Voyelles brèves
112. Les voyelles sont régulièrement brèves excepté devant les spirantes sonores. On a donc des voyelles brèves dans les cas suivants: en position finale; devant les liquides [I, m, n, ji]î devant les consonnes fermées sonores [b, d, g] et devant toutes les consonnes sourdes [p, t, k, f, s. J"). Les exceptions sont peu nombreuses et s'expliquent ordinairement par voie historique; ainsi mdle [ma:l] doit sa voyelle longue moderne à une sorte d'allongement compensatoire provenant de l'amuissement de l's; on disait au moyen âge [maslsj; pour d'autres détails, voir Gr. hist, I, § i )0.
113. Position finale (y compris les cas oii le mot se termine orthographiquement par une consonne ou par un e féminin).
Exemples: midi, maudit, perdrix, fini, finie, donner, donné, donnerai, donnerais, sopha, donnât, dada, trépas, nougat, perdu, heureux, cheveu, rigolo, goulot, badaud, tantôt, bijou, joue, vingt, vain, bon, allons, vont, éloquent, donnant, paysan, à jeun, etc.
Remarque I. Beaucoup de Français trouveront cette règle un peu trop brutale, et prétendront observer une différence légère entre les voyelles finales suivies d'e muets et celles qui ne le soul pas. Dans la plupart des cas, cette prétendue observation n'est qu'une illusion entretenue par l'orthographe, un idolum libri Cependant l'ancienne prononciation a encore laissé des traces en français moderne. On sait qu'autrefois on pro-
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nonçail longue la voyelle accentuée devant Ve féminin amui; les voyelles finales des mots amit, venue, allée étaient plus longues que celles des mots ami, yena, allé (cf. Gr. hist., I, § ijo, \, Rem.). Cette distinction se retrouve de nos jours dans certaines provinces, dans la Suisse romande, et un peu partout dans la prononciation emphatique, sentimentale. Mais en dehors de la déclamation, il est bien difficile, à Paris et dans le Nord de la France, de remarquer la moindre différence dans la quantité des voyelles tinales. C'est le contexte seul qui indique si la finale est féminine ou masculine; si le contexte fait défaut, les Français eux-mêmes se trouvent embarrassés, et alors, — chose curieuse, — ils recourent, pour se (aire comprendre, non pas â l'allongement de la voyelle finale, mais i la prononciation du [s], qui ressuscite pour un moment. Un maître d'école, dictant un texte et voulant indiquer i ses élèves que te! participe, venue par exemple, doit s'écrire au féminin, prononcera [vanys] ou [vsnyo:}, bien plutôt que [vsny:]. On peut entendre dans le parler familier des dialogues comme celui-ci: lOti est donc X.P — Il est chez son amie [ami]. — Ahl chez Lucien peut-être? — Mais non, vous ne me comprenez pas; je dis: son ami-e ([amijs] ou [amijo:]).> — Cependant il existe tout de même une nuance entre les finales féminines et les finales masculines; et nous ne parlons pas seulement ici de la déclamation ni des ■cas où l'on traîne par sentimentalité sur les voyelles féminines (ex.: ma bien-aiméé). Il est certain que l'infinitif aller ou le participe allé ne se prononcent pas tout à fait comme le substantif allée. Comparez encore la prononciation du dernier mot dans le théorème donné et dans j'accepte ^ette donnée. Mais la nuance, tris légère quoique réelle, qui sépare ces deux cas, nous parait tenir beaucoup moins à la quantité qu'Ji l'accentuation: les mots à finale féminine du genre de donnée, allée, maintiennent bien l'accent traditionnel sur la dernière syllabe, tandis que les mots masculins correspondants sont sujets à ces déplacements d'accent qui, comme ■nous le verrons plus loin (§ i )9, 141), abondent en français moderne. Comparez encore à ce point de vue le nom commun mari et le nom propre Marie. Ce dernier a toujours une accentuation ïambique très nette; mais dans la prononciation du mot mari nous observons: ou bien égalité d'accent entre les deux syllabes, ou bien déplacement de l'accent sur la première et accentuation trochaïque. — Mais cette légère différence d'accent n'a sur la quantité de la finale qu'une influence insignifiante, tellement minime que nous n'avons pas à en tenir compte dans la pratique.
Remarque 2. Il est bon d'attirer encore une fois l'attention des étrangers, et tout spécialement des Scandinaves, sur la prononciation nette,
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presque militaire des voyelles finales françaises. Le son doit si brusquemefit, sans prolongements ni aspirations parasites. On ne saurait trop répéter que l'i bref pur des mots français nid. vie est tout différent de l'i des pronoms suédois m, vi, et que les mois danois du, nu. /j se terminent par des aspirations qui manquent totalement aux mots françaisdoax, nom, fat (cf. plus haut § 67, Rem,).
tl4. Devant les liquides [I, m, n, p].
1° Exemples avec [1]; sale, salle, bal, balle, sandale^ malle, étoile, sel, éternelle, sauterelle, sol, col; fol, parole,, boussole, auréole, colle, nul, mule, crédule, mille, ville, viril, file, utile, tuile, seul, seule, gueule, boule, poule, foule.
Exceptions: frêle, grêle, mêle, prêle, zèle, Bâle, mâle,, pâle, frôle, geôle, mole, rôle, contrôle, roule, écroule.
Remarque. Dans cette iiste, comme dans celles qui suivront^ nous ne donnons naturellement que ia quantité moyenne, normale, sans tenir compie des variations dues i l'emphase et aux émotions diverses, (cf. plus loin § 141), Ainsi, dans le premier mot de la liste, l'adjeetir sale, ['a pourra s'allonger pour exprimer avec force un superlatif de saleté. Donnons encore un exemple des variations de quantité auxquelles sont exposées les voyelles finales. Supposons que nous ayons â déclamer ces. vers des Djinns:
Comme un bruit de foule.
Qui tonne et qui roule.
Et tantôt s'écroule
Et tantôt grandit.
Un besoin instinctif d'harmonie imitative nous portera à allonger fortement tous ces ou suivis d'une /; et pourtant le mot foale å l'étal normal a sa voyelle brève. Quant aux mots roale et écroule, ils sont en général considérés comme ayant un ou plutôt long; mais dans la lecture des vera cités, on exagérera cette longueur. En revanche, dans une phrase familière comme ça roule bien, la voyelle [u] n'est pas plus longue que dans rouleau ou route.
2" Exemples avec [m]: lime, escrime, sublime, centime, pomme, comme, Rome, somme, femme, dame, troisième, légume, plume, écume, volume, fume.
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Exceptions: même, crème, blême, thème, abîme (ci
î" Exemples avec [n]: cabane, paysanne, canne, cane, Antoine, moine, lointaine, baleine, domaine, renne, ancienne, laine, saine, prochaine, fine, cousine, origine, ruine, nonne, bonne, couronne, personne, automne, chacune, aucune, lune, prune.
Exceptions: chaîne, chêne, frêne, gaine, haine, jeâne, obscène, pêne, rêne, reine, scène, traîne, Aisne, Maine, Seine; les mots en [a:n], cf. § 118.
4» Exemples avec [ji] : peigne, signe, compagne, Espagne.