CASQUES
Lors de la guerre des Romains contre Caratacus, les Bretons n'avaient ni casques ni cuirasses (i). Il en est de même des soldats de Boudicca (a).
César mentionne seulement les enseignes de guerre des Gaulois, militaria signa, sans nous les décrire (3). Nous savons par ailleurs que ces enseignes étaient plantées en terre lorsque l'armée s'arrêtait et qu'on les arrachait avant de partir (4), qu'elles étaient fort nombreuses puisque les Romains dans les batailles où ils vainquirent les Gaulois purent s'emparer quelquefois de plusieurs centaines d'enseignes (5). Chez les Insubres, il y avait des. enseignes en or (6).
Sur Tare de triomphe d'Orange et la cuirasse de la statue d'Auguste sont figurées des enseignes gauloises. Ce sont des perches surmontées d'un sanglier. On retrouve ces enseignes sur les monnaies de divers peuples gaulois (les Aulerci Eburovices, les Caleti, les Veliocasses, les Ltuci, les Aedui) et bretons (7). Un assez grand nombre de sangliers-enseignes en bronze ont été découverts en Gaule (8).
La trompette gauloise, xapvug, rendait un son rauque ou aigu ; elle n'était pas très grande ; le pavillon était en forme d'animal, le tube en plomb ; on la fabriquait en métal fondu (9). Les Cisalpins avaient une quantité considé-
(1) Tacite, Annales, xn, 35.
(a) Dion Cassius, lxii, 13.
(3) De bello gallico, vu, 2.
(4) Tite Live, v, 37.
(5) Tite Live, xxxi, ai ; xxxin, 36 ; xxxv, 5.
(6) Polybe, n, 3a.
(7) S. Reinach, Description raisonnée du musée de Saint-Germain-en-Laye, t. 11, p. a55.
(8) S. Reinach, ibid., t. n, p. 268-370.
(9) Diodore, v, 3o. Eustathe, ad lliada, 2 319. Cf. Lucain, 1, 43 1 -43a.
l'état 217
rable de buccins et de trompettes dont le bruit, s'ajoutant aux cris de guerre de toute l'armée, était répercuté par les alentours (i). C'est au son de la trompette que l'assemblée des Bellovaci se réunit (a). La trompette gauloise est souvent représentée sur les monuments figurés ; on la trouve dans les trophées de Tare de triomphe d'Orange ; sur la cuirasie de la statue d'Auguste de la villa de Livie, une femme qui paraît symboliser la Gaule tient à la main une trompette à tête de dragon analogue à celles que portent des monnaies romaines représentant des Gaulois (3).
Certains cris de guerre avaient une signification particulière. Outre le cri que les Gaulois poussaient en abordant l'ennemi, il y avait encore le cri de victoire, et le cri pour demander à parlementer (4). En signe de paix, pour se faire connaître d'alliés, les soldats se découvraient l'épaule droite (5).
Tous les détails que Ton peut recueillir sur les coutumes militaires des Celtes nous montrent l'Etat celtique organisé en vue de la guerre : guerres d'invasion et de conquête, guerres de défense contre l'envahisseur. C'est presque uniquement là qu'apparaît le pouvoir collectif des citoyens, qui, pas plus qu'il ne règle les rapports entre les particuliers, ne s'occupe, semble-t-il, des croyances et des institutions religieuses.
(i) Polybe, il, 39.
(2) Le bello gallico, vin, 30.
(3) S. Reinach, Revue archéologique, t. xin, (1889Ï, p. 3ao. Ray et, Monuments de Vart antique, 1. 11, pi. 71. Voir ci-dessus» p. 201.
(4) De beUo gcdlico, v, 37 ; 36.
(5) lbid., vn, 5o.
d'Ammien Marcellin (IV e siècle après J.^C), les pratiques religieuses des Gaulois fussent demeurées immuables. On ne pourrait avec plus de raison soutenir que les Galates d'Asie Mineure, les Geltibères d'Espagne, les Gaulois de la Cisalpine, les Celtes qui pillèrent Delphes et ceux qui prirent Rome, les Gaulois transalpins et les Celtes de Grande-Bretagne eussent professé les mêmes doctrines et adoré les mêmes dieux, sans que le contact avec des nations étrangères eût en rien altéré les vieilles croyances de la race. Les témoignages des anciens sur la religion des Celtes ne peuvent donc être utilisés qu'avec prudence ; dispersés dans l'espace et dans le temps, de valeur et d'importance variable, ils se prêtent malaisément à une construction d'ensemble.
Les inscriptions trouvées en pays celtique et contenant des dédicaces à des dieux se rencontrent en France, en Allemagne, dans les Pays-Bas, en Grande-Bretagne. Mais on ne peut être sûr d'avoir affaire à des divinités celtiques si Ton n'a d'autre raison de le supposer que la provenance de l'inscription. On peut fort bien rencontrer en pays celtique une dédicace à une divinité étrangère ou vice versa. La grammaire comparée seule permet de résoudre la question. Il faut que le nom de la divinité s'explique par les langues celtiques, ou soit apparenté à des noms dont la provenance celtique n'est pas douteuse, pour que ce nom ait droit de figurer dans une histoire de la religion des Celtes. Quant aux divinités dont le nom n'est pas celtique, en l'absence de textes historiques, il est impossible de décider si elles ont été ou non adorées par les peuples celtiques.
En dehors des textes et des inscriptions, nous n'avons
plus de documents qui nous permettent d'étudier directe* ment la religion des Celtes. Comment déterminer l'origine des dieux anonymes dont on a trouvé de nombreuses et caractéristiques représentations figurées ? Un très petit nombre de ces monuments sont antérieurs à la conquête romaine. Sont-ils des vestiges des cultes locaux antérieurs à l'invasion des Celtes en Gaule, ou ont-ils été introduits en Gaule par les marchands et les légionnaires romains ? Rien ne nous permet de le déterminer. Il faut prendre garde, aussi, que des statuettes artistiques peuvent ne pas avoir la signification religieuse que nous leur prêtons. Quand il s'agit de peuples anciens, nous sommes disposés à attacher une signification mystérieuse et symbolique à tous les objets d'art et à tous les détails d'ornementation. Personne ne s'aviserait aujourd'hui d'étudier les formes de nos bijoux, les dessins de nos vêtements et de nos meubles, les sculptures décoratives de nos maisons et d'en tirer des conclusions sur notre état religieux. Dans la science de l'Antiquité, au contraire, tout devient matière à hypothèse mystique, et l'histoire de l'art est absorbée par l'histoire des religions. Une statuette qui ne porte pas le nom d'un dieu peut pourtant fort bien n'avoir jamais été l'objet d'aucun culte. Les monnaies ou les médailles gauloises, quand elles ne sont pas imitées des monnaies grecques, peuvent offrir des représentations de dieux ou de symboles religieux sans qu'il soit toujours possible d'attribuer avec sûreté ces représentations à la religion des Celtes (i).
(t) Voir des article! de A. de Barthélémy dans la Revue numismatique, i884, p. 179-202, et dans la Revue celtique, t 1, p. 291- 398 ; t. ix, p. a6-35 ; t. xii, p. 309-3 16. A. Bertrand, La religion des Gaulois*, p. 398-244,
On peut rechercher dans quelques noms de lieux Les noms des divinités celtiquessous la protection desquelles on attrait mis une demeure nouvellement fondée. Mais comme les noms divins ont été de Ixmne heure employés pour désigner des hommes, on a souvent h se demander si au lieu d'un dieu ce n'est pas plutôt d'un homme à nom divin que tel ou tel lieu tire son nom. On se tromperait beaucoup si Ton croyait que tous les anciens Mercuriacus 4e France, devenus aujourd'hui Mercuray, Mercurey, Mercoirey, Mercury sont dérivés du nom de dieu Mercurius. Ils proviennent plus vraisemblablement du gentilioe romain Mercurius, assez fréquent dans les inscriptions, et au lieu de -désigner l'emplacement de temples de Mercure, dénomment simplement le fondus, la propriété d'un Gallo- Romain du nom de Mercurius. Il en est de même de Mart*OCMS (i).
Enfin, on s'est demandé si Ton ne pouvait trouver dans l'ancienne lit bérature des Irlandais et des Gallois des traces de la mythologie celtique {a). L'épopée irlandaise a été remaniée sous l'influence des idées chrétiennes, et on n'y trouve aucune trace d'offrandes ou de prières à des divinités (3). Les éléments merveilleux qui y abondent sont des faits de magie et de sorcellerie ainsi que les prodiges variés que l'on rencontre dans les contes populaires. Essayer de
(i) H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur Vorigine de la propriété foncière, p. 370-275, 447-M&.
(a ^ Voir ci-dessus, p. a-4.
(3) Les formules de serments, seules, font mention de dieux. Joyce, A social hisiory of ancient Ireland, t. ï, p. 25o. Dans les documents relatifs à la vie de saint Patrice, il est quelquefois question des idoles qu'adoraient les Scots* The Trvpartite life of Patrick, éd. Stokes (Rolls séries;, London, 1887, p. 36$, 1. ao.