joint des vomissemens et des déjections de mat tières noires fétides , le météorisme , l’irrégularité et l’intermittence du pouls , le hoquet , l’insensibilité des organes aux stimulans ; lorsque la déglutition est impossible , que le malade ne peut sortir la langue, que la peau est couverte d’une sueur froide, etc.

GENRE Fièm adjnamique ou putride

continue»

Caractères de fOrdre , paroxysme le matin ou le soir. La fièvre peut se terminer le 7® , le 14® , le le 21®, le 40® jour, et quelquefois plus tard ; elle devient souvent intermittente vers son déclin.

Espece simple.

Espèces compliquées. Fies^re inflammatoire pu^ Apparences d’une fièvre inflammatoire pendant les trois ou quatre premiers jours, suivies des symptômes de la fièvre adynamique.

Fièÿre-gastro-adjnamique ( bilioso-putride ) continue» Réunion des symptômes propres aux deux Ordres de fièvres. La fièvre gastrique prédomine au début , et la fièvre adynamique se manifeste le 5® ou le 6® jour, et se continue jusqu’à la fin.

Fièi>re mucoso- adynamique ( pituitoso-putride ) continue» Réunion des symptômes des deux Ordres de fièvres.

ADYNAMIQUES,

GENRE IL Fièi^re adjnamique ( putride )

rémittente.

Caractères du Genre précèdent, et en outre retour régulier ou irrégulier d’accès. Elle ne se termine guère avant le 4^® jour, et prend ordinairement sur la fin le type continu. ^

Espece simple.

Especes compliquées. Encore peu connues.

GENRE III. Fièvre adjnamique ( putride )

intermittente.

Accès sous le type quotidien, double-tierce, tierce ou quarte , présentant les caractères de l’Ordre ; intermission complète; durée indéterminée.

Espèce simple.

Especes compliquées. Peu connues.

Traitement des fievres adjnamiques.

Traitement préservatif. Eloignement des causes occasionnelles. Désinfection de l’air au moyen des fumigations acides.

Traitement curatif de la fièvre adjnamique continue. L’embarras gastrique existant presque toujours au début , exige l’emploi du tartrate de potasse antimonié. Si la fièvre est survenue dans un amphithéâtre d’anatomie, un hôpital, une prison, on peut, en provoquant le vomissement ou la sueur, faire avorter la maladie , ou la rendre plus bénigne. Il faut se défier des apparences d’une fièvre inflammatoire que prend souvent la maladie dès le début , pour ne pas saigner à contre-temps. Après l’évacuation presque toujours indiquée des premières voies, on fait usage

FIEVRES

des boissons acidulées et légèrement toniques. C’est dans la seconde période qu’il convient surtout, à raison de la grande prostration des forces , de faire usage des toniques et des excitans , tels que le vin, l’alcool , le camphre, les fleurs et la racine d’arnica , l’éther, les amers, le quinquina , la serpentaire de Virginie, les acides minéraux, l’eau à la glace; on stimule l’organe cutané par les vésicatoires ambulans ou fixes et les sinapismes; on renouvelle fréquemment l’air; on change souvent le malade de linge et de lit, et on ne néglige aucun soin de propreté. Survient-il du délire, on suspend l’usage du vin et des cordiaux , on fait des applications froides sur la tête, tandis qu’on applique des fomentations aux pieds et aux jambes. S’il se manifeste des sueurs colliquatives, on tient frais l’air de la chambre , on administre des boissons fraîches, aiguisées d’un peu d’acide sulfurique. On oppose à une diarrhée abondante des mu~ cilagineux, l'opium , de petites doses d’ipécacuanha ou de rhubarbe; on combat la constipation à l’aide du tartrate de potasse antimonié en lavage, et les hémorrhagies par l’acide sulfurique alcoolisé ou étendu d’eau.

Traitement des complications. SVoW y àsius ses Constitutions épidémiques , donne l’exemple d’une complication de la fièvre putride avec des symptômes inflammatoires qui se refusoit a l’usage des médicamens stimulans , vomitifs, et purgatifs, et contre laquelle les rafraîchissans étoient seuls efficaces. L’utilité des vomitifs et des purgatifs est au contraire reconnue dans la fièvre bilioso-putride. La complication de la fièvi'e muqueuse avec la fièvre adynanfique

demande l’association des vomitifs végétaux avec les aromatiques et le camphre.

Traitement curatif des Fièvres adjnamiques ré’mittentes et intermittentes. On emploie les mêmes moyens que dans la fièvre continue ; mais comme ces fièvres sont plus longues que cette dernière , il convient d’insister davantage sur une nourriture facile à digérer. L'expérience n’a pas encore démontré jusqu’à quel point le quinquina est utile dans ces deux maladies, et surtout dans celle qui est intermittente; mais ce remède ne peut pas toujours, même à grande dose, en prévenir la terminaison funeste , ainsi que i’a observé M. Bayle.

FIÈVRES MuiLJGRES OU ATAXIQ^UBS,

Synonymie. Tjphus , Sauvages, Cullen, eîc.; Fièvre maligne des Auteurs ; Febris atacta , Selle ; Febris nervosa, Frank; Fièvre ataxique, Pinel.

Une espèce de désordre des fonctions nerveuses, une atteinte profonde dirigée sur l’origine des nerfs, caractérisent cet Ordre de fièvres, dont tous les symptômes ont été bien signalés par Hippocrate dans les Prénotions de Gos.

Prédisp, et causes occas. Croissance trop rapide, séjour dans des lieux étroits dont l’air non renouvelé est vicié par les émanations de matières organiques en putréfaction , ou par la réunion de beaucoup d’individus , surtout lorsqu’ils sont affectés de fièvres adynamiques ou ataxiques , du scorbut , de la gan-

a/f FIÈVRES

grène, etc.; exposition aux miasmes marécageux,' surtout pendant le sommeil; défaut de propreté, abus des liqueurs alcooliques et des plaisirs vénériens , veilles opiniâtres^ fatigues du corps et de l’esprit portées à l’extrême , affections morales tristes.

Ces fièvres peuvent être sporadiques, épidémiques , endémiques et contagieuses.

Invasion. Elle est souvent brusque, et quelquefois précédée de lassitudes spontanées, de céphalalgie, de pressentimens sinistres , etc.

Sjmptômes. Irrégularité dans la plupart des actions organiques, et notamment dans l’état du pouls, de la chaleur, des sens, de l’entendement, delà locomotion et’ de la voix; pouls, par exemple, variable dans chaque région, et souvent alternativement dans la même artère , grand et petit , fort et foible , fréquent et lent , régulier et irrégulier ou intermittent ; chaleur inégalement répartie et alternativement augmentée et diminuée ; lipothymies et syncopes; état obtus ou sensibilité excessive des organes des sens; vue égarée, insomnie ou somnolence, vertiges, coma, délire ou intégrité de l’entendement ; réponses brusques et dures, bégaiement ou aphonie, agitation, carphologie, prostration des forces sans évacuations abondantes*, soubresauts des tendons, convulsions, symptômes du tétanos, ou paralysie locale ou générale, etc.

Type. Continu , rémittent ou intermittent ; paroxysmes et accès très-irréguliers.

Durée et pronostic. Variables suivant les types.

GENRE Fièvre ataxique ( malign,e ) continue.

Continuité de la fièvre avec des paroxysmes irréguliers. Elle prend quelquefois le caractère contagieux. Sa durée est de deux à quatre septénaires et plus.

Le pronostic est très-défavorable ; ces maladies résistent souvent aux moyens de l’art : lorsque leur tèt’minaison est heureuse , elles se terminent plus souvent par des métastases aux articulations ^ aux glandes et aux nerfs , que par des évacuations critiques. Elles sont toujours funestes lorsqu’elles s’accompagnent d’une congestion vers le cerveau, lorsqu’il survient une diarrhée violente, des déjections involontaires, le météorisme , des hémorrhagies difficiles à arrêter, un hoquet opiniâtre , etc.

Espèce simple. Variété. Fièvre lente nerveuse* Les symptômes sont les mêmes que ceux du genre, mais fugaces, et par conséquent moins intenses; les symptômes cérébraux surtout sont peu prononcés ; sa durée est de trois à quatre septénaires, et même au-delà.

2^ Variété. Fièvre cérébrale.

Elle a beaucoup d’analogie avec l’apoplexie des vieillards qu’elle attaque spécialement. M. Pinel en donne plusieurs exemples dans sa Médecine clinique. Phénomènes gastriques dès le début, puis céphalalgie vive, confusion des idées, surdité, aphonie, stupeur, état comateux , rougeur de la face, etc.

Cette fièvre devient funeste par un épanchement gradué d’un liquide séreux ou séroso-sanguin qui a lieu , soit dans les ventricules latéraux, soit dans une partie quelconque de l’organe cérébral.

FIEVRES

Especes compliquées. Elles consistent dans la réunion des symptômes de la fièvre ataxique continue avec ceux de Tun ou de plusieurs des Ordres prècèdens.

Fièvre ataxique inflammatoire continue»

Fièvre ataxique bilieuse continue.

^ Fièvre ataxique muqueuse continue.

Fièvre ataxique adjnamique continue.

Fièvre ataxique gastro-adjnamique continue..

GENRE IL Fièvre ataxique ( pernicieuse J

rémittente.

Continuité de la fièvre avec des retours réguliers ou irréguliers d’accès , sous les types quotidien , doubletierce, tierce, quarte , marqués par des symptômes anomaux , comme coma, cardialgie , cboléra-morbus , syncopes , froid glacial , aphonie , etc. Ces fièvres sont moins dangereuses que les fièvres ataxiques continues; elles cèdent au quinquina administré d’une manière convenable ; quelquefois elles passent à Fétat de fièvres ataxiques continues.

Espèces siimples. Aussi multipliées qu’il y a de lésions différentes.

Espèces compliquées. Peu connues.

GENRE ni. Fièvre ataxique (pernicieuse J

intermittente.

Cette fièvre est principalement occasionnée par les émanations qui se dégagent des eaux stagnantes, et surtout des matières organiques en putréfaction que ces eaux laissent lorsqu’elles s’évaporent par la clialeur de l’atmosphère. Accès de fièvre sous les types

quotidien , double-tierce ^ tierce ou quarte ^ exaspère par quelque symptôme dominant , violent et dangereux , comme un cholèra-morbus , un flux dysentérique^ une cardialgie violente , des sueurs colliquatives, le délire, des douleurs néphréliques , une attaque d’épilepsie, des convulsions, etc. Intermission complète entre les accès. Cette aflection peut passer à l’état de fièvre intermittente ordinaire, et cède, comme les rémittentes, au quinquina bien administré.

Espèces simples. Aussi multipliées que les troubles qui prédominent.

Espèces compliquées. Peu connues.

GENRE IV. Fièvre d'hôpital ou de prison; tjphiis

contagieux.

Inaction du froid ou de l’humidité, les marches forcées , la malpropreté, l’accumulation de beaucoup d’individus épuisés de fatigue et de besoin , dans un petit espace ; les alimens de mauvaise qualité , les émanations de substances animales en putréfaction, telles sont les circonstances les plus favorables au développement de cette maladie, qui se propage ensuite par contagion. Les miasmes contagieux peuvent se transmettre non-seulement par le contact immédiat des malades , ou des objets qui ont servi à leur usage , mais encore en respirant Falr infecté par des exha« laisons des corps atteints ou morts de la maladie.

Son début est souvent brusque ; quelquefois elle ' est précédée, comme les autres fièvres aiguës, d’un sentiment de malaise et de lassitude générale, d’une diminution progressive de l’appétit et du sommeil ^ d’une apathie et d^une tristesse très-prononcées*

FIEVRES

Première période. Frisson continuel et suivi de chaleur , avec ce caractère plirticulier y que toutes les régions du corps qui se' trouvent découvertes font •éprouver du froid , et que celles qu’on recouvre soigneusement font éprouver de l’anxiété et une chaleur pénible ; céphalalgie frontale, ordinairement intense, souvent accompagnée d’un sentiment de serrement des deux tempes ; visage animé, douleur sourde des paupières, rougeur de la conjonctive, larmoiement des yeux ; souvent état catarrhal des muqueuses nasale, gutturale et pulmonaire, avec toux fréquente, peu d’expectoration et légère oppression de poitrine (i) ; anorexie, langue blanche et humide, nausées; soif, désir des boissons froides et acides ; souvent vomissemens ; diarrhée ou constipation ; hy-

(ï ) L’affection catarrhale pnînionaire est regardée par quelques praticiens comme inséparable du typhus contagieux , sans doute parce qu’elle s’est rencontrée dans les épidémies qu’ils ont observées. C’est ainsi qu’elle accompagnoit le typhus qui a régné en Fiance en iHrq ; ^nais je suis disposé à la regarder comme * dépendante de la constitution froide et humide de l’atmosphère. En effet, elle n’avoit pas lieu constamment dans deux autres épidémies de tjphus que j’ai eu l’occasion d’observer : l’une régna en i8oq, dans un grand nombre de départcmens méridionaux, où je fus envoyé par le Gouvernement et par la Faculté avec mon collègue M. Geoffroy ; l’autre s’étoit successiv^ement développée en 1812 dans les départemens de l’Yoniie et de la Côte-d’Or, et fut l’objet d’une autre mission dont j’ai été chargé avec mes collègues MM. Guersent et vSavary. Mais il est certain que toujours on observe des phénomènes inflammatoires qui ont particulièrement leur siège à la tête, et ont fait donner avec raison le nom de période d'irritation à la ‘première période de la maladie.

ATAXIQUES. :2g

pocliondres^ surtout le droite tendus et douloureux; douleurs dans les régions dorsale et lombaire, et dans les membres, particulièrement aux mollets; impossibilité d’exécuter le moindre mouvement et de se tenir debout ; parole pénible , grande disposition au silence, insomnie; sens externes peu troublés; urine rouge et rare, chaleur halitueuse à la peau ; pouls fréquent , plus souvent mou et foible que dur et fort. Vers le quatrième jour, il survient fré-^ quemment une hémorrhagie nasale peu abondante, toujours accompagnée d’un soulagement momentané de la céphalalgie. Dans le même temps, ilparoît un exanthème très-variable dans sa forme : tantôt ce sont de simples plaques rouges , tantôt de vraies pétéchies analogues à des morsures de puces , ou beaucoup plus larges , et d’un rouge violet; tantôt ce sont de petites pustules rouges , ou une espèce d’éruption miliaire. Cet exanthème est un phénomène constant : lorsqu’on ne le voit pas , c’est qu’il échappe a l’observation. Des parotides symptomatiques se développent quelquefois en même temps que l’exanthème.

Seconde période^ Vers la fin du septième jour, les symptômes inflammatoires se dissipent ; l’exanthème disparoit , excepté les pétéchies , qui , lorsqu’il s’en est développé, suivent le cours de la maladie; la peau et la langue deviennent sèches ; la déglutition est difficile ; le pouls augmente de foiblesse ; la chaleur est ardente , l’urine pâle; les selles sont le plus souvent fréquentes , liquides et fétides; il existe des douleurs d’entrailles avec dispo*sition â la dysenterie ; le ventre se météorise ; il y a des exacerbations régulières pendant la nuit, et irrégulières pendant le jour®

On observe des lésions de la sensibilité et de la con-* traetilité musculaire ; tremblemens, soubresauts des tendons, mouvemens convulsifs, etc.Deux phénomènes importans de cette période, et qui caractérisent surtout le typhus, sont : i^,la stupeur : sens émoussés, surtout celui de l’ouïe; indifférence à tous les objets extérieurs ; ni désir , ni volonté ; état qui ressemble à l’ivresse, dans lequel les facultés de l’entendement sont suspendues; indolence parfaite ; attitude nonchalante et immobile. délire particulier dans

lequel on rêve sans dormir, et qui a été exprimé par le mot tjphomanie* Ce délire est ordinairement tranquille , quelquefois il est furieux. Les malades sont souvent tourmentés par une idée dominante ; hors cette idée’, ils ne se rappellent que très-rarement , après leur guérison , ce qui s’est passé chez eux pendant la maladie. Celle-ci se juge souvent le quatorzième jour par des sueurs , quelquefois par des selles ou par des urines qui déposent abondamment. La crise est annoncée le treizième jour par une exacerbation plus marquée.

Les symptômes nerveux se manifestent quelquefois dans la première période ; la marche de la maladie peut dans ce cas être assez rapide pour faire périr le malade dans les convulsions a la fin du premier ou au commencement du second septénaire.’

Troisième période. Lorsque la maladie se prolonge au-delà du quatorzième jour , l’état adyuamique se joint aux phénomènes nerveux. La débilité va jusqu’à la prostration la plus grande*; le malade reste couché en supination; sa face est pâle, plombée f l’œil devient terne et fixe , la langue fuligineuse et

ATAXIQUES. Si

ti’emblante *, le malade oublie de la rentrer dans la bouche après l’avoir montrée : les liquides tombent dans l’estomac comme parleur propre poids; il y a des selles involontaires , altération des traits de la face; il peut survenir des gangrènes locales. Le pouls devient insensible, l’affaissement est au dernier degré; le malade périt; ou, lorsque les symptômes sont moins fâcheux, il entre, vers le vingt et unième jour, en convalescence. Celle-ci est en général longue et difficile.

Le pronostic du typhus contagieux varie suivant diverses circonstances. En général, les premières personnes qui le contractent, soit du foyer où il s’est développé spontanément, soit d’un des premiers malades, en sont les victimes, et chez elles la maladie suit en général une marche très-rapide. Le principe contagieux devient ensuite moins pernicieux à mesure qu’il se propage , et la maladie devient par cela même moins aiguë. Ainsi le typhus contagieux est en général d’autant plus dangereux que sa marche est plus rapide et que ses symptômes sont plus intenses. Les parotides, un délire furieux, les convulsions, les affections gangreneuses , les selles séreuses, abondantes , involontaires dès le commencement de la maladie ; la langue sèche, tremblante, que le malade ne rentre pas dans sa bouche lorsqu’il l’en a tirée, la chute des boissons dans l’estomac par leur propre poids , annoncent en général un grand danger. Les complications du typhus contagieux avec la pleurésie, la péripneumonie, la dysenterie, etc., sont plus graves que le typhus simple.

GENRE V. Fièvre jaune d’Amérique, Mal de Siam ; Typhus icteroïdes^ de Sauvages ; Typhus graine ^ Typhus tropicus de quelques autres auteurs ; Vomito prieto des Espagnols.

Celte fièvre ne peut se développer qu’à une température très-élevée de l’atmosphère. Elle règne constamment entre les tropiques ^ où elle n’épargne que les naturels du pays et ceux des étrangers qui s’y sont acclimatés ou quelle a déjà frappés. Elle ne règne jamais dans les climats tempérés qu’à la suite d’une chaleur et d’une sécheresse prolongée. A cette cause générale il faut joindre des émanations locales dont la nature est inconnue. C’est toujours sous ces conditions qu’elle s’est développée à New-Yorck , à Philadelphie et dans le midi de l’Espagne ; toujours , dans les pays tempérés , elle a été circonscrite à l’enceinte des villes ; elle ne s’est jamais propagée dans les villages ; toujours elle a cessé aux premières gelées : son importation n’a jamais été prouvée.

période. Invasion tantôt par un frisson avec tremblement , tantôt par un simple refroidissement , tantôt par l’augmentation de la chaleur , sans froid préalable. Céphalalgie violente et générale ; une sorte d’étonnement et de terreur se remarque dans la physionomie du malade. La face est animée , les yeux sont rouges , fixes ,'larmoyans , étincelans, et très-sensibles à l’impression de la lumière. La langue est ^ dans son milieu, sèche et chargée de mucosités tenaces ; elle est rouge et humide sur ses bords et au sommet : la lèvre inférieure est tremblante ; la soif est modérée ou très-vive ; la déglutition

difficile , Tappétit nul : il y a des éructations frequentes , des nausées , des vomissemens de matières glaireuses et jaunâtres , avec anxiété et cardialgie ; Tépigastre et les hypochondres sont tendus et douloureux ; les déjections alvines sont suspendues ou très-abondantes ; rurine est rouge et rare. Des douleurs sourdes, et poignantes par intervalles, 6e font sentir au dos, aux lombes et aux membres abdominaux. La respiration est le plus souvent libre , quelquefois pénible. La peau est tantôt humide , tantôt sèche et d’une chaleur mordicante ; le pouls est fréquent et dur ou très-déprimé. Les forces se conservent chez les uns, et sont comme anéanties chez les autres. Cette période dure ordinairement d’un à trois jours.

2® période, La céphalalgie , la rougeur de la face et des yeux , les douleurs de l’épigastre et des autres parties qui en étoient le siège diminuent ou se dissipent ; le pouls est très-foible , et quelquefois plus lent que dans l’état naturel. Le malade est affaissé et souvent dans l’état comateux; il répond difficilement aux questions qu’on lui fait ; il ne se plaint nullement ; les vomissemens sont plusfréquens. Dans cette période, qui présente la même durée que la première,»^ si la maladie doit devenir promptement funeste , une teinte jaune se remarque d’abord sur la cornée opaque , énsuite sur les diverses parties de la face, et se propage au cou , au tronc et aux membres.

5® période. La prostration des forces est extrême ; le malade est couché en supination ; la face présente un aspect cadavéreux ; la langue est noire; le hoquet, le délire, des lipothymies , dei

niouvemens convulsifs surviennent. On observe des vomissemens d^une matière noire , épaisse , assez semblable à du marc de café ou à de la lie de vin rouge , et qui n^est autre chose que du sang altéré provenant , suivant l’observation de M. Valentin , des vaisseaux gastro-épiploïques , gastrohépatiques et gastro-spléniques. Les déjections alvines contiennent souvent des matières analogues ÿ elles sont involontaires et d’une fétidité insupportable. La jaunisse s’étend. On remarque souvent des lâches noirâtres, évidemment gangréneuses sur diverses parties de la surface du corps. A ces symptômes se joignent quelquefois des hémorrhagies passives par les narines, les gencives, la langue , les lèvres, etc. Enfin les membres se refroidissent, les urines se suppriment, le pouls devient insensible; une odeur infecte s’exhale du corps du malade , quî succombe presque toujours avant la fo du y® jour,, quelquefois même dès le 5® ou le 5 « jour» Lorsque la maladie parvient au-delà du y® jour,, elle donne des espérances.

Cette fièvre présente quelquefois le^ype rémittent ou intermittent ; mais le plus souvent elle est continue.

Traitement des Fièvres ataxiques.

1°. Traitement des fièvres ataxiques continues. On traite ces fièvres à-peu-près comme les fièvres adynamiques continues; seulement on insiste davantage sur les moyens révulsifs externes.^ Ainsi on provoque d’abord le vomissement lorsque l’état des premières voies l’exige; on a ensuite recours aux excitans etaux

toniques; on emploief^le vin, Falcool, le camphre Fëther, les huiles volatiles , Fammoniaque , Facëtate d’ammoniaque , le punch; les vëgëtaux aromatiques, tels que la serpentaire de Virginie, la valëriane , la camomille , le quinquina en décoction ; et on donne pour boisson ordinaire la limonade ou une eau vineuse. Dans la seconde période , on fait usage des sinapismes et des vésicatoires ambulans. On peut , à l’exemple des médecins anglais, essayer les lotions d’eau froide. On renouvelle et on purifie Fair, et oa

entretient la plus grande propreté ; mais les moyens de Fart , quels qu’ils soient, sont très-souvent infructueux.

On ne doit pas s’en laisser imposer par les apparences d’un caractère inflammatoire que prend quelquefois, au début, la fièvre lente nerveuse. Cette fièvre, étant toujours d’une longue durée, exige qu’on associe au traitement un peu de nourriture. On doit relever le courage abattu du malade , et modifier les moyens curatifs d’après les complications.

2®. Traitement desFie\>res ataxiques rémittentes et intermittentes. L’expérience a consacré l’efficacité du quinquina dans ces maladies, dont il constitue exclusivement le traitement; il doit être préféré en substance aux autres préparations; on l’administre dans le temps de la rémission ou de l’intermission. Si la fièvre est subintrante , on saisit le moment de la déclinaison de l’accès. En général , la quantité de six à huit gros de quinquina en poudre su Ifit pour arrêter les accès d’une fièvre ataxique intermittente : on partage cette quantité entre trois ou quatre doses , dont

36 fïèvKes ataxiques.

la première , qu on donne dans le temps le pins éîOH gnè de l’accès , doit être de trois à quatre gros. Pendant Faccès, on ne peut que modérer l’intensité des symptômes , et tâcher de prévenir ou d’arrêter les congestions par les révulsifs. Après la cessation delà fièvre, on continue pendant quelques jours l’usage du quinquina, a petites doses, pour prévenir les rechutes. La fièvre ataxique rémittente tierce se guérit plus facilement que la quarte : celle-ci fait quelquefois échouer le fébrifuge.

5®. Traitement du Typhus contagieux. Un vomitif administré au début peut porter au dehors le principe de la maladie. Il convient ensuite d’appliquer des sangsues aux tempes , et de prescrire des pédiluves excitans pour débarrasser la tête où se portent les phénomènes inflammatoires qui caractérisent la première période. On donne les mêmes boissons que dans les fièvres ataxiques continues, et on combat les phénomènes nerveux de la seconde période par les mêmes moyens, c’est-à-dire par les vésicatoires, les sinapismes et l’administration des stiniulans diffusibles, et surtout du camphre à l’intérieur. La décoction de quinquina n’a pas présenté les avantages qu’on croit lui avoir reconnus dans les fièvresadynamiques. Les boissons acidulées , les infusions aromatiques, celle d’arnica montanasoxA préférables. J’ai souvent employé , à l’exemple de M. le professeur .Masuyer, l’acétate d’ammoniaque liquide (esprit de Mindérérus) à fortes doses; mais les succès obtenus à l’aide de ce pioyen ne m’ont pas paru assez nombreux pour lui attribuer une efficacité spéciale.

4°. Traitement de la fièvre jaune. Dans la première

période, qui présente4es caractères d’une grande irritation dans les organes digestifs , on se borne aux moyens propres à la calmer : tels sont les boissons adoucissantes , les acidulés , les bains tièdes , les lave^ mens émolliens , les fomentations tièdes sur le basventre. Les vomitifs ont, en générai, paru nuisibles. Dans les seconde et troisième périodes, on combat les accidens par les moyens qu’on emploie dans les fièvres ataxiques ordinaires. Les succès attribués par quelques auteurs au quinquina à fortes doses , administré dès le début de la maladie , ont-ils été dus au type rémittent ou intermittent que devoit affecter la maladie ?

ORDRE VI

Synonymie. Fièvre pestilentielle de beaucoup d’AuTEURS ^ Fièvre adèno-nerveuse, Pînel.

Cet Ordre de fièvres présente un état ataxique avec affection simultanée des glandes. La peste est endémique dans diverses parties de l’Asie et de l’Afrique, et s’est introduite plusieurs fois en Europe parla voie du commerce. Elle est souvent épidémique, et est éminemment contagieuse. On peut citer, parmi les épidémies les plus remarquables, la peste qui a été observée à Nimègue, en i656 et 1657, par Diemerbroèk ( Tractatus copiosissimus de peste ) ; celle qui régna à Marseille en 1720 (^Relation historique de la peste de Marseille^ par Bertrand); enfin celle de Moscou, en 1771, décrite par Mertens. M. îeprofes-^ ’ seur Desgenettes a donné une description très-exacit

de celle qui ravagea, en Tan 7, les troupes françaises en Egypte f Histoire médicale de V armée d^O^ rient J.

- Causes occas» Emanations subtiles qui se dégagent du corps des pestiférés , ne s’étendent qu’a une petite .distance dans l'atmosphère , et peuvent se propager dans certaines directions par le vent et la fumée; ces émanations s’attachent aux poils , aux plumes, au lin , au chanvre, à la laine, au coton, à la soie, aux peaux, etc., mais n’ont aucune attraction pour les corps lisses, tels que les métaux; elles peuvent se conserver pendant très-long-temps , lorsque les objets qui en sont imprégnés sont enfermés ou enfouis, à l’abri du contact de l’air et de l’humidité ; mais elles se détruisent par un froid intense , par la combustion, par l’action prolongée de l’air libre, et par les acides.

Symptômes* — Premier degré. Fièvre légère , sans délire , bubons. Presque tous les malades guérissent promptement et facilement.

Second degré* Fièvre, délire et bubons. Ceux-ci se manifestent aux aînés, aux aisselles, et plus rarement a l’angle des mâchoires. Le délire s’apaise vers le cinquième jour, et se termine, ainsi que la fièvre, vers le septième. Plusieurs malades guérissent.

Tî'oisième degré. Fièvre et délire considérables , bubons, charbon ou pétéchies , soit simultanément, soit isolément. Les anthrax ont leur siège dans les parties charnues non recouvertes de poils, telles que les joues , le cou, la poitrine, le dos et les membres; ^ ils sont plus ou moins multipliés. Les symptômes fébriles sont ceux des Gèvres ataxiques, mais plus ir\-

tenses. Rémission ou mort du troisième au sixième jour. Très-peu de guérisons.

Les bubons passent ordinairement a la suppuration ou à la gangrène ; quelquefois ils se terminent par délitescence et par métastase.

GENRE Peste continue.

Les symptômes qu’on vient de décrire , et le typé continu.

Espece simple.

Espèces compliquées. Peste avec embarras gas-trique.

Peste avec fièvre gastrique.

Peste avec fièvre adjnamique.

Peste avec fèvre ataxique.

GENRES II et III. Pestes rémittente et intermittente.

Point ou peu connues.

Traitement de la Peste.

Traitement préservatif Eviter les émotions de Famé ; usage modéré d’une nourriture succulente et facile à digérer , et de quelques toniques; faire journellement des frictions huileuses sur tout le corps, jusqu’à ce qu’il se manifeste une sueur considérable ; s’interdire toute communication avec les objets et les personnes infectés; désinfecter les objets en les plongeant dans le vinaigre , ou en les exposant aux va~ peurs d’açide sulfureux volatil , d’acide nitrique , ou d’acide muriatique oxygéné.

Traitement curatif Les frictions huileuses , qui

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sont avantageuses comme prophylactiques , ont quelquefois , dès le début, arreté les progrès de la maladie 5 en provoquant une sueur abondante. Les frictions glaciales recommandées par Samoïlowîtz , ont produit le même effet et le même résultat , qui ont aussi été obtenus par les émétiques. Lorsque la maladie parcourt ses périodes , on favorise la suppuration des bubons, on traite localement les anthrax comme la pustule maligne, et on a recours aux di-* vers moyens indiqués contre les fièvres ataxiques.

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