POUR
BOMBYCE A SOIE.
On appelle bombyces un genre 'd'insectes <Le I ordre des lépidoptères, famille des nocturnes; tribu des bombycites (i), dont le plus grand nombre se file uii cocon soyeux
•(i) Sous-famiHc des nocturnes ayant nom- caraceres a.les entière, «.caducs horizontalement ou en
ce qui les a fait nommer par Cramer phalènes fileuses. Arislotc et Pline sont les seuls parmi les anciens qui aient employé' ce mot (i); Linné' est le premier naturaliste moderne qui en a fait usage j enfin Fabricius a réuni dans un seul genre , sous cette dénomination, une infinité d'insectes analogues, dont un seul , le bombyx mori ou bombyce à mû- -ricr , doit nous occuper. ^
La Chine et rindoustan possedenrplusieurs espèces de ce genre , dont on emploie la soie, telles sont lé bombyce rnilitte, le cinthie, et les deux espèces sauvages appelées par les Chinois tsuen kien , et tyan kien. Ces deux dernières ne font point de coques ; elles attachent aux arbres , sur lesquels elles se nourrissent, leurs fils de soie. Les naturels élèvent tous ces bombyces , soit en plein
]c\ir extrémité , dans les autres. Langue nulle ou peu distincte, antennes pectinées ou en scie, du moins • dans* les mâles chenilles du plus grand nombre , à seize ptrtlcs ; les deux postérieures ou les anales manquant dans les autres , et remplacées par deux appendices imitant une queue fourchue. Latreille., JJict. dUisU naturelle.
(i) Aristote désigne sous ce nom un insecte qui, dit-il , se fait avec de la boue un nid termine' en pointe qu'il recouvre d'un enduit cristallin; Pline appelle bombyce la chenille du mûrier.
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air, soit dans les ateliers. La soie leur sert pour fabriquer des étoffes pour leur é usage. L'espèce unique , acclimatée en Europe , offre quelques variéte's dans les chenilles et les cocons ; mais elles naissent toutes de circonstances accidentelles , et par conséquent n'admettent aueune division.
Le bombyee à soie , est originaire des contrées septentrionales de la Chine ; il vit sur le mûrier, et se nourrit exclusivement de la feuille de cet arbre (i).
La beauté de son cocon , la finesse , la so lidîtc et l'éclat* du fil qui le compose , fixèrent l'attention du peuple industrieux sous les yeux duquel il passait sa courte vie. Il le soumit à l'état de domesticité, et il ne dut pas tarder à s'applaudir d'une pareille entreprise. #
L'époque qui vit passer le ver à soie sous le toit du labpurcur , pour être soumis à une éducation particulière, n'est.pasbicn connue. Les historiens chinois qui semblent se complaire dans la sotte vanité de reculer les
(i) Latreille rapporte qu'un cultivateur de Piémont ne pouvant nourrir tous ses vers à soie, en jeta une partie dans un champ ensemence' de bled de Turquie. Ces vers se nourrirent avec la feuille de cette plante, et coconnèrent en plein air.
dates , et de donner un vernis d'antiquité à toutesjcs découvertes qui sont propres à leur pays , rapportent que ce fut Tan 3698 avant l'ère chrétienne que l'impératrice Loui-Tsen, à l'invitation de l'empereur son époux, se livra la première à cette Qccupation , et qu'elle fut assez .heureuse peur réussir, ce qui lui assura l'apothéose. .
Quoi qu'il en soit , les auteurs français et anglais qui ont écrit l'histoire des Indes orientales , conviennent que cette époque est de beaucoup antérieure au voyage de Pythagore , et à l'invasion d'Alexandre; et d'après ce qu'ils en disent , on doit croire que depuis un temps immémorial les Chinois et les Indous faisaient des tissus de soie, que les Arabes exportaient chez les peuples d'Occident. I/éduca^ion du ver à soie passa tout naturellement ae la Chine dans les pays limitrophes ; et la Perse , la Grande Tartarie, les Indes proprement dites , ne tardèrent pas à s'emparer de. ce genre d'industrie:
c'est pourquoi l'époque de la naturalisation de cet insecte dans ces contrées se perd aussi dans la nirit des temps. L'esprit d'égoLsme sur lequel semble reposer la politique chinoise, dut sans doute retenir pendant long-temps les vers à soie dans leur pays natal ; niais , du moment que les tribus no-
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inades de l'Asie , les Arabes , les Tartares et les Persans en furent possesseurs , ils les propagèrent dans l'ancien monde. Cependant ce n'est point à ces peuples que l'Europe doit le précieux service de les avoir acclimatés dans ces contrées. Deux moines venus des Indes portèrent , dit-on , à Constantinople, sous le règne de Justinien, de la graine de ver à soie , dans les cavités d'une canne à sucre. Ils les firent éclore à l'aide de la chaleur du fumier, soignèrent leur éducation , et fabriquèrent eux-mêmes la soie des • cocons qu'ils récoltèrent. Justinien savait combien cette matière coûtait à ses peuples , et les sommes énormes qu'il fallait donner tous les ans aux Arabes pour se la procurer; il accueillit favorablement les deux modestes voyageurs; il stimula , par des récompenses, leurs louables intentions , et soutint de tout son pouvoir un jenre d'industrie qui ne pouvait qu'enrichir ses états, Bientôt la fortune seconda le> intentions du souverain j ses peuples, trouvant dans l'éducation des versa soie une source de richesses , # s'y livrèrent avec ardeur : toute la Grèce fut couverte de mûriers, et de nombreuses magnanières s'y établirent.
TEnviron cinq siècles après • vers l'an i i3o, Roger, roi de Sicile, ayant conquis
une partie du Péloponnèse , fut frappé des avantages que L'éducation des vers à soie procurait à ce pays ; il voulut en faire jouir ses états , et , à cet effet , il fit embarquer pour Païenne un nombre considérable d'ouvriers en soie, avec l'ordre de propager par tous les moyens connus l'éducation de l'insecte qui la produit; ainsi le fruit de sa conquête fut de répandre sur le reste méridional du continent européen , une branche de commerce aussi brillante que lucrative, et de sevrer pour jamais les Orientaux d'un tribut auquel notre luxe les avait accoutumés. L'Italie/ l'Espagne, le Piémont , eurent bientôt des ateliers pour faire la soie , et des manufactures pour la fabriquer ; on s'en occupa sérieusement en France. En i45o, Louis XI fit venir xles différentes contrées de l'Italie et de la Grèce des ouvriers manipulateurs et industriels, et en i48o t Tours et Lyon avaient des manufactures de soiej en 1 494? quelques seigneurs du Dauphins qui avaient suivi Charles VlII.dans sa campagne d'Italie, apportèrent en France de la graine de ver à soie , et de celle de l'arbre dont il se nourrit. Les côtes du Rhône , depuis Valence jusques à Avignon, furent ]f»s premières k s'enrichir de ce trésor de l'Orient, Le ver à soie y fut cultivé avec fruit , et de
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cette époque date le principe tic prospérité' qui a animé et soutenu les provinces méridionales du royaume. '
Depuis Charles VIII , jusques à Henri IV , l'éducation des vers à soie fut encouragée par des édits favorables. Ce dernier prince surtout fut un des plus grands protecteurs des industriels de l'époque qui se livrèrent à cette occupation; il provoqua leurs efïbrts en s'associant à leurs travaux j il les entoura de sa confiance et de sa protection : le monarque agissait alors contre les conseils de son ministre. Le sage Sully qui a laissé à ses successeurs de si beaux exemples à suivre, considérait la simplicité des mœurs antiques comme la source des vertus civiles ; il ne voulait ni luxe , ni superfluité, ni rien de ce qui pouvait flatter l'orgueilleuse vanité des hommes. Il ne par-? tagea pas l'opinion de son Roi , sur les avantages que l'éducation des vers à soie pouvait procurer au royaume; et qui ne pardonnerait à l'indifférence de Sully, lorsqu'on sait» la raison qui la fit naître? Sous le règne suivant-, cette branche d'industrie fut négligée ; l'habile et rusé ministre de Louis Xlll était trop occupé à humilier et à poursuivre les ennemis que son despotisme et son ambition lui suscitaient, pour jeter an regard favorable
sur le commerce et l'agriculture : le découragement dans ce temps de trouble et decalamité , se mit dans les ateliers et datis les fabriques ; les mûriers furent abondonnés et abattus, et il fallut avoir recours à l'Italie et à l'Espagne pour avoir des étoffes et des { tissus de soie, que le faste de nos grands seigneurs avait rendus nécessaires.
Mais Richelieu et Mazarin étaient descen^ dus dans la tombe ; Louis XIV était Roi , et Golhert était ministre : amis l'un et l'autre de la puissance et de l'éclat, jaloux de provoquer tout ce qui pouvait assurer la gloire et' la prospérité de la nation, ils étaient arrivés à l'époque où le génie venait de faire un jet glorieux ; ils protégèrent sa marche rapide , et lesperfectionnemens dans les sciences et les arts allèrent de pair avec les beautés litteraires. Cplbert qui voyait dans le commerce et l'agriculture une source constante de richesse et de grandeur , .ranima l'énergie éteinte des manufacturiers et des cultivateuvs.
Son zèle fut -même poussé trop loin, il erhpiéta sur le droit de propriété, en faisant planter des mûriers aux frais de l'État sur le terrain d'autrui ; mais le ministre était sage, l'expérience qu'il Ct de l'arbitraire le corrigea; il renonpa à celte mesure de rigueur
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pour en prendre dp plus légitimés , qui eurent de salutaires effets , car du moment qu'il accorda des primes aux propriétaires qui cultivaient le mûrier, on vit la Provence , le Languedoc , et tout le premier étage qui borde le littoral de la Méditerranée , peuplés de ces arbres. L'éducation des vers à soie y fut remise en vigueur, et Ton sait combien de trésors ces provinces ont amassée * au moyen de celte branche de commerce.
Sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI , on continua de protéger les ateliers et les fabriques de soie; quelques intervalles, qui tiennent plus aux circonstances qu'à Pindifférence du gouvernement, furent marqués par la stagnation et le découragement ; ruais les produits de cette industrie, sans êlresuflisans, étaient encore considérables. La révolution , qui dans ses momens de crise frappait indistinctement sur toutes les prospérités comme sur tontes les existences sociales, n'épargna pas l'éducation des vers à soie.
Les mûriers furent arrachés , les ateliers abandonnés, les manufactures désertes j enfin sous le régime impérial il y eut quelques encouragemeus et quelque germe de prospérité, et depuis la restauration le cornmer<e et la fabrication de la soie semblent reprendre peu à peu leur antique énergie ? telle est eu
raccourci, l'histoire politique d f un iusecte qui par la richesse et -l'utilité de ses produits a mérité de fixer l'attention de tous les peuples. Voyons-le maintenant sous le rapport pby- , siologique dans sa croissance, dans ses mœurs et dans ses habitudes. ï*
Quoiqu'on nous assure que les vers à soie réussissent dans les contrées du nord , et que Fauteur de la Flore du Caucase ait à s'applau-* dir dé les avoir acclimatés sous le quaranteneuvième degré de latitude septentrionale ,
11 faut penser que ces insectes se plaisent mieux dans les climats qui se rapprochent par \ei influences atmosphériques de celles dont ils sont originaires, du moins la nature se .trouvant moins fx^issée dans ses goûts et dans ses inclinations, l'animal souffre moins et devient plus vigoureux et plus prospère.
Ainsi les vers à soie doivent être élevés dans une atmosphère pure , et sous une température égale et un peu élevée, ils sont alors comme dans leur pays natal , et la dégénérescence est moins sensible. L'expérience a prouvé cette vérité.sur une foule d'individus appartenant aux deux règnes des êtres organiques; et l'on sait que 'malgré les efr forts que l'on a faits pour étendre l'éducation des vers à soie dans toutes les provinces de France , l'avantage en est toujours resté à
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celles du midi. C'est là seulement, quoi qu'en, disent plusieurs e'erivains agricoles ,. que Ton peut espérer de bonnes et copieuses récoltes. % *
Les œufs que pond la femelle dubombyee à mûrier s'appellent graine de vers à soie; ils sont petits, oblongs ; ils passent d'un blanc mat à un jaune pâle, et le contact de l'air finit par leur donner une couleur d'ardoise.
Si dans cet état on les soumet à ifhe température lentement graduée de quatorze à. vingtdeux degrés R., au bout de dix à douze jours ils éclatent, et il sort de leurs coquilles de petits vers d'un blanc cendré très-minces , ayant une ligne et un quart de longueur, et pesant un peu moins qu'un centième (Je grain. En considérant les vers clans cet état , on leur trouve une disposition de langueur # et de faiblesse vitale , une irrégrtlarité dans leur appétit", qui sans doute tiennent à une disposition organique. Leurs mouvemens vermiculaires sont lents et coupés par des intervalles de repos. Ils lèvent de temps en temps leur tête et la tiennent immobile ; on dirait qu'ils nes'occupent alors que de l'acte de la respiration, ou plutôt qu'à humer l'air qui les environne. On doit du moins être certain que les nombreux stigmates que l'ou distingue sur les anneaux de leur corps
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n'ont pas été formés par la nature sans un^ but détermine. ,
Placés s.ur les-fcuilles tendres de mûrier, on les "voit tantôt à la suite d'un appétit dévorant , tomber dans te dégoût et cesser .
de taanger , tantôt chercher les endroits solitaires , pour se préparer aux rudes épreu-
.V.ves de leur croissance , ou bien courir, sur j£ les bowls de leurs claies pour se procurer
- un air plgis tempéré- Peu de jours après leur naissance, ils filent une trame légère
^ aussi fine que le duyet ; ils en entourent le lit de litière sur lequel ils reposent ; elle doit .leur servir à se dépouiller de leur première peau.. AI? suite d'un appétit extraordinaire, qpe Ton appelle petite frèze, et dsfiis lequel ils mangent autant dans un jour qu'ils ont mangé pendant leur vie;, ils font diète et rentrent aussitôt dans leur première mue ; la mue est un changeraétit successif d'épiderme nécessaire aux chenilles qui, comme celles des bombytes, croissent rapidement. Virey considère la mue comme^ un point de continuité de la naissance. Les insectes, dit- il, divers crustacées , branchiopodes , les reptiles batraciens naissent k deux ou trois reprises au moins , parce .
qu'en sortant de l'œuf ils ne quittent que le chorion ou premier tégument; mais.ee s t>nt
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encore des fœtus plus ou moiife emraaillottcs sous d'autres tuniques, et principalement dans leur amhios. Sauvages dit que la mue fait l.i séparation de l'âge des vers à soie ; il eu distingue six dans la vie de l'insecte , quatre qui sont apparentes , et dont les effets sont toujours funestes à quelques vers, et deux qui l'assiègent dans son état de chrysalide*. Enfin la mue est une époque critique marquée par le travail et la douleur; il s'agit , pour l'insecte, de se débarrasser, d'une peau qui ne peut plus le contenir, et qui le tient serré au point de suspendre ses facultés organiques. Sa langueur, ses dégoûts , tout indique en lui l'absorption des principes de la vie: il faut qu'il se. dépouille de cette enveloppe mortelle ou .qu'il meure; le Ranger a'ors lui donne des forces : aux. approches de ce temps de crise , il a entouré son corps avec les fils soyeux qu'il s'était déjà fabriqués; airjsi amarré, il commence à muer > c'est-àdire qu'il fait des efforts, et se pousse de bas en haut ayee force. Ces mouvemeus dégagent la partie supérieure de son corps la première ; dès que ses pattes sont libres, il est déjà hors de danger; car, en les accrochant à quelque point d'appui , il double sa fonce , et bientôt il se trouve débarrassé.
Une bonne mue, dit-on j ne doit durer
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que trente-six lfeures ,et l'intervalle d'un âge à l'autre être peu distant. Bonnafous assure que le premier âge dure cinq jours, le second quatre , les deux suivahs sept chacun;' et enfin le cinquième dix jours complets, ce qui donne à la période de ^éducation un peu plus d'un mois , la température et d'autres circonstances peuvent la retarder un peu.
Le ver grossit rapidement d'âge en âge , et se trouve avoir de trente-six à quarante-deux lignes au moment oïf il commence à filer son cocon.
Les dix premiers jours de sa naissance il con$er,ve sà couleur cendrée. Sorti delà seconde mue, il s'allonge et grossit à vue d'œil. Sa tête s'enfle , se déride et paraît comme une boule sur un fût pyramidal ; il est vigoureux et bien portant : q'est alors que Ton peut distinguer facilement ses caractères essentiels. Chaque naturaliste* a désigne ces caractères par des dénominations particulières et analogues à l'esprit de son système; mais Linné, Laraark, Roesel, Fabricius , . Cuvier, Dumeril , Latreille , dans les classifications et les divisions qu'ils ont établies , n'ont point changé la nature, ils ont simplifié les moyens employés pour l'étudier et la connaître; et la logique de leurs expressions indique toujours les mêmes' faits. Dé-
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pouiliede ses deux premiers épidermës, le troisième qui le couvre est lisse et d'un blanc bleuâtre, quelquefois un peu jaune.
On distingue sur son corps neuf anneaux, le dernier sert, dit-on, de passage auxmatièreS excrémentiels; il est armé d'une petite corne analogue à celle du sphinx : on découvre sur chacun de ces anneaux depetits points noirs pubescens / appelés stigmates ; ce sont des espèces de trachées ou petits tubes imperceptibles , par où l'insecte respire. La clicnille du ver à soie a seize pattes, y compris les deux dernières qui forment une espèce d'appendice fourchu. Sa tête est un peu plus grosse que son corps, et présente quelques rides sur le derrière ;ses yeux sont petits , ronds et un peu noirs ; son corps est long, rond et un pen aplati en dessous. A mesure qu'il approche de son terme , le ver à soie acquiert de l'appétit et de la vivacité. Il est nécessaire de le régler , c'est-àdire de lui donner à manger à des heures déterminées ; et comme à chaque mue il ya un moment où il mange beaucoup plus , on a soin de prévenir ce besoin accidentel , en donnant un repas de plus. Non-seulement chaque âge est accompagné de son moment de crise, mais il est encore précédé et suivi par diverses maladies qui, pour h'etre pas
contagieuses , n'en sont pas moins mortelles. Les vers qui en sont atteints deviennent incapables d'aucune- fonction j ils changent de couleur, perdent l'appétit , se rétrécissent, et meurent. .11 faut cependant savoir distinguer les maladies des vers^ soie , des indispositions qui leur sont roramunes et qui tiennent à. des causes accidentelles-. Souvent un ver arrive tard on nourri avec des feuilles négligées ou frappe par un degré de température trop haut ou trop bas, va devenir languissant et retardataire, il ne faut pas l'abandonner ; des soins et un air égal, souvent renouvelé , lui redonnant la santé et la vi*. r . i
Les maladies des vers à soie, ne sont point produites par les effets des mues ; elles sont toutes occasionnées par les inégalités de la tcmpérajture r par des miasmes délétères, par la mauvaise qualité des feuilles, et souvent par les négligences du chef de l'atelier. -La mue dérive d'une disposition naturelle et coustante de l'espèce; c'est une révolution nécessaire au développement et à la croissance de Tindividu, elle ne peut donc produire des effets funestes ; mais, dans cet état où tontes les forc^S organiques se trouvent en mouvement, où le système nerveux est dans une irritation complète si la nature
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est contrariée dans ses efforts , si quelque accident vient arrêter sa marche pénible , Vé-> (juilibrede la vie n'existe plus ; l'insecte îeste en arrière de l'âge de sa croissance : il meurt de siccité et d'inanition. C'est pour cette raison que ces mora^ns de crise sont dangereux pour les vers à soie; car, quelque soin que l'on prenne, on ne peut arrêter l'influence du climat ; et lorsqu'on veut la neutraliser par une température factice ou par d'autres moyens conservateurs , ou tombe parfois dans d'autres inconvénient. Dans lqs pays dont ils sont originaires, dans la Chine et l'indoustan, les mues existent ) mais elles passent comme inaperçues avec l'âge qui les entraîne ; et les maladies , moins nombreuses,, n'ont aucun résultat dangereux. Il faut bien que cela soit ainsi pour que la nature soit d'accord avec elle-même. Si elle n'avait pas donné à chaque être organisé des dispositions favorables au climat où il l'a fait naître, il n'y aurait pas déraisons suffisantes pour la justifier d'avoir tapi les Lapons sous des neiges cternefles , et d'avoir expoSé les Africains a l'action immédiate des feux de
l'équatcur.
Une chose remarquable dans le période d'existence du 4 bombyce à soie, c'est cette voracité toujours croissante que n'interrom-
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mv ^
praient jamais ni aucune indigestion ni aucun malaise, si la nourriture était bonne et la température favorable , voracité qui surprend d'autant plus qu'elle n'a ni borne ni mesure; car dans les vingt-trois premiers jours, de leur naissance, l$s vers j$ro venus d'une once de graine consomment trois cents livres de feuilles, et dans les dix jours suivans, ils en dévorent treize cents. Un seul jour , le sixième de leur dernier âge, on leur reconnaît une disposition dévorante* plus prononcée : ils mangent dans cet état, appelé grande frèze ou grande briffe, deux cent vingt-quatre livres de feuilles. Toutefois l'insecte , en mettant à profit ce besoin désordonné, nous découvre les intentions de la nature : cette active croissance, ces métamorphoses précipitées, tout annonce une vie rapide et agitée, qui doit, comme une vague impétueuse , se dissoudre bientôt dans le néant de l'immensité. Après la grande frèze, le ver perd peu à peu l'appétit, et rend plus d'excrc'mens qu'il ne mange de feuilles; ce qui est une preuve qu'il approche de sa maturité. 11 se vide , dit-on. 11 est de fait qu'au dixième j.our , la moitié de son corps paraît comme transparente; qu'il est plus grêle et plus ridé; que sa tête est moins enflée, et qu'elle s'allonge en pointe:
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ce qui indique que l'organe digestif a perdu son e'nergie^ et qu'une crise nouvelle s'opère. Le ver alors monte sur les feuilles,* et lève la tête, comme pour explorer les lieux.
Il court bientôt çà et là sur le clayon, comme s'il n'avait ni but. déterminé ni besoin pressant. Cependant c'est la nature qui le presse et l'agite ; il va subir la plus singulière de toutes les métamorphoses : il va se changer en momie, et rester pendant vingt jours dans cet état, sous les apparences d'une mort naturelle ; mais il veut s'ensevelir avant, et fabriquer lui-même l'enveloppe qui doit le garantir de toute atteinte extérieure ; et lorsqu'il court à l'aventure sur sa litière, il cherche une situation favorable pour commencer son travail. Si la main de l'homme ne venait à son secours, si quelques rameaux de bruyère ou de chêne vert n'étaient distribués sur la claie où gît l'insecte, il grimperait au mur, chercherait partout un point d'appui pour assurer son cocon; et souvent il perdrait sa soie dans cette course infructueuse; carie besoin de filer est tellement puissant chez lui, que l'observateur aperçoitsortir celte soie delà bouchi du ver; et s'il la saisit, il peut même en tirer plusieurs mètres sans la rompre. Au moyen des rameaux que Ton dispose autour de lui en forme de voûte,
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on le facilite; et sa diligence est alors extrême. II monte sur cette espèce d'appareil préparatoire, attache entre les brins dont il est composé une espèce de duvet soyeux , appelé bourre ou bourrette, qu'il a filé d'une manière *irrégulière et diffuse. Il demeurç Ordinairement un jour à ce premier travail.
Le second jour , â placé au centre de cette fragile fortification, il commence à filer la véritable soie,
Uije liqueur visqueuse, fournie par ses glandes salivaires,' forme le Gl délié, uni el brillant avec lequel il fabrique son cocon.
Sortie de Ce réservoir, que jadis on appelait la filière, la matière soyeuse a de la force et dç'la ténacîté; elle est collante, et se plie à volonté. La cheuille la file en tube arrondi et cylindrique, qu'elle colle successivement en zigzag, elle reste trois à quatre joursàcet ouvrage. Malpighi distingue six couches différentes dan$ le cocon du ver à soie, et prétend que le fil qui le compose a plus de neuf cents pieds de long. Ce cocon a une forme ronde, un peu allongée ; sa partie supérieure est plus milice et plus pointue; sa couleur est jaune ou blanchg : on en trouve quelquefois de verts et de bruns; mais les plus communs sont.les jaunes. Un bon cocon doit être pesant et d'un aspect éclatant ; et le tissu
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en être fort et serré, et la soie se dévider facilement jiisqu'à la dernière couche, qui est tenace et gommeuse, et qui reste ordinairement, api es le dévidage, attachée à la chrysalide. Renfermé dans l'enveloppe soyeuse qu'il vient de se faire , le ver a pris une autre forme. Il a cessé ses fonctions vitales. Le système nerveux, l'appareil nutritif, l'appareil respiratoire, tous les organes de la vie sont dans la chrysalide comme s'ils n'existaient pas. Dans cet état j l'insecte a une figure ovalc-oblonguc, pointue à une èxtrémité, obtuse à l'autre. Sa couleur est d'un jaune noir, que l'on a comparé à celui des 1 lingots aurifères. On l'appelle ainsi chrysalide, momie ou aurélie. C'est dans sa coqtfe qu'il commence et finit son sixième âge, qui dure de vingt à vingt-quatre jours, au bout desquels, arrivé à l'état d'insecte parfait , il cherche à s'ouvrir la prison où il s'était enseveli; et pour cela il répand à la valve ou au gros boutdcsa coque une liqueur à laquelle Rosier donne une vertu corrosive ; et par les mouvemcns précipités de son corps, faits de haut en bas, il finit par se frayer un passage. Le voilà parvenu à son septième et dernier âge : il est devenu papillon. Il est dans Sa virilité; mais il ne jouira pas longtemps de cet eut de perfection.
II est vrai qu'il mourra dans les plaisirs , et c'est un avantage que lui a reserve la nature. Les individus de l'espèce du bombyee à soie sont faciles à reconnaître; la femelle est petite, son corps est court et ramassé, son abdomen volumineux ; elle est d'une humeur tranquille et nonchalante; le mâle, au contraire , est sémillant et alerte : il est plus gros, plus long et plus vigoureux; les deux individus ont quatre ailes en toit blanches, d'un aspect farineux , et marquées par des bandes transversales. Les supérieures sont un peu recourbées f les inférieures les débordent : ils sont munis de six pattes , et dans la partie supérieure de leur abdomen sont placés les organes de la génération. Les bombyees ne mangent pas, volent rarement, - surtout les femelles, et ne jouissent de l'état parfait que pour reproduire. Sortis du cocon, ils se recherchent réciproquement et s'accouplent aussitôt. Le mâle est remarquable par son ardeur à courir après la femelle: du moment qu'il la sent ou qu'il l'aperçoit, il se précipite sur elle en battant des ailes, et tenant le bout deson anus recourbé, il la saisit avec la pointe dont cette partie est armée. Pendant que la copulation s'opère, il ne cesse d'agiter ses ai!es. Réaumur croit que celte agitation est nécessaire pour
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la fin que la nature paraît toujours avoir en vue pour la conservation des espèces. II est de fait qu'elle ne fait rien sans but déterminé, et que l'opinion de cet habile naturaliste paraît très-probable. Cette agitation précède l'action et continue jusqu'à la fin. Malpighi a reconnu que les mâles des boinbyces élèvent et abaissent cent trente fois leurs Utiles dans l'intervalle cKune seule imprégnation ; au bout de ce temps ils restent un quart d'heure comme morts; mais bientôt ils reprennent leur force et recommencent 'soit avec la même femelle, s!ils ne sont point séparés, soit avec la première qu'il rencontre. Ils peuvent en féconder de quinze à vingt avant de cesser de vivre. Mais selon le même iMalpighi, ils s'affaiblissent par cette sorte de plaisir laborieux, et le battement des ailes diminue insensiblement. Enfin , du moment que les mâles sont devènus incapables , ils meurent. On a observé que souvent ils restent trop long-lernps unis aus femelles , et que cela nuit à la ponte. La femelle qui a reste long-temps accouplée, meurt avant d'avoir produit tous ses œufs. C'est pour cela que l'on a soin de- séparer les individus après cinq à six heures d'union. Tout aussitôt après leur fécondation, les femelles des vers à soie pondent* leurs œufs. Chacune
d'elles peut en produire çinq cents : on a le soin de les ranger parallèlement les unes après les autres sur des étoffes de drap; quelquefois elles remuent à peine pendant le temps /le Jeur ponte, ce qui fait que leurs œufs se trouvent amoncelés. Souvent elles décrivent une ligne courbe, au long de laquelle elles les éparpillent; enfin, lorsque
• leur ouvrage est fait ^ elles s'affaiblissent et meurent, si on ne précipite pas leur mort èn les donnant aux poules. Tel est à peu près le mode d'existence du bombyeeà soie.
On a dû s'apercevoir que dans l'état de ver ou de chenille , il demeure trente-quatre à trente-cinq jours ; plusieurs auteurs font du-
• rer la période de l'éducation jusqu'à un mois et demi; mais comme plus les vers à soie restent sur leurs claies, plus ils consomment, sans que pour cela les produits soient plus avantageux, il m'a paru inutile de rapporter les diverses opinions qui s'attachent à cette branche d'industrie agricole, me réservant du reste de traiter eh détail dans un autre chapitre tout ce qu'elle peut embrasser.
Toutefois , pendant le temps de l'éducation , le bombyx à soie est sujet à des retours d'âge et à des maladies continuelles. C'est pour le faire arriver de cet état à celui dç bombyx ou de papillon que l'on prend tant
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de soin; et cela s'appelle faire PéJucation des vers à soie. On a écrit depuis long-temps, et on écrit encore tous les jours sur cette partie intéressante de L'agriculture , dont les produits forment une brandie importante du commerce européen. Extraire tout ce qu'il y a de bon parmi les ouvrages qui traitent sur cette matière, serait encore vouloir faire. un ouvrage trop volumineux et en partie inutile: car à la méthode près qui peut varier un peu % dans chaque climat, les vers à soie, dans l'intervalle d'une éducation, sont frappés par une suite d'accidens constans et invariables; ce sont toujours les mêmes mues, les mêmes métamorphoses, les mêmes maladies; on les nourrit avec une seule espèce de feuilles ; on les élève sur des claies ou clayons formant des carrés longs et de différentes di-.
mensions. On facilite leurs travaux en soie en élevant autour d'eux de petits rameaux.
La # pratique étant peu modifiée , chaque auteur doit redire et répéter ce que ses prédécesseurs ont dit, et les mêmes faits doivent souvent amener les mêmes expressions. Toutefois une théorie claire, concise, et en marne temps bien détaillée, doit être. utile à ceux qui se livrent à cette sorte d'éducation. On aime à voir dans un petit cadre bien ordonne tout ce qui se rapporte à l'objet qui nous oc-
s6 HISTOIRE DU BOMBYCE A SOIE.
en pe ; Y esprit se trouve moins fatigue' par l'étude et parla méditation, et il s'élève bientôt au degré de science qu'il lui faut pour agir conséquemment.
Nous allons entreprendre d'exposer cette théorie sans pourtarnt avoir la prétention de ne rien laissera désirer à nos lecteurs. Lorsqu'on é.rit sur une méthode industrielle, on expose les faits, on décrit les détails ; mais souvent les nuances et les inci lens restent dans l'atelier, et ce sont les ouvriers qui nous l'apprennent. \fin d'être lemoinssusceptibles d'erreur et pour mieux remplir le but que nous nous proposons , nous* puiserons dans les écrivains qui,*dans cette partie,* se sont fait une lépulation méritée, et sur lesquels l'opinion a déjà jeté un regard approbateur.
Sauvages, Rosier, Bonnafous, Dandolo, Latreillc , Loiseleur-Delongchamps , nous serviront de guides; peut - ctrq qu'avec de pareils maîtres, nous pourrons espérer d'arriver le plus près possible du but de notre travail.
Toutefois, avant de commencer l'éducatioti du ver à soie, il nous paraît essentiel de parler d<? l'arbre qui le nc/urrit et dont l'histoire se rattache d'une manière particulière à celle de cet insecte.
Genre de plantes dycolilcdones à pe'tales, famille des urticces, dâns leqjie! on distingue dix-huit espèces toutes d'origine exotique. Les principales croissent dans les Indes orientales (1). 1
(ij Division botanique de l'ouvrage de Duhamel , Linné' , Monoe'cie , ordre IV, Tctrandrie*, Jussieu , XV. Dicotilcdones apétalées , genre de fleurs mâles réunies eu chatons; étaimucs séparées du -pistil; ordre 11^. Les orties : calice divisé en quatre folioles avales et couru ves; point de corolle ; étamiues quatre, situées entre chaque foliole du calice: les filumens droits suhuîés , plus longs que le calice ; supportant des anthères ( fleurs femelles réunies sur le même individu , et quelquefois sur des individus séparés ) ; calice à quatre folioles , arrondies , obtuses , persistantes , les deux extérieures opposées rapprochées Vune de l'autre ; point de corolle ; pistil , un ovaire en forme de cœur , surmonté de deux styles allongés , subujés , rudes , rafraîchis , terminés par des ^stigmates simples ; péricarde remplacé par le calice converti en une baie charnue , Succulente , contenant une, quelquefois deux senienceaovales-aigues , dont une avorte ordinairement ; péris peruie blanchâtre ,
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Les mûriers soldes arbres lactescens qui se plaisent dansées pays chauds et s'ëlcvent selon le climat et lc^tcrrain, depuis vingt" jusques à quarante-cinq pieds de haut. Leurs racines sont grosses, rameuses et profondes ; leur bois est d'une belle couleur citrine, plus foncée vers le centre; leur écorcc est rude, profondement gercée et d'une teinte grisâtre ; leurs feuilles sont alternes, souvent lobées , accompagnées de stipules caduques à leur base; leurs fleurs sont verdâtres , uni-sexuelles , disposées en chatons, et prenant naissance aux aisselles des feuilles.
f Leurs fruits sont de petites baies de couleur blanche, noire ou rouge, rangées sur un court pédoncule; ils portent le nom de mures : d'après les cîyraologistes. ce mot dé- .ri xedc t Mauro7i, terme grec qui sigiyfic noir.
charnue de même forme que les semences , recevant Tambryon renverse , courbeen crochets ; cotylédons ohlongs ; fol tarés | planes , étroits , couches Piin sur l'autre ; la radicule supérieure est cylindrique. Carnet, essent. Jleurs monoïques , un calice à quatre folioles , point de corolles , quatre etamiues , deux styles , point de péricarpe; calice , convcrti.cn une haie charnue ; les tlcurs femelles sont nombreuses , ramassées un peu lâchement sur un . reccplablc commun. Chaque ovaire se convertit en une haie succulente , dont la réunion forme les fruits que l'on nomme mûres.
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Les mûriers ont beaucoup de vigueur et pous'seut rapidement. Ceux qu'on greffe ou qu'on marcotte sont vieux à vingt ans , et meurent à vingt-cinq ans. Mais les mûriers sauvageons vivent plusieurs sièfclcs : ils sont robustes et résistent aux plus rudes hivers ; on les voit prospérer jusque sens le cinquantième degré de latitude septentrionale.
Les anciens connaissaient le mûrier; la fa- Me de Pyramc et Thisbé en est une preuve.
Dioscorideef Pline entrent dails quelques détails sur les propriétés médicinales et les caractères physiques de cet arbre. Pline l'appelle le plus prudent de tous les "arbres, parce qu'il développe ses feuilles trèstard.
De nombreux écrivains naturalistes, parmi lesquels on doit mettre au premier rang Ollivier de Serre, Duhamel, ISauvages et Castanet, ont traité dans les plus longs détails de la culture du mûrier. Quoi qu'il en soit , cet arbre n'est devenu précieux qu'à cause de ses feuilles , qui sont l'unique nourriture des vers à soie. Partout l'arbre a suivi l'insecte, et la propagation de l'un a amené naturellement celle de l'autre.
Toutefois je dois observer que soit da-ns l'Asie mineure, soit en Europe , il n'y avait anciennement que Je mûcicr noir qui fût con-
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nu , encore était-ii rare et néglige. On ne s'occupait guère de sa culture que dans les propriétés des grands seigneurs , où il se trouvait placé cojnûje plante de luxe et ornement.
. Les qualités supérieures du mûrier blanc ont rendu son espèce précieuse à tous les cultivateurs des provinces qui se livrent à l'éducation des vers à soie, de sorte que sa propagation en. France et en Europe s'est faite rapidement et offre les mêmes faits et les mêmes circonstances que celle de ces insectes.
«La matière que je traite ne me permet
pas. de parler du mûrier en botaniste; je veux diré de ine'tendrc sur tout ce qui concerne les caractères physiques des espèces et des k variétcs de ce genre de plante, jé dois ine borner même à un simple exposé sur ce qui a rapport à la culture de l'espèce que l'usage a reconnue propre à la nourriture des vers à soie, et si j'èntre dans quelques' détails, c'est parce que je le crois nécessaire au développement de mon sujet.
Si, comme le dit Rosier, Pécorce du mûrier est un assemblage de fibres soyeuses qui se prolongent jusques aux extrémités, et font la. base de leurs nervures et de leurs parties charnues , les agronomes ont eu raison de peu-
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ser que la qualité de l'arbre influe beaucou p su r la qualité de la soie , et alors on sent combien il est devenu importait d'être fixé sur l'espèce et la variété' que l'on doit cultiver de préférence.
Le naturaliste suédois dans la' vingt et unième classe de son Système sexuel donne la dèscription botanique de plusieurs espèces de mûrier, dont les principales sont :
Le mûrier à papier, morus papjrifera , originaire du Japon, feuilles palmées, fruits hérissés.
Le mûrier de Tartarie, morus lartarica / il croît aux environ* d'Asoff.
Mûrier de teinturier, rtiorus tinctoria, feuilles oblongues, prolongées d'un côté; épines axillaircs; originaire du Brésil, croît aussi dans la Jamaïque.
Enfin le mûrier blanc, morus alba y feuilles obliquement cordiformes lisses.
Et le mûrier noir, morus rdgra, feuilles cordiformes rudes , originaires l'un çt l'autre des Indes orientales.
Ces deux dernières espèces sont les seules que l'on cultive pour la nourriture des vers à soie; mais les greffes, les marcottes, les boutures, les semis sur des terrains differens en ont tellement multiplié les variétés, qu'il devient impossible d'établir une division exacte
et naturelle, et deux raisons semblent s-'y opposer,
« La première est que certaines de ces variétés naissent de circonstances accidentelles, et ne sont pas toujours constantes. La seconde est que les variétés se subdivisent ou plutôt se mfcdifient selon le terrain et l'exposition, à tel point que le plus souvent on ne peut s'y reconnaître même dans les difîërens cantons où ils sont cultives, c'est ce qui fait que les écrivains agronomes se contentent de rapporter les divisions établies par d'habiles , cultivateurs. Ainsi Rosier et les commentateurs de Duhamel embrassent l'opinion de Constant Castanet sur les variétés des espèces sauvages et greffées ; Loî&eleur - Delong- , champs se contente de celle de M. Àudibert de Tarascon. Du reste, l'un et Vautre de ces deux observateurs ont établi leurs variétés sur des signes constans et invariables produits dans les espèces par des cauAs qui nous sont inconnues. Leur théorie est bonne, puispuisqu'elle a la nature et la vérité pour appui. Nous nous contenterons donc d'en faire usage, et nous le ferons avec d'autant plus de confiance, que nos naturalistes modernes nous en donnent l'exemple. Ainsi, sans rechercher la çausedes modifications continuelles qu'éprouvât par le laps du temps lis espèces ,
végétales , modifications qui pourtant paraissent être le fruit des changemcns de culture, de terrains et de climat, nous dirons que parmi les dix-huit espèces connues de mûriers , les auteurs sont d'accord que la feuille du plus grand nombre peut servir à la nourriture des vers à soie. Mais en Europe et en France surtout , on n'emploie que les deux espèces connues sous les noms de mûrier noir et mûrier blanc. Le mûrier noir, improprement appelé d'Espagne, mûrier à fruit noir de Duhamel, a / pour caractère distinctif, d'après les botanistes , feuilles ovales ,-e'chancrées en cœur , entières , inégalement dentées. C'est un grand arbre d'une forme presque ronde, qui dans les contrées méridionales de la France s'élève jusqu'à cinquante pieds de haut. Il a les racines profondes et ligneuses, le bois dur et pesant , l'écorce rude et profondément gercée, les branches longues, inégales, nombreuses et cofftournees, les rameaux courts et luisàns^ chargés de feuilles pétiolées, cordiformes % aiguës , dentées, ru-» des, légèrement pubescentes, simples, et quelquefois réunies en plusieurs lobes; les fleurs dioïques, presque sessilesj les fruits ovales, oblongs et d'un noir purpurin.
On croit généralement que le mûrier noir ^est originaire de la Chine; quelques auteurs
p refendent qu'il est d'origine persane; ees diverses opinions tiennent à ce que, depuis un temps immémorial, cet arbre est connu dans la plus grande partie de l'Asie, et surtout en Perse. L'Europe le possède depuis très-long- temps dans ses contrées. Les auteurs anciens en parlent comme d'un arbre ordinaire et commun , dont l'indigénéité paraissait recormue.Tliéophrasterappelle le sycomoron; Pline et Dioscoridc lui attribuent des vertus merveilleuses. Aes Romains mangeaient son fruit au dessert; ils remployaient pour donner de la couleur à leurs liqueurs fermentées, # usage qui trouve encore des imitateurs. Cependant le mûrier noir, avant l'introduction du ver à soie en Europe, n'était guère considère que comme un arbre très-ordinaire, et que Ton cultivait à peine. Depuis lors l'espèce s'en est répandue, surtout en Espagne et en Calabre, et elle coopère, ainsi que celle du mûritr blanc, à la nourriture du ver à soie. Cependant sa feuille est beaucoup moins estimée que celle de ce dernier; elle est moins tendre, plus épaisse, et fournit une soie moins brillante. On ne la donne dans le midi de la France que sur la fin de l'éducation. En Italie et en Espagne on. ne fait point cetîe différence, on la distribue indistinctement au ver à soie avec celle du mûrier blanc. Aussi
dit-on que c'est pour cela que les soies de ces .contrées sont plus fortes, plus corsées, mais beaucoup moins brillantes que celles des pays où les éducations se font avec le mûrier blanc. Le mûrier noir croît rapidement et devient très-vieux, surtout lorsqu'il est multiplie par le moyen des semis. Ses feuilles ne commencent à se développer que clans le courant d'avril et dans te commencement de mai, selon les climats. Ses fleurs sVpanouissent dans le mois de juin, et ses fruits sont bonsà cueillir en juillet. Ils restent sur l'arbre dans l'état de maturité jusqu'en septembrej l'on peut alors sans inconvénient les faire ramasser pour en extraire la graine. La culture du mûrier noir qpigeant le même soin, le même terrain, la même exposition que celle du mûrier blanc, nous confondrons dans un même expose ce qui a rapport à la culture de ces deux espèces.
Le mûrier blanc, morus alba , est un arbre d'une grandeur médiocre, originaire de la Chine et actuellement cultivé dans toute l'Europe.
Ses racines sont longues, ligneîjsesçt d'un blanc pâle; son bois est dur et d'im l>eau jaune , un peu fonce au centre et légèrement nuancé. Son écorec, médiocrement épaisse, offre, sur toute sa surface, des gerçures iné-
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gales plus ou moins profondes ; ses branches cparses et diffuses, sont rarement droites , et forment, par leur direction divergente, unç Ggure rhomboïde un peu eVase'e sur son sommet. Ses rameaux , courts et nombreux, sont chargés de feuilles çordiforraes, minces, dentées en scie, terminées en pointe, un peu rudes , souvent simples , et quelquefois divisées en plusieurs lobes- Ses fleurs sont monoïques et disposées en chatons. Ses fruits sont de petites baies .allongées, blanchâtres ou d'un rouge purpurin.
Dans les contrées méridionales , le mûrier blanc développe ses feuilles en mars et avril ; dans le nord et dans les pays montagneux et froids des hautes Cévenne^ à peine le voiton bourgeonner en mai : ce qui avance ou retarde l'époque de l'éducation sans nuire au ver ; car la nature a soin de ne faite éclore celui-ci que lorsque les feuilles qui doivent lui servir de nourriture commencent à s'épanouir.
Les qualités supérieures que l'on a reconnues dans les feuilles de cet arbre , l'ont rendu l'objet d'un soin spécial, et l'on a négli- 1 gé en France toutes les autres espèces pour ceîle-ci. '
A l'époque de son introduction dans le royaume, on ne fit des plantations que sur
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les bords du Rhône , depuis Montclimart jusquesau Saint-Esprit; niais sous Henri IV on étendit ces plantations dans les provinces du centre. Quinze raille plants furent transportés du midi dans* la capitale, parles soins d'Ollivier de Serre, pour peupler les jardins royaux. Enfin ;Colbert en fit planter dans toute la France.
Mais soit négligence soit la nature du terrain , soit encore un climat incompatible avec l'espèce, il ne. reste de ces nonil/renses plantations que lé souvenir que nous a en garde l'histoire, ce gui est toujours quelque chose en faveur des rois et des miuistres qui les provoquèrent. - ;
Cependant le mûrier blanc a trouve' un ciel favorable tlans le Danphiné, la. Provence et le Languedoc , et la nature a permis qu'il y prospérât. On le trouve dans ces pays sur toutes les espèces de terrains qui lui sont avantageux, et souvent sur ceux qui ne le sont pas j n'importe, il vient partout grand et vigoureux : tellement la nature du climat l'emporte sur toutes les ressources agricoles industrielles. •
Le mûrier blanc est un de ces arbres qui \ par les semis , les greffes et les genres divers de culture, est susceptible de voir modifier ses forni-cs physiques et altérer ses carac-