FILAGE £T DÉVIDAGE
j'eau de rivière , pour changer celle de la bassine deux ou trois fois par jour, afin d'empechtf la corruption et le délustrâgede la soie. La devideuse, à cet effet enlevé de temps à autre les fèves, le$ cocons' remplis l'eau èt ceux dont il ne resle-qu'e IVnyeloppe gorameuse. . < ,
Les^Qins particuliers de la personne qui dévide la soie des cocons sont dé tenir l'eau au degré' de chaleur convenable, d'ajuster les fils qui se rompent , de les fortifier s'il est nécessaire, d'ajouter de' nouveaux cocons, au fur et à mesurte que ceux de la bassine s'épuiaçnt,.dé conduire bipn sôij fit^ et de le foire le plus égal possible. On n'enlève les éc^eveaux d^ la roue que te soir; et fl n'est pas mal, même lorsqu'on a, des roues supplémentaires; de les laisser jusqu'au lendemain : là soie s'en trouv^ beaucoup mieuf.
* DE LA SOfE.
Desgs dénominations particulières , et des différentes modifications quelle épïouve< avant d'être employée pour la fabrication des étoffes. . -
La soie est une matière gorfcmeuse, éfah aspect brillant et vernissé, que' le bombyce à mûrier file naturellement , et à laquelle par des moyens mécaniques , l'industrie fait prendre la forme et la couleur convenables au dessein qu'elle se propose.
Là surface extérieure du cocon est recouverte d'une matière légère, déliée et blanchâtre, 'que l'on appelle bourre 0% bave.
Cette matière , peignée et cordée , prend le nom de fleuret fin ou de^preraière qualité; les cocons inférieurs que l'on ne tire pas, renv'eloppe ; gotnmeuse qui reste sur la chrysalide» après le tirage j forment le fleuret de seconde^qualité.
Pour le préparer, on sépare les coqueç de
l66 DE LA SOIf£.
leur fcvey ôn les reWt^vec les, soies gros?, sières qui sypt le ré£5du du devidaged.es cocons fins , on les fait trepper pondant plusieurs jours tlans de l'eau qué l'on a soin /le renouveler de temps en tempf. Lors- qu'elles sont assez ramollies , on le* fatt .bouillir pendant une heure dans, une solution ' alkaline , ou seulement dans une eau de lessive. Après , on les lave avec de. l'eau de rivière, on les fait sécher, et ensuite oh les carde et les peigne comme nous avons dit ci-dessus. Le fleuret de première et dé seconde qualité, filé au.. fuseau ou au rouet, pwfcd le nom de filoselle.'et s'employe , soit aii\si y soit après le décreusage et la teinture, pour la fabrication des étoffes'. # *
Lâ soie dévidée (Je dessus le cocon, et sortie de la roue enécheveanx, pprte le nom de soie grège ou grèsc ; dans cet état . elle n'est ni bien lustrée , ni bien unie , elle est recouverte pw des 'oorps étratfgers et raboteijx qf i' rénctent son emploi difficile , pour ne pa$ dire impossible; c'est pour lui donner la flexibilité ^ la s<flidité , le lustre et le poli^ nécessaires qu'on Ut soumet âu.mouiinagff; on comprend sous cette dénomination toutes les opérations depuis le tirage jusqû*à la teinture j et ces opérations se nomffient apprêts on appelle soie crue ou éci'ue , celle
DE .LA SOIE. l6j
quia passe seufcuient par l'action .du moulin, et qui a •été tordue ou retordue , selon sa destination , les soies grescs et écrues > s'achètent ordinairement de première main ; ce sont les gens de la Campagne, et les éducateurs qui les livrent au commerce.
On appelle soie cuite , celle à laquelle on a fak subir une heure d'ébullition pour en faciliter le dévidage, et, on donne le\uom' de soie décreusée , à celle que Ton traite à la température de l'ébullition par des quantités indéterminées de savon et d'eau; cet .ipprêt est le dernier qu'éprouve la soie pour être soumise immédiatement à l'action des nyitières colorantes.
Ou manipule la soie pour la confection des étoiles pir dés moyens mécaniques; les fils île soie sont faits pour former la chaîne et le tissu. #
On appelle trame une soiç grèse ou grège qui se dévide sur des crochets à brins simples , et se redévide à brins doubles, et quelquefois, mais rarement; , à brins triples. Les soies ovalces portent aussi le nom de trame , ce sont plusieurs brins de soie tordus ensemble au moyen d'une machine particrtlièré.
Le pcfil est wne sorte do soie gregç à laquelle ou donne l'apprêt à brin simple.-
On appelle organsin iç fil qui compose
l6B DE LA SOIE.
la chaîne des étoffes j la fatigue continuelle qu'il éprouve dans la manutention dy tissage , exige un degré' de force et de bonté , qui n'est point nécessaire à la trame ; l'organsin est composé de deux, de trois, et même de quatre brins de soie , mais le plus commun est de deux brins.
Chaque brin de .soie grège, destiné à la composition de l'organsin , doit être tordit séparément sur lui-même, et retordu ensuite, ce qui s'appelle premier et second apprêt.
Ces brins, mis et tordus ensemble , forment la soie organsinée.
L'organsinage s'opère par le çioyen d'un moulin fait exprès , c'est l'opération la p^is importante de toutes , celle que nécessite la soie brute pour être soumise à l'industrie manufacturière. 11 n'entre point dans le petit cadre quç je me suis tracé, de détailler l'ensemble de cette' opération , ni de décrire le moiflin , produit ingénieux de la patience et du génie j je pense en avoir dit assez pour donner une idée des modifications qu'éprouvent les soies greses avant d'être soumises à la' teinture. i.\ . Je n<? dois cependant pas passer sous silence les faits qui peuvent faire une réputatiern honorable aux peuples industriels auxquels nous devons le perfectionnement des ■
DE LA SOIE* ' ' , l6g
machines pour les apprêts de la soie. C'est' de Bologne que nous sont venus les*meil leurs moyens pour organsiner la soie , et longtemps cette cile a passe pour donner les meilleurs organsins de l'Europe. Mais le Piémont, soit pàr adresse , soit autrement , leur a ravi cette réputation ; il a perfectionné le moulin pour organsiner , ainsi que le tour pour le dévidage, et il anjoui à son tour du fruit de son industrie.
Enfin , dans le simple dernier , plusieurs ' négocians recoinmàndables de Lyon et du Dauphiné établirent enlfe l'Isère et le Rhô- < ne des QtàjRpé j>o\iv organsiner la sôie à l'instar de celui d ^Piémont; plusieurs d'entre eux perfectionnèrent même cette machine ingénieuse, et depuis lors la France rivalise . avec les autres pays à éducation , po\jr la beauté et la (inesse des soies écrues.
Je' vais parler dans, le chapitre suivant de la qualité des différentes soies d'Eurqpe , et j'aurai soin défaire remarquer les peuples, qui ont fait le plus de progrès, dai» cette branche tl'iïjduslrie. • •
Et de ses mutÊLtions commemiaXes.
Si les créations de la nature n'avaient pas un principe d'utilité etje grandeur; si toutes
ginatii
auteur pourrait avec quelque raison se livrer au yagoe du romanesque et du merveilleux , sur un insecte qui après avoir passé les quelque%instans de sa vie danfe les accès d'une voracité brutale, ou dans un. état ^d'inertie absolu, Vendort à la suite de trois jours de travail d^n s un soinnteil tranquille, opère dans le silence de la retraitât sans le secours d'aucune force vitale , Page 4e sa yjrilité, renaît, si £bn peut tinsi dire, pour ï^pfoduire et picKirir , et laisse, après lui Jçs riches pro-
Jes diyers états de T Europe serait,. à mon
avis , ira^ouvrage aussi intéressant qu*agréablc pour toute sorte de lecteurs. ;Le philosophe surtout qui aime à étudier les causes du perfectionnement social y verrait le génie actif et persévérant de l'industrie prendre un ascendant dominateur sur la barbarie et la grossièreté des premiers âges , et multipliant par d'ingénieux moyens les jouissances et les douceurs delà *ie civile, paraître sur laa^oue de la civilisation avec tousles attributs de la perfection et de la gloire.
Mais ir verrait aussi «à regret les grandes vertus, la simplicité des mœurs, et même les forces physiques décliner à proportion des progrès de la puissance industrielle , et l'espace qui sépare les Grecs de Solon de ceux d'Alexandre, et les Romains de Tullius de ceux d'iïéliogabale , seraient à sçs yeux le grand livre des compensations de la vie politique des peuples.
Toutefois ce n'est pas nous" qui entreprendrons un pareil ouvrage , et quand même nous aurions le talent et le savoir nécessaire, les bornes de cê Manuel ne nous permettraient pa? ce plaisir.
Ce n'est donc que d'une manière générale que nous pouvons parler des diîïlii en tes soies de l'Asie et de l'Europe: Tout ce que Fo#i peut exiger de nous , c'est de ne rien omettre
l*]! DE LA SOIE.
d'essentiel stir tin sujet si intéressant j et c'est ce qu£ 11 Oïrç tâcher oas de faire. . . - ' 'Lés Chinois furent" les preniié)?s peuples ♦qui mirent à profit les coques du bombycç à stffc j ils trouvèrent le ifioyen d'en dévider le fil , et de le mettre en étoffes , et bientôt arprès cette découverte les peaux pesantes et grossières, qui servaient à Tes velir furent remplacées p^r le tisfci 'brillant et léger que la nature et l'industrie" leur offraient. •
Du moment que la soie devint pour la Ghjnè une source nouvelle de richesses et de prospérité;, les bombyees à soie qui jusqufalors * ayaiént été" . négligés , furent é cul- ' ; tivips avec soin , et leurs produits devinrent si considérables»que la seule province Tcheluairg put' fournir tout l'empire,' et il fallxrt chèrôher lin débouche' pour le superflu* l'intérêt i'en^)ort%suM'esprit de superstition et de jalousie quLjnterdisâient tout cominerce extérieur ti<£ Chinois seliefent avec les Indous. leurs voisins , et ils échangèrent Heur soie pour les épices et pour les parfums de
Les historiens ne peuvéntnous dire combien dùra*ce # tràfic; mais il est Certain que les fajlohs . ne tardèrent pas à s'approprier iA genre d'industrie qui offrait de si gra-nds avantages ; les njûrîcirs et lés vers à soiefu-
rent introduits et cultives dans les plaines qui bordent le Gange et le Sinde, de sorte que . depuis un temps immémorial l'Indcuistan se » passe des soies de la Chine, et depuis dix siècles il vend son superflu aux nations industrielles de l'Europe.
La Perse fut la première, après Tlndoustan, qui profita de la découverte précieuse «des i • Chinois. Cependant malgré la beauté de son climat et la fertilité' de sa terre Végétale, maigre' tous le$ avantages qui peuvent rendre facile là propagation di\ ver a soie et de ' - i
l'arbre èfhi le nourrit, ce ne fut que lentement et par le laps du temps qu'elle sç mit à même de se fournir de la soie , et d'en vendre à ses voisins. ' * ' 1
Mais lorsque les princes tartares- eurent envahi l'Orient 7 la plupart d'entre eux établirent le siégé de leur empire en Chine et en Perse. Alors cette dfcrnière contrée, dominatrice 4 es provinces d'en-delà de l'Indus , profita de $012 influence guerrière pour s'approprier une partie de la science irfdu$trielle des Indous. Et par-là elle se mit au premier , ( rang parmi les nations de l'Asie qui commerçaient sur les soies. .
L'ancienne Europe demeurâ j long-temps sans connaître la soie ; cette matière était si rare dans ses contrées ; que, pendant près de
raille ans, elle. s'y vendait *aù pbid& de J'or. Les ^Romains, sous la république', employèrent rarement les étoffes de soie p.ouV vçterrrcnt; cé*nô fut qu après les conquêtes de Pompée, en Asie, jet sous ie.dè§potisinc des empereurs, que les richesses et l'opujencé en amenèrent l'usage. Alors, tomjne je l'ai dit, on donnait une livre d'or pour une livre de soie; et œ jiVfut que vers le quatrième siècle, qne ce prix exorbitant commença à diminuer. La plupart des soies que l^'on vendait dans l'ancienne Jlome , venaient de la Perse et de l'Inde, par l'Égypte ou pauBizànce; on croyait :ge'neralement que'^c'e'tait de Seîindhâ^ville de la Seriqyc, province com- .prise dans l'ancien royaume de Délhy, que sortait toute ta soie de l'Inde : voilà pourquoi, sans-douîe,, on lui donna le nom de ' Sericum. #
. Cependant le commerce de la soie , en Eut rope, était si peu considérable alors, qu'il • n'y avait ni règlement, ni marchés détermines pourlës rentes} ce n'était que par occasioç que^e faisait ce négoce; et les occasions devaient être rares, puisque les soies , qui valaient a Rome dquze cents francs la livre , ne coûtent maintenant, à>Smyme, que de quatre 'à cinq centk frahcsVChqse siriguîière î la culture du mûrier et L'éducation dû ver à soie,
uigitizsd Dy
DE LA SOJ£.
introduites clans la Grèce, vers le milieu du sixième siècle, y firent des progrès étonnaus; et cinq cents ans se passèrent avant que le reste de l'Europe songeât à imiter la Grèce ; de sorte qi^p ce ne fut qu'après l'expédition de Roger, que la soie devint un peu Commune sur le continent. Mais, à dater de cette époque, la propagation du mûrier et des vers à soie s'et faite rapidem&nt en Italie , datis le Çiémont, en Espagne et dans toutes les contrées méridionales. On a f?ti, des manufactures pour mouliner et déerdiiscr la soie, des fabriques pour la mettre en étoffes, des marchés pour la vendre, des tarifs et des prix pour celles de chaquç c#ntréfe; clic est devenue la source d'un commerce continental, immense et brillant, qui, de siècle en siècle, appris delà croissance et de la forac. J'estimeactuellemeut que cent^fequante mille l^lles de soie, chacune du poids de cent cinquante livres», se consomment annuellement dans les manufactures de l'Europe, dont le tiers seulement est fourni par les Asiatiques.
Les soies étrangères sont celles de la Chine , de l'Inde, du Japon et de laTerse; les soies de la Chine, lorsqu'elles ont été biôn tirées, sont fort belles et donnent peu de (Jcchet h la teinture; les soies blanches de ce pays sdnt recherchées nour la fabrication des blondes
\ijj6 DE LÀ* SOIE.
et desgazp?. Leij^glais, les Français et les HplUndals les tirent de Canton!, où les Chinois lès transportait de l'intérteip des provinces} eHès se vendent en' balles; le prix* varie "çû raison, de la qualité^ et |ji livre vaut ordinairement de'trois à cinq francs. Les Chinois sont extrêmement rusés et fripons) lorsqu'on fait des achats dé soies à Canton, il faut être bien au fatt de son affaire , sans cela on est, sûr d'êtrè tronipé. Ils ne se font ças scrupule de mélanger les soies et de vous donner line l}ualité4>our l'autre , c'est au négociànt à se métrre sur ses gardes. Du reste , v la Chine est le jyiys qui fournit ^ moins de sbie à' l'Esope , auoique ce soit celui de l'univers qui -en produise le plus. iLa çherté du transport, les risfcpies d'un voyage lointain d'yne tr^rfcte souvent pénible et orageuse, la difficulté cm échanges ,.Ia mauvaise foi des négoeians de. Canton, .sont les causes qi^, pôur la plùpart du temps , empêchent les Européens de 1 se livrer avec confiance à des. entreprises de cè genre. Les soiçs dé la Ch me. i^ous - arrivant ep partie écrues et en* partie ouvrées. c
L'ïncte fournit beaucoup de soie ,*<tont la plus grande partie se consomme dans l'intérieur ou «pays. Xe reste es* envoyé en Euçope, pour alimenter les manufactures an-
glaises. Avant l'envahissement rapide des Indes par les Anglais , les Indous vendaient leurs soies aux Français, aux Portugais et à toutes les nations cômmerçantcsqui venaient trafiquer sur leurs parages. Maintenant les dominateurs du Bengale , qui se disent les restaurateurs de la liberté des' peuples, ne permettent-pas à leurs esclaves ce commerce intérieur. Ils leur disputent lç droit de vendre à qui bon leur semble le produit de leurvûidustrie; et soit jalousie, soit calcul* soit pour cacher leur odieux despotisme , ils éloignent, par des entraves et des difficultés toujours nouvelles, des ports de l'Indoustan, tout vaisseau étranger qui ne porte pas leur couleur, ou qui ne traite pas directement avec eux* Obligés, (Ravoir les soies de l'Inde de seconde main , et surtout de les avoir par des mains anglaises, on doit bien s'imaginer que les Européens ne st soucient guère A'aller uiser dans cette source pour approvisionner eurs fabriques.
Le Japon est la contrée de l'Orient qui fournit le plus de soie. On estime à cent mille quintaux sa récolte annuelle , et à quatre . cent mille quintaux sa récolte èe filoselle.
Aussi jaloux et beaucoup moiris civilisés que les Chinois , les Japonais ne veulent faire alliance avec aucun peuple - r et ils aiment
mieux consommer leurs produits ou les voir perdre '.que de lier quelques relations commerciales avec des étrangers. Cependant , par une singulière bizarrerie , ils tolèrent Us Hollandais, et leur permettent d'importer leurs marchandises; et depuis plusieurs siècles, ce. peuple est le sèll de l'Europe qui tire des soies du Japon.
La Perse est le pays- qui fournit le plus de soie à l'Europe; c'est elle qui depuis trois siècles supplée à nos mauvaises récoltes et aux besoins journaliers de nos fabriques.
Les soies de Perse viennent à Smyrne par la voie des caravanes. Les Arméniens les achètent à Ardeuil , ville de Perse , qui depuis bien long- temps sert d'entrepôt général a toutes les soies de l'empire, ils font ce coni- " merce toute l'aimée; ce qui fait qu'en tout .temps oli trouve des soies à volonté dans Smy*ne, dans Alep *t dans tous les ports
de l'Orient. .
Dans le dix-septième siècle, les Anglais, qui voulaient à tout prix s'emparer du commerce de l'Asie, et qui voyaient aveoun œil jaloux la prépondérance que les Portugais avaient dans la mer des Indes, cherchèrent, sous le règne de Schah-Nadir, à changer la direction du commerce des soies de la Perse, et 'a le porter sur la Russie. Us savaient que
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DE LA SOIE. l"ng
le Volga , qui traverse ce vaste empire * va t se perdre dans la mer Caspienne , que sur les bords de cette mer , qui longe la Russie et la Pferse, «e trouvent Ghilan, Schirevan , Schamarchia, Mazeradam, villes qui reçoivent les soies des provinces septentrionales de la Perse, les meilleures de tout l'empire. Ils firent donc partir de Çasan un bon vaisseau, sohs le commandement d'un certain Elton , qui avait lui-même propose' ce projet à la compagnie anglaise de Saint-Pétersbourg. Mais cette expédition ne fut point heureuse. Elton resta avec Schah-Nadir; le vaisseau retourna à Casan avec une cargaison qui ne satisfit point les auteurs de cette entreprise - 7 enfim le projet des Àng^is échoua parles entraves que les marchands arméniens et russes avaient soin de faire naître j el le commerce des soies de Perse continua de se faire par Alep , Smyrne et Constaiïtinople. Mais depuis long - temps les Anglais n'ont plus à redouter une importune rivalité. Maîtres des Indes et des plus belles îles de TOcéan, exerçànt sûr toutes les jnerS une influence souveraine, non-seulement ils ont la • facilité de fournir leurs manufactures de£ soies de l'Asie et de la Turquie d'Europe, m^s ils peuvent, quand il leur plaît, accaparer celle du continent, ou élu moins la.
mettre aux enchères, et la faire payer cher ' à leurs <;ôncurrens. i >*
, Les soies des quatre grands empires de l'Asie dont nous venons de parlç*, celles de la ^Turquie d'Europe quc.fournissent en partie'les îles de L'Archipel , sont d'un jaune clair et de bonne qualité; on les achète le plus ordinairement grèses- ou metasses ; elles se vendent à la rotte ou à l'ocos dans Smyrne et dan$:Alep , et au picol dans la province de Canton ( ce sont des poids particuliers aux différentes places de ces contrées ). Pour fixer sur ce # oint nos lecteurs, nous dirons que les soies de Perse , celles de Chine , et enfin cellfes de l'Archipel ne se vendent guère plus eu» quatre ^six francs la livrt. > * , -
Nous avons dit que les soies de L'Orient n'éntraient guère que pour un tiers dans 'la consommation des manufactures d'Europe.
11 faut donc que les contréeà méridionales de cette partie du mondé en fournissent bcau r coup, puisque, l'on y compte plusieurs mille mamifacttiFçs de soie , et plus de cent mille Jiiétiéiç. fia effet la Sicilé, l'Italie , le Pie- TûQht , l'Espagn v e , la France , produisent des * soies en quantité , et je pense qu'elles pourraient enprodijire davantage et se passer de celles de l'Asié , si on voulait tirer parti .climat et de f industrie des habitons. 4
DE LA .SOIE. ifJi
Les avantages que les scies de l'Asie ont sur celles de l'Europe, sont la finesse, la force, et^ celui, non nfoins important pour le commerce) de se vendre en toute saison. En Europe, après la récolte, le paysan vend sa soie, ou dans des marchés particuliers , ou dans des foires , ou enfin à des marchands ambulans qui viennent la lui demander : dans moins d'un mois toutea les soies grèses d'une récolte passent dans le haut commerce pour être préparées et mises en étoffes, et il serait difficile après les ventes d'éjé qui se font en juillet ou dans le commencement d'août , de trouver des soies grèses metasses ou crues dans aucun marché.
Les fabriques de France et d'Angleterre consomment la plus grande partie des soies, indigènes. L'Allemagne, la Suisse J l'Italie, FEspagne ont quelques fabriquefqui , toutes comprises, ne consomment pas le tiers, du produit continental. Ainsi, le superflu de la Sicile, de l'Italie , toutes les soies du Piémont , et une grande partie de celles d'Espagne, passent en France ou en Angleterre.
Les, pays à éducations, les plus fertiles en soie, sont lè -Piémont et l'Italie; .le Piémont vend presque toutes ses soies à la Fraiicc, moulinées et or^insiuéesj l'Italie, et sur- , tout Milan, Modène, Parme .et Plaisance,
font ,pas$ôr les leurs en Allemagne, en Suisse et en France, dans l'état grèse et organsiftées.
Les villes de Talcnce.et de Barcelone cmployent une partie des soies de l'Espagne ; le reste est vendu , non moulinées, aux étrangers. La Sicile ne consomme pas toutesr les jsoies qu'elle récolte; elle vend son superflu aux Génois , aux Lucquois et à tous les habitans des côtes de la Méditerranée , qui, à leur tournes revendent à l'Angleterre et à la France.
En général les soips de Piémont, celles de Bologne y tfe Milan £t de Bergame sont «les plus recherchées et'toujours les mieux vendues.
Le prix des'soies d'Europe varie en raison des récoltes. En foire de Bcaucaire, j'ai vu la soie grè&e^ non moulinée , valoir quatorze et quinze ffancs*, et d'âutres fois je l'ai vu vendre vingt-cinq et vingt-six francs ; c'est „ presque toujours à cette foire que le prix des soies. d'Italie , de Fcance et d'Espagne , s'établit. Là France ne récolte guère de soie * f que dans le Languedoc, la Provence et le Dauphiçé ; les\ manufactures de Nîmes , de Toulouse y d'Audi , Consomment celles du Languedoc; les fabriques d'Avignon consommaient celle de la Provence^ et le peu de soie qui se fait dans le Vivarais et dans le Dau-
phinc se vend en foire de îJeaucairc , ou se trouve acheté par les Lyonnais.
Les soies de France sont presque toutes jaunes, je dis presque, parce que les grands fabricans de soie grèse font le triage de leurs cocons , pour faire tirer les blancs à part , ce qui leur donne de la sbie blanche ; d'un autre côté , depuis quelques années , on cultive dans l'arrondissement d'Alais une espèce de ver à soie venue de Chine, qui fait des cocons blancs , et cette espèce précieuse commence à se propager dans nos déparlemens méridionaux , ce qui donne au commerce un peu plus de soie blanche. .
Enfin, on voit , d'après cet exposé /que les nombreuses fabriques de soieries de Lyon, celles de Tours , de Paris et de Rouen , ne peuvent être alimcnte'es par les soies de la France , il faut donc qu'elles aient recours à l'étranger.
Ce sont les Italiens , les Piémontais et les Grecs - Arméniens qui les fournissent. Les* villes de Tours et de Lyon furent les premières en France où il s'établit des manu«factures de soierie.
Mais la résidence des papes à Avignon, dans le treizième siècle, rendit bientôt cette ville manufacturière et commerçante, par la raison que les Bolonais et les sujets des
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états romains, qui alors faisaient un grand commerce de soie , s'y établirent et y firent valoir leur industrie; elle fut, pendant trois sièdes, la rivale de Bologne et de Valence , et la seule en France que Ton distinguait par la béauté, la solidité de ses étoffes. Âu dixseptième siècle , Avignon comptait dans ses .murs, d'après le calcul de Savary, quatre cents moulins à mouliner la soie, et plus de dix-huit cents métiers. Maintenant Nîmes l'empprfe sur Avignon, et Lyon l'emporte sur toutes lés villes de France et d'Angleterre, par son immense commerce de soi£rie, et Ma beauté , l'éclat , la variété et la supériorité de «es étoffes. Lyon seul consomme plus dei soie que toutes les villes manufacturières de France ensemble , et apnée I Commune six mille balles de soie sont em- | ployées par les métiers et les fabriques de ceUe ville.
Il faut avouer que depuis bien longtemps Lyon a joui des privilèges qui ont stimulé son industrie et agrandi son commerce.
A compter de Henri IV jusqu'à Louis XV , plus de vingt édits.ont été dohnés en faveur du côiumerce'èe cette cité; et tojit lui assurait l'avantage exclusif du passage dans ses ^ murs des soies étrangères. Il faut joindre à cela îespjit industriel et actif des Lyonnais,
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leur amour pour le travail,» cette louable ambition de n'avoir point de rivaux , qui est l'ame de l'industrie; ce goût varié et brillant pour tout ce qui tient aux objets de luxe et de mode 7 toutes choses qui non moins que les edits et les privilèges, rendent une cite' puissante et riche.
Tel est à peu près ce que j'ai cri^ devoir dire sur la soie et sur ce qui a rapport à son commerce. Je conviens que j'ai abrégé la matière tant que j'ai pu , et que je n'ai cité qu'en courant des choses essentielles. Ceux qui sont instruits dans le commerce immense et varié de la soie , verront de grandes lacunes ; mais ils me feront grâce en faveur du titre de mon ouvrage. Si j'eusse été plus long sur une matière qui , pour être bien traitée, demande plusieurs volumes, peutêtre j'aurais mérité la critique ; car alors j'aurais écrit avec quelques prétentions.