‹ Manuel phonétique du français parléChapitre 17 sur 81 · IV. LARYNGALES · texte numérisé non relu

IV. LARYNGALES

63. Le phonème (h] connu en français sous le nom d'ïA aspirée» est assez malaisé à classer. Les uns sont tentés de le ranger parmi les voyelles; les autres, — et c'est le plus grand nombre, — y voient plutôt une consonne. Nous lui donnons une place intermédiaire, mais en k considérant comme surtout consonantique. Le souffle expiratoire représenté par [h) participe des voyel-

^dbvGooglc

les en ce sens qu'il s'échappe sans rencontrer d'obstacle dans la cavité buccale; ainsi, que l'on prononce à la suite l'un de l'autre un [a], un [h] et un [a]: [aha], et on verra que la seule différence entre ces deux phonèmes, c'est que r|a) s'accompagne d'une vibration des cordes vocales, tandis que le [h] est sourd; aussi a-t-on pu l'appeler une voyelle non sonore. Mais cette expression serait contradictoire, puisque la sonorité fait partie intégrante de notre définition des voyelles. Il vaut donc mieux regarder le [h] comme une consonne: en ce cas l'obstacle nécessaire à la production d'une consonne se trouve non pas dans la bouche, mais dans le larynx même, entre les cordes vocales qui se rapprochent sans se toucher. Ainsi considéré, le [h] est une spirante laryngale; cette spirante est toujours sourde, les cordes vocales n'étant jamais assez rapprochées pour produire un son. .

64. L'*h aspirée» a joué dans l'ancienne langue un rôle beaucoup plus considérable qu'en français moderne. La langue française s'est débarrassée peu à peu de ce phonème qui n'existait pas dans le fonds latin du galloroman et qui était une importation germanique (voir Gr. hist., l, § 478 ss.) Il ne vit plus guère que dans certains dialectes: wallon, lorrain, normand, gascon; ajoutons que les Bretons, apprenant le français surtout par les livres, ont une tendance à faire sentir très fortement les • h aspirées» écrites, car le [h] existe en armoricain. Mais dans le français normal son domaine est très restreint; il n'y a aucune différence de prononciation entre hauteur et. auteur, entre le verbe être et le substantif A^/re. L'A aspirée, qui ne se trouve régulièrement que dans des mots d'origine non latine (hache, haïr, héron, hutte, hâbler, harnois, héros, etc.), n'est plus qu'un signe orthogra-

^dbvGooglc

phique interdisant la liaison avec la voyelle précédente; et encore ce signe est-il d'une utilité à peu près nulle puisqu'il a la même forme que r«A muette» et puisque rien n'indique qu'il faut faire l'hiatus devant le substantif A^roi et ne pas le faire devant Vaà\ectii héroïque. Les étrangers sont donc obligés de s'en remettre a l'usage pour connaître les mots qui ne supportent pas la liaison, — connaissance indispensable, car les fautes contre r«A aspirée» sont parmi celles qui choquent le plus les Français. Ne confondez pas: en haut avec en eau, les hauteurs avec les auteurs, les Huns avec les uns, etc. — Une petite anecdote montrera l'importance de ces distinctions. En 1852, un très haut personnage avait réuni dans un banquet ministres, maréchaux, amiraux, généraux, préfets, maires, etc., ainsi que les représentants des puissances étrangères. Après plusieurs toasts, le représentant d'un pays que je ne nommerai pas, se lève et dit: -Messieurs, je. ne saurais mieux répondre à tous ces gracieux toasts qu'en buvant à la santé de tous les héros {les zéros) ici présents.» — Bévue qui fit dire le lendemain à un petit journal caustique: Ah! M. N. a dit une grande vérité sans le savoir! Remarque, l^ peuple n'accepte d'ailleurs qu'à son corps défen. dant cette survivance du passé qu'on appelle l'ih aspirée>; il dit: des l'homard!, des z'barUots, des z'hardes, etc. (voir Gr, hist., 1, § 486). Les enfants eus aussi font tout naturellement ces <liaisons dangereuses».

65. Il serait cependant inexact de se représenter le phonème [h] comme complètement absent du français normal. L'*A aspirée» écrite se fait entendre: {" Dans certaines interjections, où elle peut même être très énergique: ha! oho! ohé! hue! hop là! halte! etc. 2"* Dans des mots fondés sur des onomatopées ou interprétés comme telles, — surtout quand ils expriment un effort, un mouvement violent: hisser, héler, hennir, haleter, hurler,

^dbvGÔoglc

etc. Ajoutons le nom propre Han d'Islande {han est une onomatopée reproduisant le rugissement de ce romantique personnage, qui buvait l'eau des mers dans le crâne des morts). î" Enfin dans la prononciation emphatique, lorsqu'on veut insister, produire certains effets pittoresques; ex: la houle s'enfle; une haine effroyable; c'est une honte.' etc. En lisant ces vers de La Fontaine:

Et l<

beaucoup de Français, voulant mettre en relief l'adverbe hardiment, prononceront le |h] initial. M. Legouvé fait une remarque analogue à propos d'un autre passage de La Fontaine;

Moi, des tanchesl dit-il, moi, héron, que je fasse Une si pauvre clièrel Et pour qui me prend-on?

"Marquez bien, dit M. Legouvé, l'A aspirée de héron; guindez-le, hissez-le sur cette h comme sur ses longues pattes.» Dans les cas que nous venons de citer, et surtout dans le troisième, il est probable que c'est l'orthographe qui joue le principal rôle, et le commentaire de M. Legouvé semble bien nous l'indiquer, sous sa forme à la fois précieuse et naïve.

Remarque. Ajoutons qu'on introduit souvent des [h] plus ou moins énergiques dans des cas où l'orthograplie n'indique rien, par exemple à l'intérieur des mots, dans certaines rencontres de voyelles; ainsi, observez la prononciation emphatique de mots comme ^râu, monstrueux, g^ant, Baat: on entend i peu près [fleho], [mâstryhe], [jehô], [bahal]. De même un [h] s'introduit dans le onze tout comme dans la kante, bien que l'Iiiatus dans le premier cas soit purement analogique.

66. On peut rapprocher du [h] une sorte de dégénérescence des voyelles, qui se produit souvent, dans la prononciation ordinaire ou même soignée, lorsque la voix tombe fortement à la fin des phrases; la voyelle finale

^dbvGooglc

perd alors sa sonorité et se réduit à une sorte de chuchotement, de souffle analogue au [h]: les cordes vocales, au lieu de se rejoindre pour vibrer, restent séparées. Ex: H s'ennuyait beaucoup chez noas; il est déjà parti.

67. Disons enfin quelques mots d'un autre phonème, assez rare en français, mais que M. Passy a eu raison de signaler; il le qualifie de ploslve laryngale et le note par le signe [?j. C'est ce «coup de glotte» si fréquent en danois, où il porte le nom de stød. Il se fait entendre à la suite de beaucoup de voyelles, et les étrangers t'ont souvent comparé à une sorte de sanglot étouffé. Nous l'observons sporadiquement en français après certaines interjections comme hé, oh, etc. M. Passy semble indiquer qu'il apparaît surtout à ta fin des propositions prononcées avec énergie, terminées brusquement. Mais nous l'avons remarqué au contraire dans des cas où on exprimait le scepticisme, l'indifférence, par ex. dans oui [wi.'], non |n5?] accompagnés d'un haussement d'épaules.

Remarque. On articule souvent en danois une k après les voyelles, finales, surtout les voyelles hautes accentuées: vi [vih], du [duhj, nu [nuh] etc. C'est là une habitude de prononciation qu'il faut bien se garder d'appliquer au français, ob vie, doux, nous se prononcent [vi], [du], [nu] avec des voyelles lînissant nettement, sans aucun son ni souffle

Page 1