ÉCRIVAINS ANCIENS
observé par lui-même les mœurs et les institutions des Gaulois. Trogue Pompée est un Gaulois de la tribu des Voconces, mais il appartient à une famille romanisée depuis trois générations et on ne sait s'il avait recueilli auprès de ses compatriotes certains éléments de ses Histoire*.
Nous ne connaissons l'histoire de Trogue Pompée que par un abrégé fait au second siècle de notre ère par Justin. Les Commentaires de César nous ont été conservés, mais la plus grande partie de l'œuvre de Polybe est perdue ; sur les quarante livres qu'elle comprenait nous n'avons plus que les cinq premiers; des trente-cinq autres, il ne nous reste que des fragments, d'ailleurs assez considérables, que nous ont transmis un manuscrit d'Urbioo et le recueil d'extraits de Constantin Porphyrogennète.
Quant aux Histoires de Poseidônios, qui faisaient suite à celles de Polybe et qui comprenaient cinquante-deux livres, elles sont presque entièrement perdues ; un fragment nous en est rapporté par Strabon ; trois autres par Athénée ; il est probable, sans qu'on puisse toujours le démontrer, que Diodore, Strabon, peut-être aussi César dans son livre VI, ont fait de nombreux emprunts à Poseidônios.
L'ouvrage de Pythéas, dont le titre parait avoir été Ihpl llxsavoïï ne. nous est guère connu que par les critiques qu'en font Polybe et Strabon qui traitent Pythéas d'impudent menteur.
La plupart des écrivains de l'antiquité qui nous parlent des Celtes ne travaillent donc que de seconde main. Nous le regretterions moins s ils prenaient soin d'indiquer exactement les sources auxquelles ils ont puisé, mais, le plus souvent, les éléments essentiels de la critique historique nous font défaut. Nous sommes parfois exposés à
prendre pour l'expression des observations personnelles d'un écrivain des renseignements qu'il a copiés chez un de ses lointains prédécesseurs. Quand les sources sont indiquées, nous ne pouvons déterminer dans quelle mesure et avec quelle probité l'écrivain s'en est servi : les citations sont-elles faites de mémoire ou exactement transcrites? De précieux documents peuvent nous avoir été conservés par des écrivains de basse époque, sans que nous puissions distinguer les parties anciennes des rajeunissements postérieurs et 1 histoire, de la légende. Quelle est la valeur exacte des voyages de circumnavigation, des périples, qui nous sont parvenus? Sont-ce les prodigieux monuments de la crédulité des Grecs, ou, au contraire, des œuvres d'une grande valeur scientifique ? 11 est probable que la vérité est entre ces deux extrêmes et qu'ils mélangent à doses à peu près égales les observations exactes et les conjectures imaginaires. Quelle méthode critique faut-il appliquer k YOra maritima de Rufius Festus Aviénus (i), proconsul d'Afrique, en 366 de notre ère? Nous avons conservé de ce poème un fragment de 7i3 vers ; on y trouve une singulière description des côtes de l'Océan depuis le détroit de Gibraltar jusqu'aux îles Britanniques. Sur les côtes d Espagne, on trouve les Cynètes, les Cempses, les Saefes, mais ni Celtes, ni Celtibères ; séparées du continent par le sinus Œstrymnicus, sont les îles (Estrymnides, riches en étain et en plomb ; du -cap de YŒslrymnis on atteint en deux jours l'île des Hierni ; à côté est l'île des Albiones. Au nord, on trouve
(i) Une étude complète de ce texte se Irome chez Mùllenhoff, Deutsche AUerlumskunde, a e édition, lierlin, 1890, 1. 1, p. 73-210.
ECRIVAINS AKOEHS
un pays d'où les Ligures ont été chassés par les Celtes. La source principale d'Aviénus semble avoir été un arrangement grec, aujourd'hui perdu, d'un périple phénicien dû à Himilcon dont le nom est cité dans Y Ora maritima , et qui avait élé envoyé explorer l'ouest de lEurope (i), à une époque que l'on ne peut déterminer exactement, mais qui n'est pas postérieure au V e siècle.
Si YOra maritima est une reproduction fidèle des principaux traits du périple phénicien, elle constitue un document pour l'étude de la géographie elhnique de l'ouest de l'Europe vers l'an 5oo avant J.-C. Mais comment déterminer les déformations qu'a dû subir l'ouvrage d'Himilcon dans l'arrangement en vers latins qu'en a fait Aviénus, neuf siècles après sa publication ?
Nous trouvons ainsi, sans qu'il soit toujours facile de déterminer la valeur des sources, des renseignements sur l'histoire, les institutions, les mœurs, la langue, le pays des Celtes chez la plupart des auteurs grecs et latins.
Parmi les Grecs on peut citer: Hérodote (484-4 2 5), Xénophon (434-359), Aristote (384-322), l'auteur du périple dit de Scylax (vers 335), Ephore (vers 34o), Théopompe (375-3o6), Ptolémée, fils de Lagos (367-283), Callimaque (né vers 3oo), Timée (352-256), Eratosthène (275-195), Apollonios de Rhodes (III e siècle), Phylarque (III e siècle), Fabius Pictor (né vers 254), Artémidore d'Ephèse (I er s. avant Jésus-Christ), Diodorede Sicile (I er siècle avant Jésus- Christ), Timagène (1 er siècle avant Jésus-Christ) traduit par Ammien Marcellin, Denys d'Halicarnasse (vers 3o avant
(1) Pline, Histoire naturelle, ir, 67, 169. Cf. G. Jullian, Himilcon et Pythéas, Journal des Savants, t. ni (1905), p. 95-98. -
Jésus-Christ), Nicolas de Damas (né vers 74 avant Jésus- Christ), Strabon (né vers 63 avant J.-C), Philon le Juif (vers 3o avant Jésus-Christ), Dioscoride (I er siècle de notre ère), Josèphe (37-100;, Plutarque (5o-i2o), Dion Chrysostome (I er siècle), Favorinus (mort vers i35),Denys le Périégète [II 6 siècle après Jésus-Christ), P(olémée(II e s.), Appien (II e siècle', Arrien (95-175), Pausanias (vers 174), Polyen (II e siècle), Galien (i3 1-200), Lucien (125-200), Athénée (II e siècle), les Oppien (II e siècle), Dion Cassius (i5o-a35), les Philostrate (III e siècle), Diogène Laërce(vers 190), Elien (III e siècle), Hérodien (III e siècle), Porphyre de Tyr (a33-3o4), Julien (33i-363) (1).
Parmi les Latins : Caton l'Ancien (a34-i49), Sempronius Asellio (I er siècle avant Jésus -Christ, Q. Claudius Quadrigarius (I er siècle avant Jésus-Christ), Valerius Antias (I er siècle avant Jésus-Christ), Cornélius Sisenna (vers 77), Cicéron (jo6-43), Varron ( 1 16-27), Cornélius Nepos (99-24), Virgile (70-19), Properce (49-1 5), Vitruve (I er siècle avant Jésus-Christ), Horace (65-8),Tite Live gavant, — 17 après), Grattius Faliscus (I er siècle), Pompeius Festus (peut être au I* r siècle), Cornélius Gelsus (I er siècle après Jésus- Christ), Velleius Paterculus (i ep siècle après Jésus-Christ), Valère Maxime (I er siècle après Jésus-Christ), Pomponius Mêla (I er siècle après), Lucain (39-65), Pline l'Ancien (23-79), Silius Italicus (a5-ioi), Frontin (4o-io3), Martial (4o-ioa), Tacite (55-iao), Florus (peut-être II e siècle), Suétone
(1) Les textes des auteurs grecs relatifs aux Celtes ont été publiés avec une traduction française par Edm. Cougny et H. Lebègue, Extraits des auteurs grecs concernant la géographie et l'histoire des Gaules (Société de l'Histoire de France, Paris, 1878- 1892, 6 vol. in-8°;.