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Manuel populaire de morale et d'économie politique

Cet ouvrage a été entrepris pour répondre aux intentions de l'Académie des sciences morales et politiques, qui avait mis au concours la rédaction, d'un Manuel de morale et d'économie politique, dont elle résumait ainsi l'objet : « Appeler « l'attention sur les rapports étroits, nécessaires, continuels, » qui lient dans toutes les transactions de la vie civile, dans » toutes les circonstances de la vie domestique, l'économie » politique à la morale ; rendre la saine intelligence de ces » rapports accessible et familière, s'il se peut, aux classes la- » borieuses, aux hommes qui ne disposent qu'àgrand'peine » et rarement d'un peu de loisir ; et dégager, dans leurinlé- » rôt, la morale pratique et l'économie politique usuelle de » l'appareil des démonstrations savantes et des termes scien- » tifiques. »

Pour atteindre le but qu'elle se proposait , l'Académie désirait que l'ouvrage fût d'une lecture facile, attrayante, s'il était possible , et eu conséquence elle indiquait comme modèle quelques-uns des petits traités de Franklin. C'est pour entrer dans ces vues que nous avons adopté la forme donnée ù ce livre, qui n'a guère d'un manuel que le nom, suivant l'idée attachée ordinairement à ce terme. Il ne répondrait donc pas à la pensée de ceux qui chercheraient dans ce livre un ouvrage tout à fait didactique, une espèce de catéchisme de morale et d'économie politique. Mais, si l'on se borne à n'y voir qu'un livre où les faits sociaux et économi-

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ques sont ramenés aux principes dont ils sont la conséquence , on reconnaîtra peut-être qu'il forme un corps de doctrine suffisant pour le but qu'on se propose, celui de faire connaître à ceux qui ont peu le temps d'étudier les lois qui régissent le monde moral et les rapports des hommes vivant en société.

Nous pensons que la lecture de ce livre pourra être utile aux personnes de toutes les classes, qui n'ont pas assez de loisir pour faire une étude approfondie de ces matières. Il règne malheureusement dans la plupart des esprits des opinions très-fausses sur la nature des rapports qui existent entre les hommes; on croit généralement à un antagonisme absolu entre les intérêts des différentes portions de la société. Les hommes auraient avantage à bien connaître leur position réciproque. Ils se convaincraient que leurs intérêts sont identiques au fond , et qu'il n'y a de bien permanent que ce qui est utile à tous. Il leur importe de comprendre enfin que la société a pour base des échanges de services, et que toutes les classes ont besoin les unes des autres. Ce qui nuit à l'une fait du tort aux autres, et ce qui améliore la condition d'une seule profile à la société tout entière.

Si les hommes comprenaient ces harmonies sociales, ils seraient moins portés à se regarder d'un œil de défiance et d'envie, et, tout en cherchant loyalement leur intérêt, chacun dans sa sphère, ils auraient moins de tendances à s'irriter contre ceux qui, de leur côté, cherchent aussi le leur ; ils sauraient que le bien général résulte des efforts légitimes de chacun vers son intérêt bien compris. S'ils connaissaient un peu mieux les lois qui gouvernent le monde social comme le monde physique, ils seraient moins prompts à s'en prendre à la société du mal qu'ils voient ici-bas, et ils profiteraient mieux des ressources qu'elle leui* offre pour

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améliorer leur condition. Au lieu de s'épuiser à chercher où il n'est pas le remède aux maux dont ils souffrent, ils le chercheraient davantage où il est , c'est-à-dire en euxmêmes et dans leur perfectionnement intellectuel et moral.

Leur faire connaître ces grandes lois providentielles, ces ressources et ces moyens, tel est le but de ce livre. Qu'on nous permette de citer ici le jugement qu'en a porté la commission de l'Académie chargée de l'examen des mémoires envoyés au concours {i ) .

Un premier concours ouvert en ^854, et où trente-quatre concurrents s'étaient présentés , n'avait pas donné de résultat, aucun d'eux n'ayant satisfait complètement l'Académie, qui attachait une grande importance k la question. Cependant la commission en avait particulièrement distingué deux , et elle s'exprimait ainsi au sujet du mémoire inscrit sous le n" 3^ , qui était le premier essai du présent travail :

« De tous les mémoires qui nous ont été remis, c'est le » meilleur à coup sûr, c'est celui qui répond le mieux aux » vues de l'Académie. C'est un très-bon travail, et peut-être » vous aurions-nous proposé de lui décerner le prix, si nous » n'avions lieu d'espérer que son auteur, en le revoyant avec » soin et maturité, en fera disparaître les imperfections qu'il » ne se dissimule point et qu'il condamne lui-même avec » sévérité. » Après avoir présenté une analyse du mémoire, la commission terminait en faisant connaître les motifs qui ne permettaient pas encore de couronner ce travail , où l'on retrouvait partout, disait le rapport, «l'heureuse union )' d'une raison ferme et saine , d'un goût naturel pour les

(1) Cette commiBsion était composée de MM. Ceusin. Dunoycr, comte Portails. L. de Lavergne, Mignet, Barthe, et duc de Drogllo rapporteur.

rv PRÉFACE.

» idées élevées , et de cette afToction sincère, de cette teirlre » compassion pour les classes laborieuses , qui pénètre » comme d'un parfum de charité l'ouvrage tout entier. »

L'Académie avait , en conséqueace, prorogé le concours de plusieurs années , dans l'espoir que les concurrents déjà distingués par elle pourraient perfectionner leur œuvre , et que de nouveaux auteurs se présenteraient dans la lice. Cette fois, trois mémoires attirèrent plu? particulièrement l'attention de l'Académie : les numéros 9 eH 7, et le mémoire inscrit sous le numéro 2^ , qui reproduisait , avec de grandes améliorations, celui qui l'avait principalement frappée dans le premier concours. La commission, arrivant à celui-ci après l'examen de tous les autres, rappelait l'analyse qu'elle en avait faite précédemment , et, avec le jugement qu'elle en avait porté, les conseils qu'elle a<lressait alors à l'auteur. Elle ajoutait en terminant :

a L'auteur a suivi les conseils que l'Académie lui adressait » par l'organe de sa commission , et s'il ne les a pas suivis » jusqu'au bout , s'il n'a pas inexorablement retranché > tout ce qu'il efil été à propos de retrancher ou d'abréger, j> tout au moins, s'il n'a pas rendu son mémoire plus acces- » sible en le rédui.sant à de moindres proportions, nous v avons lieu d'espérer de son excellent esprit, et nousconjp- » tons qu'avant de l'imprimer, il achèvera cette dernière « partie de sa tAche, toujours un peu douloureuse pour un » auteur, mais tempérée cette fois par le désir sincère d'être » utile aux classes laborieuses.

» Tel qu'il est, ce mémoire est un excellent travail, qui part, y> avec beaucoup d'art , des notions les plus simples de la » morale et de l'économie politique, pour s'élever aux plus » difliciles, aux plus compliquées, et dont l'impression finit » graduellement par devenir profonde et saisissante; c'est

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» le meilleur de Ions ceux que nous avons reçus au concours. » Il est supérieur au n» 9 et au n" ^7, les deux seuls qui » peuvent lui disputer le prix. Il est supérieur au n" 9, même » dans ce que le n" 9 a de meilleur , l'exposition des prin- » cipes, l'abondance, la justesse et la variété des consé- » quences. Il est supérieur au n» ^7, même dans ce que le » n» ^7 a de meilleur, le choix du cadre fictif, du cadre dra- » matiquc destiné à tempérer l'aridité de l'enseignement. Le » cadre choisi par l'auteur est plus simple , plus modeste , » plus naturel, et l'intérêt doux et pur qu'il répand surl'ou- » vrage entier, sans être aussi vif, est peut-être plus atta- » chant. L'ouvrage est complet; il répond pleinement h » toutes les parties du programme : on pourrait dire qu'il « n'y répond que trop, car son défaut, c'est d'être long, et » d'entrer sous beaucoup de points dans des développe- » ments qu'il sera bon de resserrer ou d'éliminer. j>

Nous nous sommes conformé scrupuleusement à ce dernier désir de l'Académie. Avant d'imprimer notre travail, nous l'avions déjà soumis aune révision sévère; mais, depuis la publication de la première édition, nous nous sommes décidé à l'écrire entièrement à nouveau , retranchant tout ce qui n'était pas absolument indispensable à l'intelligence du sujet, et tûchant de concilier toute la concision compatible avec la plus grande clarté possible, sans rien supprimer d'essentiel , en le complétant au contraire sur quelques points, et ajoutant même un chapitre sur une question importante , celle de la monnaie , du papier-monnaie et du crédit.

C'est ainsi que nous avons cherché à justifier la confiance de l'Académie, qui, malgré les imperfectionsde notre travail, avait daigné l'honorer de son suffrage. Nous avons d'ailleurs respecté scrupuleusement le plan primitif, qui avait obtenu son approbation, et nous nous sommes abstenu de rien re-

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