ART DÉCORATIF
A l'époque de la Tène, on trouve des vases où les ornements font saillie ; des décorations en rouge et en noir appliquées soit avant soit après la cuisson. On remarque une grande richesse d'imagination dans les motifs de décoration géométrique : des ornements coudés, des cercles, des carrés, des croix associées à des cercles et des triangles, des , échiquiers : des croix gammées en noir sur des vases jaune clair. Le» vases à décor géométrique curviligne sont soit peints, soit incisés (i).
Les œuvres de la plastique sont rares (2). A Hailstatt, ce sont tantôt des figures grossières d'hommes, les bras coudés, ou représentés à mi-corps ; tantôt des chevaux posés sur des douilles de haches, ou figurés au repoussé sur des vases de bronze ; des oiseaux en relief sur une coupe; une vache suivie de son veau, groupe formant le couronnement d'un vase en métal ; une tête de vache en bronze avec une incrustation triangulaire au milieu du front. Une hache en bronze est surmontée d'un homme chevauchant un animal bizarre. Des fourreaux en bronze d!épées de la Tène portent des animaux dont les jambes de derrière et la queue se terminent en fleurons, des fleurons transformées en lignes sinueuses géométriques. Un petit bronze de la même provenance représente sans doute un chien. On peut encore citer les poignards anthropoïdes
(1) Revue archéologique, t. xvn, (1868), pi. m. J. Déchelette, Poteries de la Tène à décoration géométrique incisée, Revue archéologique, t. xxxix (1901), p. f)i ; Cf. t. xxvi (1895), p. 196-212.
(3) On les trouvera chez S. Reinach, La sculpture en Europe avant les influences gréco-romaines , (avec 442 Cgures). L'Anthropologie, t. v, p. i5-34, 173-186, 288-3o5; t. vi, p. 18-39, 293-811, 54g- 563, 662-67/i ; t. vu, p. 168-19/i. (Index alphabétique des provenances à la page 192).
de la Tène, dont le manche représente grossièrement un homme. Quelques poignards analogues ont été découverts dans la Marne. A Bibracte, on a trouvé quelques menus objets de bronze à tête d'animaux divers, taureaux, canards, cygnes, chiens. Les chenets à tête de bélier semblent originaires de Gaule (i). Plusieurs torques découverts dans les cimetières de la Marne sont ornés de têtes humaines en relief ou indiquées au burin (a). Un tesson de poterie jaunâtre teintée de brun foncé à la surface que Ton a trouvé à Amplepuis (Rhône) porte un dessin au pointillé représentant grossièrement deux chevaux (3).
Avec les métaux précieux qu'ils trouvaient dans leur pays les Gaulois fabriquèrent des monnaies aussitôt que les commerçants grecs leur firent connaître ce moyen d'échange. A. de Barthélémy a essayé d'établir le classement chronologique des différents groupes de monnaies gauloises. Les plus anciennes sont celles de Marseille; elles ne peuvent guère être antérieures au milieu du V e siècle avant notre ère, époque où furent conclus entre diverses villes grecques, parmi lesquelles Phocée, des traités monétaires. Un autre groupe de monnaies sont imitées de celles de Rhoda, et d'Emporium (Ampurias), colonie de Marseille, deux ports situés au nord-est de l'Espagne ; les monnaies de ces deux villes ont une grande analogie avec les monnaies frappées en Sicile entre 317 et a 18; il est possible que la monnaie de Rhoda ait été
(1) J. Déchelette, Revue archéologique, t. xxxm (1898), p. a5o-a5i. Voir ci-dessus, p. ia3.
(a) J. de Baye, Sujets décoratifs empruntés au règne animal dans V industrie gauloise, Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France, t. xlvi (i885), p. ua-iai.
(3) J. Déchelette, Revue archéologique, t. xxix (1896), p. 172-176.
répandue en Gaule par Ânnibal lorsque vers 2 18 il chercha à se concilier par ses libéralités les peuples établis entre les Pyrénées et les Alpes. Les monnaies d'Emporium et de Rhoda sont en argent. Les premières monnaies de bronze semblent avoir été fabriquées entre les Pyrénées et l'Hérault ; elles se rapprochent singulièrement des pièces de Phintias à Àgrigente vers 280 et de Hiéron II, à Syracuse, 275-215. Quant au numéraire d'or, on n'en a pas constaté l'usage dans le sud ni dans le sud-ouest de la Gaule. 11 se répandit dans la Belgique au i er siècle avant Jésus- Christ. 11 procède des statères de Philippe II, roi de Macédoine (36o-336 avant J.-C), représentant sur un côté une tête d'Apollon de profil et sur l'autre un char à deux chevaux. Les premières imitations furent assez exactes, mais peu à peu les graveurs altérèrent leurs modèles au point qu'il est impossible de saisir le rapport qui unit les philippes aux pièces gauloises si Ton n'a pas toute la série des pièces progressivement défigurées. Les imitations paraissent avoir cessé en Gaule lors de la conquête romaine. Les derniers statères portent les noms de Vercingétorix (i)et de quelques autres chefs. A l'époque de l'établissement des Romains dans la Province, les deniers de la République servirent de modèles, même pour des monnaies en bronze. Après la conquête de la Gaule, les villes libres et alliées eurent le droit de battre monnaie (2).
(1) Voir C. Jullian, Vercingétorix, p. 353*357.
(a) A. de Barthélémy, Essai de classification chronologique de différents groupes de monnaies gauloises, Revue celtique, t. xi, p. 173-179. Cf. t. m, p. 309-3 16 ; Comptes rendus de V Académie des inscriptions et belles-lettres, 1892, p. a5i et suiv. ; Ch. Robert, Dissémination et centralisation alternative de la fabrication mo-
En Grande-Bretagne, au temps de César, on se servait, comme nous l'avons vu, de monnaies de cuivre ou de fer en forme d'anneaux d'un poids déterminé (i).
Le monnayage de l'Europe centrale a été récemment étudié et M. A. Blanchet a signalé la dissémination des monnaies gauloises ainsi que les rapports que présentent des pièces de la vallée du Danube avec celles de la vallée du Rhin et de la Gaule. Il y aurait donc eu entre les diverses tribus celtiques du centre et de l'ouest de l'Europe des relations commerciales assez étendues dans la période comprise entre le troisième et le premier siècle avant notre ère (a).
Hormis les renseignements que fournit l'archéologie > nous savons peu de choses sur le commerce des Gaules, les exportations et les importations. Cicéron semble regarder comme synonymes les deux mots Insuber et mercator (3). César parle des marchands autour desquels les Gaulois se rassemblaient pour apprendre les nouvelles (4). Varron citant Caton (5) mentionne la quantité énorme de salaisons que les Romains faisaient venir des deux Gaules cisalpine et transalpine. Mais à quelle époque ce commerce, ainsi que celui des fromages et des laines,
nétaire depuis les Gaulois jusqu'au commencement de la domination carolingienne, Revue archéologique, t. vi, (i885), p. 3a4-33o. A. Blanchet, V influence de Vart grec dans le nord de la Gaule Belgique, Revue numismatique, t. vu (1903), p. 100-117, E. Hucher, Vart gaulois ou les Gaulois d'après leurs médailles, 1869 -187 k.
(1) Ci-dessus, p. i54.
(a) Recherches sur les monnaies celtiques de l'Europe centrale, Revue numismatique^ t. vi, (190a), p. 36-5 1 , 157-173.
(3) In Pisonem, fragm. 7.
(4) De bello gallico, iv, 5.
(5) De rè rustica, 11, k.