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sOCIETE DE TEMPERANCE. 125
D’après les meilleurs renseignemeits que, nous avons pu nous procurer, il y a aujour-| d’hui 75,000 membres de la Société de f'em- | pérance en Canada: Et bien que chacun d'eux gagne, seulement dans le cours de cette année, deux de leurs parents et de leurs amis ; et dans un an, la Société de Tempérance comptera trois cent mille membres en ce pays ; et siceux-ci animés du même zèle que les premiers, gagnent en un an, deux de leurs amis ; avant deux ans il ne se dépensera pas une seule goutte de boissons fortes parmi nous, excepté dans les cas rares où elles peuvent être utiles, et où des personnes sages et prudentes en conseilleraient l’usage. Que de péchés alors seront arrêtés ; que de batailles, de jurements, de paroles libres, de désirs et d’actions criminelles que la boisson enfante tous les jours cesseron. : que de larmes seront séchées. ; que de familles sur le penchant de leur ruine, ou déjà ruinées, se relèveront ; que de pauvres mères, qui n’ont jamais su ce que c'était que la paix et le bonheur domestiques, béniront Dieu du changement opéré dans leur maison ; que d’enfants destinés à devenir l’approbre de la Société, le fléau de leurs familles, la désolation de la religion. var la mauvaise éducation qu’ils reçoivent de parents adonnés à la boisson, deviendront de bons citoyens, de bons chrétiens,
Animé par la vue du bien qui doit en résulter, que chaque membre de la Société de T'empérance profite donc de toutes les circonstances qui se présenteront pour faire cesser la trop bonne opinion qu’on a entretenue jusqu’à ce jour, des boissons en usage parmi nous ; et qu'il ne laisse jamuis perdre l'occasion d’augmenter le nombre des soldats généreux qui s’engagent à combattre toute leur vie le démon de l’ivrognerie. Mais pour réussir, il faut que les membres de la Société de Tempérance s’efforcent de rendre cette société respectable ; et pour cela, il ne faut pas qu’il se bornent à donner l’exemple de la tempérance dans le boire et le manger.
Ce serait certainnement manquer leur but et attirer sur eux et sur la société, le ridicule, et en éloisner les honnêtes gens, que de prêcher la tempéranee, et d’oublier les autres devoirs que la religion nous impose. Ce fut le malheur des Pharisiens : ils affichaient une extrême régularité dans la pratique de certaines vertus apparentes, et négligeaient les commandements les plus absolus de Dieu ; Aussi J. C. les traite-t-il d’hypocri'e . .….. Les membres de la Société de ‘lempérance
mnese feront donc pas seulement remarquer par cette vertu si belle ; mais ils seront de plus modestes dans leurs paroles, simples dans leurs habits, charitables envers leurs frères, fervents à l’église, zèlés pour l’œuvre admirable de la propagation de la foi, exacts
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à approcher des sacrements, prompts à faire taire les médisants et les jureurs : et cela, non pas par ostentation, mais pour leur propre salut et pour la plus grande gloire de Dieu ; n'ayant pas d’autres pensées que d'accomplir le conseil que notre Divin Souveur nous donne à tous, dans son saint évangile : “ Que votre lumière brille devant les ‘ hommes, afin qu'ils voient vos bonnes ‘“ œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui “ est dans le ciel” (Math. ch. 5, v. 15.)
La religion ne nous défend pas d’aimer notre patrie ; au contraire, elle consacre et bénit cet amour. Et si nous avons quelque chose de cet amour ce la patrie, ne devons nous pas être tout de feu et de zèle pour détruire ce qui la ruine, la désole et la deshonore ?
Depuis plusieurs années tous les fléaux tombent sur nous les uns après les autres.
La peste, la guerre civile, les gelées, les vers qui dévorent les moissons d’un bout à l’autre du Canada : partout la pauvreté, la misère, la gène dans le commerce. Au milieu de tout cela, ne serait-ce pas un crime impardonnable que nous aiouterions à nes autres iniquités, si nous continuions les folles dépenses que nous faisicns autre fois, et qui nous épuisaient même dans ses jours d’abondance ?
Jetons un moment les yeux sur le tableau que nous devons à la complaisance de Monsieur le Collecteur des Douanes de Québec, de ce qui s’est importé, distillé et consommé de boissons fortes en Canada dans le court espace de trois ans, et il n’en faudra pas plus pour nous ouvrir les yeux et nous remplir d'horreur à la vue de nos folies passées.
Era des boissons fortes importées à Montréal et à Québec, et ia quantité fabriquée en Canada dans les années 1839, 1840 et 1S41.
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Gallons, | Gallons. [Gallons. |‘ Gallons.
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Quebec, 21 October, 1841.
Signed, H. JESSOPP, Cah,
tableau Voilà deux millions quatre cent vingt-trois le Mon- mille six cent cinquante-six gallons de bois- Québec, sons en esprit dépensés en Canada dans le nsommé court espace de trois ans !
e court pas plus Chacun sera frappé de l’étonnante dimiremplir nution ce boisson qui se fait remarquer entre es. la première et la dernière de ces années, - que nous avons prises pour base de nos à Mon- calculs.
6 fabri- >s 1839, Nul doute que cela ne soit du à l’influence des Sociétés de Tempérance, qui se faisait déjà sentir en 1841. Si ce fait est de nature à nous réjouir, ét à nous encourager, par la vue d’un si prompt succès, à 'AL, redoubler d'efforts ;;aur faire diminuer d’année en année l’usage de ces dévorantes liqueurs, il n’est toujours pas capable de nous mie consoler des sommes énormes que nous ons: avons sacrifiées pour la boisson jusqu’à c jour. | ,104 En supposant que chaque gallon de ces ,368 boissons en esprit ne coûte qu’une piastre, — (etilest certain que la plus grande partie ,656 coûte plus) voilà deux millions quatre cent
vingt-trois mille six cent cinquante six piastres dépensées par les canadiens dans l’espace de trois ans pour cet unique objet.
Par conséquent depuis vingt ans, voilà plus de seixe millions de piastres dépensées en Cunada pour la boisson ! !!
Seize millions de piastres dépensées pour se procurer une chose qui n’a pas contribué au bonheur d’une seule famille, qui n’a pas inspiré à un seul individu, une pensée, une action honorable à son auteur, utile à la patrie, glorieuse à Dieu ! Seize millions de piastres inutilement dépersées dans le court espace de vingt ans par les Canadiens ; sans compter les blasphêmes, les discordes, les désordes de toute espèce, les vols, les meurtres, dont la boisson a été la source fé6conde parmi nous, depuis vingt ans ; lPépouvantable dépense qu’il a fallu faire, pour nous procurer les dangéreuses jouissances que les boissons donnent, n’est-elle pas. un crime affreux qui pèse sur notre malheureux pays ? S'il y a des crimes pour les nations coïnme pour les individus, assurément celui là en estun. Sion eut jeté cette somme à la mer, on aurait certainement commis un grand crime ; mais notre péché n’est-il pas mille fois moins pardonnable d’avoir employé une si prodigieuse quantité d’argent à se procurer une chose qui a fait commettre des millions de crimes, sans faire proüuire un seul acte de vertu ; qui a causé la perte éternelle d’une foule de malheureux, sans avoir jamais contribué au salut de personne ; qui a ruiné de fond en comble des milliers de familles, sans avoir jamais ajouté au bonheur d’aucune ; qui à abregé la vie à une foule innombrable de nos frères, sans avoir jamais ajouté un jour à l’existence de personne !
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Ne mériterait-il pas lexécration de Dieu et des hommes, le peuple dont tous les chefs de famille d’un commun accord arracheraient tous les vingt ans seize millions de piastres À leurs pauvres enfants, pour les jeter au fond de la mer? Une pareille action ne seraitelle pas aussi criminelle qu’insensée? Et sommes-nous moins coupables, moins insensés, nous qui depuis vingt ans, avons arraché des mains de nos enfants, de nos neveux, cette énorme somme, non pas pour la jeter à la mer, où elle n’aurait fait de mal à personne, mais pour en acheter un breuvage destructeur de tout ce qui est beau et bon dans l’homme ?
Quel bien n’aurait-on pas pu faire sion eut voulu utiliser une pareille somme ! Que de jeunes gens auraient pu être établis : que de forêts encore incultes et sauvages, auraient pu être converties depuis vingt-ans, en champs fertiles et couverts de moissons, avec seize millions de piastres! Que de terres où on ne voit encore aujourd’hui que des ours et des loups, se verraient couvertes de jeunes familles qui seraient aujourd’hui autour de mill: nouvelles églises, le soutien, ia force de la patrie, l’honneur et l'espoir de la religion, et que la patrie et la religion auraient également à bénir.
Voyez-vous ces terres immenses et ferti-
les, vers lesquelles se dirige tous les ans de toutes les parties de l’Angleterre, de l’Ecosse et de l’Irlande, une population frugale et laborieuse ? Pourquoi les Canadiens n’ont-ils pas été les premiers à acquérir ces térres, pour y établir leurs enfants : pourquoi se laissent-1l ainsi tous les jours cerner et déborder par une population étrangère qui finira tôt ou tard par tomber sur eux comme le vautour tombe sur sa faible proie? Ne croyez pas que ce soit le moyen, ni la force qui nous a manqué. Dieu nous a donné seize millions de piastres depuis vingt ans, c’était plus qu’il ne fallait pour acquérir et cultiver toutes ces terres ,... Mais nous avons trouvé un moyen plus doux de dépenser notre argent :
inons avons fêté, traité nos amis ; nous avons ‘fait des noces somptueuses, donné de grands ‘repas ; nous avons fait la fortune de plusieurs personnes, qui à leur entrée dans ce pays, n’avaient pour toute fortune que la men- -dicité, et qui roulent au jourd’hui carosse ; ces personnes ont eu la bonté de nous fournir des boissons de toute espèce, et par reconnaissance nous leur avons porté le prix de nos sueurs, et la plus riche portion des biens ‘que nous avions reçus de nos pères. Il est vrai qu'aujourd'hui nous n’avons pas le moyen d'établir nos enfants : ils ne peuvent rester toujours avec nous, et nos biens sont trop petits pour les partager plus qu’ils ne le ‘sont déjà. ... Que vont donc devenir ces
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milliers de jeunes gens, qui étaient l’espoir de la patrie et de la religion ? ce qu’ils vont devenir? Ah si vous en avez la force, re:
gardez les se séparer de leur famille par milliers tous les ans, pour aller se mettre en service; devenir valets d’écuries, aller en pêches dans le Golfe ; et s’y démoraliser ; ou, ce quiest encore pis, s’enfoncer dans les forêts du haut et du bas Cânada, à la suite de quelques spéculateurs de ‘’ antiers, pour en revenir les mains vides, le corps épuisé, mais surtout l’esprit et le cœur gâtés par tous les vices.
Si, au lieu de dépenser ces seize millions de piastres pour la boisson, on les eut consacrés à l’établissement de notre jeunesse, quels biens incalculables n’en seraient-ils pas résultés . ...
-L’éducation languit partout : nos institutions publiques ne s'élèvent que lentement, ne se soutiennent qu'avec peine. Quant on parle à notre peuple d’envoyer les enfants à l'école, on reçoit presque partout, pour toute réponse : Nous n’avons pas le moyen.” C’est bien vrai ; quand un pauvre peuple a dépensé seize millions de piastres pour payer les marchands de boissons, il ne peut pas lui rester grand chose pour ses écoles.
Mais un pareil état de chose peut-il subsister encore long-temps ? En honneur et en con- M
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science pouvons-nous ainsi prodiguer ‘ pour se procurer une chose presque toujours inutile, souvent nuisible, et toujours dangéreuse, les biens que Dieu nous donne dans sa bonté ?” Non, non, c’est impossible ; à moins de vouloir notre ruine, notre dégradation comme peuple et comme chrétien, il est temps de s’arrêter.
Ne sommes-nous pas comme l'enfant prodigue, qui après avoir follement dépensé les biens qu’il tenait du méilleur des Pères, se trouva bientôt réduit à la dernière misère, et finit par rechercher la nourriture des plus vils animaux. Le peunle Üanadien en est presque rendu là: après avoir fellement dépensé seize millions de piastres, le voilà réduit en mille endroits à une telle pauvreté, qu'il n’a plus pour se nourrir que lavoine qu’il ne donnait autrefois qu'à ses animaux, C’est un fait qu’on ne peut nier, et dans lequel il est impossible de ne pas voir le bras d'un Dieu aui nous punit. Mais il ne nous châtie que pour nous faire rentrer dans de meilleures voies ; et voilà pourquoi la disine providence nous oûre, dans la Mociété de Tempérance, un moyen prompt et infaillible de faire cesser les maux que la boisson a fait tomber sur nous.
Quelques calculs faciles nous aideront à comprendre ce que le pays a à gagrer, seu-
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6 pour lement sous le point de vue économique par jours in- l’étublissement de la Société de l'empédangé- rance. Supposons que les 75,000 membres ne ‘dans de cette société fussent dans l’usage de désible ; à penser tous es jours pour la valeur d’un sol légrada- de boisson, avant d’être de cette société rép, il est génératrice ; ils dépensaient donc tous les ans la somme de cents vingt-quatre mille cent vingt-cinq piastres qu’ils épargnent auant pro- jourd’hui! Quand on ne considércrait la Soensé les ciété de Tempérance que sous ce point de res, se vue d'économie, tout Canadien ami de son isère, et pays, ne devrait-il pas se faire un devoir et les plus un honneur d’en devenir un apôtre zélé. en est sent dé- On demande souvent, d’une manière phavoilà ré- risaïque, si c’est un grand péché que de auvreté, prendre un petit coup de temps en temps, l’avoine seul ou avec ses amis ? A cela nous réponiniMmaus, drons : Dans l’usage des boissons fortes, il lans le- y a deux péchés à craindre ; le premier, est le bras le péché de gourmandise, qui se trouve presne nous D que toujours ou du moins très souvent plus dans de ou moins dans celui qui fait usage de bois-
la diyine jJété de
son forte, sachant quelles ne sont propres ni à conserver sa santé, ni à soutenir son
nfuilhible corps, et qui n’en boit que parce qu’il Paime : cna fait À Le second pfché qui se rencontre, sinon toujours, au moins très-souvent dans l’usage (même le prétendu usage modéré) ces bois- Ceront à À sons fortes, est la dépense inutile.
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. Par exemple, un homme quine prendrait que pour trois sols de boisson, (cela ne lui ferait pas deux verres) tous les jours, ne serait certainement pas coupable du péché d'ivrognerie, une si petite quantité n’étant pas capable de l’enivrer ; cependant il aurait dépensé au bout de l’année neuf piastres et quinze sols pour cette boisson. Or nous ne craiguons pas de dire qu’une pareille dépense est excessive et criminelle chez la très grande partie de nos habitants, pour les raisons que nous donnerons plus bas; et voilà pourquoi un homme ne péchera pas gravément sous le rapport de la gourmandise, mais pourra se rendre coupable sous un autre rapport en buvant ses deux ou trois petits verres par jours. Il n’en serait pas ainsi, si Dieu avait laissé chacun maître de faire ce qu’il veut de son bien ; mais ce n’est pas le cas : et nous rendrons compte, lorsque nous serons jugés, d'un sol mal employé, comme d’une parole dite mal à propos.
.- La très grande partie de nos habitants sont endettés, ils sont, ou au moins ils se disent incapables d’envoyer leurs enfants à l’école : ilsne peuvent prêter la main à une foule de bonnes œuvres qui se feraient fus les jours avec quelque secours; ils n’ont pas le moyen d'établir leurs enfants, ou s’ils les établissent, ce n’est qu’après avoir donné une partie de leur patrimoine aux marchands de boissons.
Soc étab leur:
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Pune plus l’anr Gd.