HALLSTATT
tique peut reconnaître, comme les noms de lieux et de personnes conservés dans les textes ou les inscriptions.
La civilisation de Hallstatt comprendrait, d'après II. Hoernes, deux zones ; Tune, au sud, formée de la Carniole, la Styrie méridionale, la Carinthie et le Tyrol, dans laquelle dominerait l'influence des Illyriens ; l'autre, au nord, s'étendant sur la Basse et la Haute Autriche, la Hongrie occidentale (i), la Bohême et la Moravie, la Haute- Bavière, le Haut-Palatinat, le duché de Bade, le Wurtemberg, laHesse, l'Alsace, la Gaule de l'est (a), du centre et du sud-ouest. Elle n'apparaît qu'à peine dans l'Italie du nord, dans le nord et l'ouest de la Gaule et dans les îles Britanniques. On ne Ta point encore retrouvée dans la péninsule ibérique (3).
La civilisation de la Tène s'étend sur un domaine beaucoup plus vaste ; on la constate en Gaule, surtout dans les oppida (4), les cimetières de la Champagne (5) ; dans les îles Britanniques (6) ; dans l'Italie du
(i) F. de Pulszky, Monuments de la domination celtique en Hongrie, Revue archéologique, t. xxxviii, (1879), p. 158-172,211-222,265- 275 (ftg). Hoernes, La paléoethnologie en Autriche Hongrie, Revue d'Anthropologie, t. m {1888), p. 333-347.
(2) Voir ci-dessus, p. 34, note 2. Ajouter M. Piroutet, Contribution à V étude du premier âge du fer dans les départements du Jura et du Doubs, L'anthropologie, t. ix, (1900), p. 369-400 ; cf. t. irr, p. 692-698).
(3) J. Déchelette, L'archéologie celtique en Europe, Revue de synthèse historique, t. ni, p. 3a-3o.
(4) Voir ci-dessus, p. 35, note 2.
(5) Cf. A. Bertrand, Archéologie celtique et gauloise* 2 a éd.,p.358.
(6) Romilly Allen, Notes on laie Celtic art, geographical distribution of the finds of objects of the late Celtic period, ArchaeoUh ; gia Cambrensis, t. xm, (1896) p. 220, 325. Wood-Martin, Pagan Ireland, London, 1895. Munro, Prehistonc Scolland and its place in European civilisation, Edinburgh, 1899. R. Allen, Celtic Art in pagan and Christian tintes, London 1905.
l'empire celtique 319
nord (i); en Bosnie; en Bohême; en Allemagne et même dans la Scandinavie méridionale (a).
Aucune de ces deux civilisations n'est exclusivement limitée aux pays reconnus comme celtiques par les historiens. D'ailleurs, les deux aires ne coïncident pas exactement. Si nous comparons leur extension dans un pays incontestablement celtique, la Gaule, nous pouvons même remarquer qu'elles sont juxtaposées plutôt que mélangées. Ainsi on a constaté la civilisation hallstattienne en Bourgogne, en Franche-Comté, dans la région pyrénéenne et le Tarn, dans le Berry ; — et la civilisation de la Tène, en Champagne, dans le BasDauphiné, dans le Forez et l'Ardèche, dans les oppida de Bibracte, Alesia, Murcens (Lot), et d'autres moins importants.
Si Ton compare les résultats de l'histoire aux données de l'archéologie , on remarque qu'ils ne concordent pas complètement. La civilisation- de Hallstatt semble antérieure à l'époque où nous avons sur les migrations des Celtes des témoignages précis et détaillés. Les périodes de la civilisation de la Tène comprennent trois siècles de l'histoire des Celtes, depuis la prise de Rome jusqu'à la conquête de la Gaule par César. Mais, dans le détail, les données de l'archéologie ne s'appliquent pas toujours à ce que nous savons des Celtes de l'histoire.
Ia. première période de la Tène, du IV e au III e siècle, est
(i) A. Bertrand et S. Reinach, Les Celtes dans les vallées du Pô et du Danube, ch ?. J. Déchelette. Revue archéologique, t. xl (1902), p. 345-283 (fig.)- Montelius, La civilisation primitive en Italie, Berlin, 1896.
(2) Revue de synthèse historique, t. ni, p. 40-49. Hoernos, Vépoque de la Tène en Bosnie, Paris, 1900.
3âO LA TÈNE
celle à laquelle appartiennent les cimetières de la Champagne; or les hommes dont les restes ont été inhumés dans ces cimetières ne sont pas les Belges tels que l'histoire bous les fait connaître; ils inhument leurs morts ; ils ont des chars de guerre ; ils ne connaissent pas les monnaies; Us emploient le corail ; leurs épées de fer sont d'un type plus ancien que les épées gauloises que l'on a découvertes àAleaia(i).
La deuxième période, du III* à la fin du II 9 siècle, à laquelle appartient la station même de la Tène, se rapporterait à une époque où les Helvètes n'étaient peut-être pas encore venus dans le pays qu'ils occupaient à l'arrivée de César.
I*a troisième période, qui comprend le premier siècle et qui est représentée" par les oppida de la Gaule, est la seule pour laquelle on peut faire coïncider les résultats de l'archéologie et ceux de l'histoire.
Nous pouvons retenir des indications de l'archéologie deux importantes hypothèses : des deux civilisations auxquelles on rattache les Celtes, Tune semble avoir eu pour point de départ l'Europe centrale, d'où elle aurait rayonné à quelque distance à l'Est et à l'Ouest ; l'autre aurait peutêtre eu pour foyer le Nord-est de la Gaule d'où elle se serait répandue sur toute l'Europe occidentale, orientale et septentrionale.
(i) S. Reinach, Catalogue sommaire du musée des antiquités nationales, 3 # éd , p. i 62-1 63.
l'empire celtique 321
La linguistique ne permet pas de distinguer deux couches successives de traces des Celles. Les noms de lieux que Ton regarde comme celtiques sont des noms composés dont le second terme est -dunum, -nemetum, -magus, -briga, -ritum, -durum. lis ne sont pas tous celtiques au même degré de vraisemblance. Mais aucun indice linguistique ne nous conduit à les classer chronologiquement (i).
-dunum
Le second terme de noms de lieux le plus incontestablement celtique, puisque non seulement il s'explique par les langues celtiques modernes, mais encore nous a été transmis et traduit par les anciens, est -danum.
On trouve des noms en -dunum dans l'Europe centrale, la Gaule, la péninsule ibérique, l'Italie du Nord, la Grande- Bretagne et l'Irlande.
Certains noms se trouvent à la fois dans plusieurs pays : .
Cambo-dunum est l'ancien nom de Slack, comté d'York en Angleterre (Itin. Ant. 468, 6 ; Ptolémée, II, 3, io écrit KajAQiÀoSouvov) et de Kemptenen Bavière (Strabon, IV, 6, 8).
Carro-dunum désigne Karnberg en Bavière (Ptol. II,
(i) Sur ces noms oonsulter H. d'Arbois de Jubain ville, Les premiers habitants de l'Europe, 2* éd., t. n, p. 206-270; E. Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, t. 11 etiv; Longnon, Atlas historique de la France; Géographie de la Gaule au IV 9 siècle, Paria, 1878; Thomas Wright, The Celt, the Roman and the Saxon, 4 e éd. Londou, t88à.