Manuel operatoire des resections
Les résections devenues des opérations usuelles, constituent une des conquêtes de la chirurgie moderne.
Comme ouvrage d'ensemble sur ce sujet, nous ne possédons cependant encore en France que la traduction du Traité des résections d'Heyfelder.
J'ai donc pensé qu'il y aurait un certain intérêt à réunir les préceptes tracés dans les monographies qui traitent de telle ou telle résection en particulier, de façon à ce que le lecteur puisse trouver réunies les règles relatives à chaque résection.
MANUEL OPÉRATOK
DES RÉSECTIONS
Par résection, on entend l'ablation d'une partie du système osseux pratiquée sans enlever les parties molles ambiantes, et surtout sans léser les vaisseaux et les nerfs importants. On peut réséquer un os en totalité, une portion d'os, épipbyse ou diapbyse, et enfin les parties contiguës de deux ou plusieurs os voisins ou, en d'autres termes, une articulation. Nous distinguerons donc des résections totales, des résections partielles et des résections articulaires.
Une question importante, quand on aborde l'histoire des résections, est celle du périoste. Il laut, sans contredit, le conserver autant que possible; en agissant ainsi, on évite de s'éloigner de l'os et de léser les organes ambiants, et l'on obtient peut-être aussi une reproduction plus prompte et plus régulière, mais on ne doit pas non plus s'en préoccuper
4 MANUEL OI'ÉHATOIKE DES RESECTIONS.
outre mesure. Je reproduis ici, quoique n'y attachant pas une grande importance, les règles opératoires formulées par Ollier, pour ce qu'il appelle les résections articulaires souspériostêes ou sous-capsulo-périostées.
1° Incision hmgitudinale droite ou sinueuse dans la direction de l'axe du membre.
2° Ouvrir dans toute sa longueur, et le plus tôt possible, la capsule, pour explorer les surfaces articulaires et apprécier la profondeur de l'altération osseuse. L'incision de la gaine périostéo-capsu lai re doit être unique comme l'incision cutanée.
5" Luxer les os avant de les scier. Cette règle ne s'applique pas aux résections des extrémités inférieures du radius et du cubitus, du tibia et du péroné, qu'il est préférable de scier sur place, surtout quand on ne résèque qu'un des deux os du membre.
4° Si l'altération osseuse remonte dans le canal médullaire plus haut que le trait de scie, il faut creuser avec la gouge les parties altérées ; on doit rejeter 1 evidement direct des grandes articulations.
Les instruments usités dans la pratique des résections comprennent, outre ceux que l'on emploie pour les amputations, une série d'instruments destinés, les uns à protéger les parties molles, les autres à dénuder les os, d'autres à les diviser. Certains en lin servent à les extraire.
Pour protéger les parties molles contre l'action de la scie, on emploie des plaques de bois, de carton, etc., des écarteurs, la spatule, la sonde cannelée et mieux encore la sonde à résection de Blandin.
On se sert de cette dernière dans les résections des os longs des membres, et on l'engage entre l'os et les parties molles, de façon (pie Tos soit embrassé dans la concavité de la courbure qui la termine. Lorsqu'elle est ressortie du côté opposé,
ou la retourne sur son axe, et le côté concave, celui sur lequel se trouve creusée la gouttière, est ainsi dirigé vers l'os. Cette gouttière est destinée à arrêter la scie, lorsque la section est
Fip. I. — SHo ;'i civIp flV coq. — Écarlrnr.
opérée et a l'empêcher de léser les parties molles sous-jacentes.
M. le docteur Nicaise a modifié avantageusement la sonde de Blandin en la rendant flexible.
Fig. i. — >cie ?» m" le de coq. — l'ince-riigine-gotiiiP do Nélaton.
Les instruments employés pour isoler les os sont, en dehors des bistouris et des ciseaux, des spatules et des rugines.
Pour sectionner les os, on emploie les scies ordinaires, les scies en crête de coq, celles de Larrey, de Langenbeck, de
tt MANUEL OPÉRATOIRE DES RÉSECTIONS.
Martin, de Stromeyer, de Butcher, de Charrière, de Bonnet, de Dupré, l'ostéotome de Heine, et enfin la soie à chaîne de Aitken, d'un usage bien plus fréquent.
FiR. 5. — Scie à champignon de Martin.
La scie à chaîne est munie à chaque extrémité d'une petite poignée se fixant au moyen d'un crochet. On en détache un,
lorsqu'on veut introduire la chaîne sous l'os ; pour glisser
Fig. à. - Soi* de Charrièn».
cette dernière, on se sert, soit d'une grande aiguille courbe
Fig. 5. - Scie de Bonnet, de Lyon.
en argent, soit d'un stylet aiguillé flexible, réunis à l'extré-
mité de la chaîne par un fil résistant. Dans certains cas, par exemple, quand on veut scier la voûte palatine avec la scie à chaîne, on se sert pour l'introduire de la sonde de Bel Inc.
Fip. 6. — Scie de Heine.
La scie mise en position, on détache le fil et on replace la poignée. Quand on la met en mouvement, il faut, autant que
Fig. 7. — Scie à chaîne.
possible, ne pas rapprocher les deux poignées ; elle marche ainsi plus facilement elW moins exposée à s'arrêter. Si elle
est arrêtée, il faut la dégager en la repoussant et non pas s'obstiner à tirer, ce qui peut en entraîner la rupture.
M. Matthieu a eu l'idée de monter la scie à chaîne sur un arbre courbe, ce qui permet de la manier d'une seule main.
Fip. 8. — Scie :'i chaîne montée sur un arhre.
Je n'ai pas besoin de dire que la scie se sépare de l'arbre, et coupe sur le côté qui regarde ce dernier.
Je ne décris pas ces différents instruments ; à ces descriptions toujours ennuyeuses on doit, je crois, préférer des dessins explicatifs.
Le cisailles de Liston, les pinces coupantes, le ciseau, la
P.ÛBERT ETCOUUN
Fig. 9. — GoiiRe et burin de Lepouest.
gouge et le maillet sont aussi employés pour les résections. Les différentes espèces de trépan, les tréphines sont mises en usage dans certaines circonstances.
Il est assez difficile d'établir des règles précises relative-
ment à la longueur des portions d os qu'il est permis d'exciser.
D'une façon générale, on est autorisé à dire que les résections peuvent être plus étendues au membre supérieur qu'à l'inférieur, en raison de leurs rôles différents.
Il est bon de rappeler ici que chaque fois que l'excision dépasse les limites du cartilage épiphysaire, l'accroissement de l'os est arrêté de ce côté.
Je dirai une fois pour toutes que, dans les résections, le chirurgien peut modifier les incisions classiques, d'après certaines indications spéciales fournies par les solutions de continuité déjà existantes des téguments, et, autant que possible, comprendre dans l'incision les clapiers, les décollements, les fistules à orifice externe.
Quant au pansement, il varie suivant les cas. Lorsqu'on veut obtenir de la mobilité, on maintient écartées les surfaces de section et, au bout de quelque temps, on imprime des mouvements à la partie. Si l'on recherche l'ankylose, on rapproche les surfaces et on immobilise le membre.
DES ARTÏCI ÏATIONS DU MEMBRE SUPÉRIEUR