CELTES MODERNES
caractères physiques bien déterminés : un groupe brachycéphale, de taille peu élevée et aux cheveux châtains ; un groupe dolichocéphale, de haute stature, au teint blanc et aux cheveux blonds. Les archéologues considèrent comme Celtes les peuples qui ont propagé la civilisation des époques d'Hallstatt et de la Tène, c'est-à-dire du premier et du second âge du fer. Pour les linguistes, les Celtes sont les peuples qui parlent une langue indo-européenne caractérisée en particulier par la chute dup et par les modifications que peut subir dans la phrase la consonne initiale des mots variables.
Si Ton veut se faire des anciens Celtes une idée précise, il importe de commencer par passer en revue ces conceptions diverses.
Il semble naturel, pour se renseigner sur les Celtes, de s'adresser tout d'abord aux Celtes eux-mêmes, aux Gaëls d'Irlande et d'Ecosse, aux Bretons du pays de Galles et de TArmorique.
Les Celtes insulaires pourront-ils nous instruire de l'ancienne histoire non seulement des Iles Britanniques, mais encore de la Celtique continentale? Deux ordres de documents s'offrent à nous : les annales et les légendes épiques (i).
En Irlande, les plus anciennes annales ont été composées au XI e siècle. Pour les époques les plus anciennes, elles
(i) Sur la littérature des Celtes insulaires, voir Revue de synthèse historique, t. m, p. 60-97; t. vi, p. 3i7-36a ; t. vnr, p. 78-104.
semblent contenir plus de mythologie que d'histoire. La critique n'en a point été faite. L'épopée irlandaise a sans doute été rédigée entre le VII e et le IX e siècle ; le plus ancien manuscrit est du XII e siècle. Elle comprend trois cycles. Le premier, qui met en scène les plus anciens habitants de l'Irlande, ne nous est connu que par des résumés du XVI e siècle. L'Irlande où habitaient les Fomoré aurait été successivement envahie par Partholon, qui venait de Grèce ; par les fils de Nemed, qui venaient de Scythie ; parlesFir Bolg, qui venaient de Grèce ; par les Tuatha De Danann, peuple surnaturel tombé du ciel ; par les fila de Mile, qui venaient d'Espagne, mais étaient originaires de Scylhie ; par les Cruithnech, qui venaient de Thrace et qui passèrent d'Irlande en Grande-Bretagne. On n'a pas encore démêlé dans ces traditions confuses les éléments historiques qu'elles peuvent enfermer (i). Les deux autres cycles retracent la légende d'Ulster aux environs de 1ère chrétienne, du temps du roi -Conchobhar et du héros Cûchulainn, et la légende de Find et d'Oisin aux II e et III e siècles de notre ère. Le cycle d'Ulster nous dépeint assez fidèlement l'état de la civilisation irlandaise antérieurement au christianisme et fournit la matière de rapprochements curieux avec l'ancienne civilisation celtique.
Au Pays de Galles, les plus anciennes chroniques sont traduites de Geoffroi de Monmouth (XII e siècle) et n'ont guère de valeur historique. L'épopée apparaît scindée en deux genres distincts : le roman de chevalerie en prose, et l'ode. Les plus anciennes odes sont l'œuvre de bardes du
(i) H. d'Arbois de Jubainville, Le cycle mythologique irlandais et la mythologie celtique {Cours de littérature celtique, t. n) considère ces traditions comme purement mythiques.
Jt CELTES MODERNES
XI e siècle. Les plus anciens romans, connus sous le nom de Mabinogion, ne sont pas antérieurs au commencement du XII e siècle. Il est rarement question, dans les odes ou dans les romans, des origines historiques de la Grande Bretagne, et la société qui y est décrite est le plus souvent la féodalité du moyen-âge. Cependant quatre romans offrent des restes de traditions antérieures au christianisme. L'obscurité de la poésie galloise ne permet pas de tirer grand profit des rapprochements que les odes pourraient suggérer.
Quant aux Bretons d'Armorique, on sait qu'ils sont venus de la Grande-Bretagne au VI e siècle, fuyant devant l'invasion saxonne, et que les plus vieux monuments de leur littérature, presque exclusivement religieuse, datent du XV e siècle.
Si des littératures en langue celtique nous passons à la littérature latine des Celtes insulaires, nous n'y trouvons, outre de sèches annales, que des traditions fabuleuses sur l'ancienne histoire bretonne ; les vies de saints, quand on arrive à déterminer l'âge des documents sur lesquels elles reposent, peuvent donner matière à quelques rapprochements d'institutions, de mœurs ou de croyances (i).
Les peuples celtiques qui ont subsisté jusqu'à nos jours dans l'ouest de l'Europe ne nous apportent donc, en l'état actuel de la science, aucune indication certaine sur leurs origines et ne pourront fournir que des éléments de comparaison. Les Celles établis sur le continent avant l'ère chrétienne ne nous ont point laissé d'annales manuscrites ou gravées sur pierre. Des Celtes de l'antiquité,
(i) Sur la valeur do ces sources, voir J. Loth, V émigration bretonne en Armorique> Rennes, i8S3, p. a6-40.
LES SOURCES ET LA MÉTHODE If
nous savons donc seulement ce que les Grecs ou les Romains nous ont raconté (i), en des temps où les moyens d'information étaient rares et la critique historique rudimen taire.
Peu d'écrivains anciens ont été en rapport avec les Celtes. Au temps d'Alexandre le Grand, un Marseillais, Pythéas, fut le premier Grec qui visita les côtes occidentales de l'Europe. 11 longea l'Espagne, atteignit l'Armorique, et de là gagna la Grande-Bretagne, puis il remonta au nord jusqu'à Thulé et termina son voyage par les côtes méridionales de la mer du Nord (2;. Polybe, au milieu du second siècle avant notre ère, accompagna Scipion Emilien en Espagne et fut en relation, non seulement avec les Celtes d'Espagne, mais avec les Celtes du sud de la Gaule. Au commencement du premier siècle avant notre ère, le philosophe stoïcien Poseidônios (3), auteur de plusieurs traités de géographie, entreprit de nombreux voyages : non seulement il séjourna dans des villes du littoral, telles que Cadix où il resta trente jours, mais il pénétra en Gaule et fit des observations personnelles sur les mœurs des Gaulois. César, pendant les dix années qu'il passa en Gaule, fut en contact constant avec les habitants du pays ; mais, presque exclusivement préoccupé par les affaires militaires, il ne semble, pas avoir beaucoup
(1) Voir H. d'^rbois de Jubainville, Principaux auteurs de Van tiquité à .consulter sur V histoire des Celtes depuis les temps les plus anciens jusqu'au règne de Théodose I mt , Paris, 1902 (t. xn du Cours de litté ature celtique)
(a) Sur Pythéas, voîr Strabon, Géographie, 1, h 3 ; 5 ; 111, a, n ; it, 5, 5 ; Pline, Histoire naturelle, iv, q5; xxxmi, 35. Hergt, Die Ngrd'andfahrt des Pytheas, Halle, 1893.
(3) Sur Poseidônios, voir Scheppig, De Posidonio Apamensi rerum gentium terrarùm scriplore, Berlin, 1870.