IRLANDE ET GALLES
déterminer à l'aide des épisodes de la vie d'un héros irlandais les attributs primitifs de la divinité dont il peut être une transformation évhémériste demande beaucoup d'ingéniosité et d'érudition ; je doute que les résultats acquis à la science soient jamais équivalents aux efforts dépensés à ces recherches curieuses (i). La comparaison de l'épopée irlandaise avec les textes grecs çt latins et les monuments de l'épigraphie gallo-romaine ne peut nous donner que des rapprochements de coutumes ou de noms propres ; coutumes signalées comme particulières aux Celtes et conservées ou modifiées dans quelque mesure par les Gaëls d'Irlande ; noms ou épithètes de dieux gallo-romains servant en Irlande à désigner des guerriers ou des artisans fameux. Mais il est invraisemblable que les idées religieuses des Celtes de l'île d'Erin telles qu'elles nous apparaissent dans des poèmes épiques rédigés sans doute au VII e siècle ne soient pas très différentes des conceptions théologiques des Gaulois du temps de César, et il serait sans doute imprudent de restituer à laide de l'épopée irlandaise le vieux Panthéon celtique. La littérature du Pays de Galles ne nous offre pas plus de ressources pour l'étude de la mythologie celtique. On y peut trouver quelques éléments des mythes familiers aux Celtes des Iles Britanniques sans que l'on puisse déterminer si ces mythes ont été connu des Celtes du continent (a).
(i) H. d'Arbois de Jubain ville, Le cycle mythologique irlandais et la mythologie celtique (Cours de littérature celtique, t. n), Paris, i884. J. Rhys, Lectures on the origin and growth of religion as Ulustrated by Celtic heatheadom, London, 188S (The Hibbert lectures, 1886).
(a) Sur ce sujet, outre les ouvrages de H.< d'Arbois de Jubainville et de J. Rhys, il faut encore citer les nombreux. ouvrages de À. Nuit et
Les sources de l'histoire religieuse des Celtes, manifestement insuffisantes, ne pourront fournir les éléments d'un exposé suivi, qu'à condition que Ton comble par l'interprétation et l'hypothèse les lacunes considérables qu'elles laissent dans nos connaissances. Tous les efforts du critique devront tendre à ne pas franchir la limite qui sépare une hypothèse scientifique d'une pure conception de l'esprit.
Le texte le plus explicite que nous ayons sur les dieux gaulois se trouve chez César (i). Il semble bien que César rapporte non le résultat de ses observations personnelles, mais l'opinion d'écrivains antérieurs à lui. S'il eût étudié lui-même la religion gauloise, il est probable qu'il aurait été à la fois moins précis et plus exact. D'après César, le dieu que les Gaulois honorent le plus est Mercure ; ils le regardent comme l'inventeur de tous les arts, comme le guide des voyageurs et comme présidant à toute sorte de gains et de commerce. Après lui, ils adorent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Ils ont de ces divinités à peu près la même idée que les autres nations. Apollon guérit les maladies ; Minerve enseigne les éléments de l'industrie et des arts ; Jupiter tient l'empire du ciel ; Mars, celui de
particulièrement Studies on the legend of the holy Grail with spécial références to the hypothesis ofits Celtic origin, London, 1888, et un article intitulé Celtic myth and saga dans Ihe folklore journal, t. 11, p. a34 et suiv. Les différences entre la religion des Celtes continentaux et celle des (elles insulaires ont été notées par H. d'Arbois de Jubainville, Les Celtes depuis les temps les plus anciens jusqu'en Van 100 avant notre ère, Paris, 1904, p. 31-67. (1) De bello gallico, vi, 17.
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la guerre ; c'est à foi, lorsqu'ils ont résolu de combattre, qu'ils font rœu, d'ordinaire, -de consacrer les dépouilles de l'ennemi.
Ce passage ne laisse pas de prêter à la critique. Est-il possible que toutes les tribus gauloises que César nom représente comme différant entre elles par la langue, les moeurs et les lois(i), aient eu les mêmes cinq divinités? Quels étaient les noms de ces dieux et de cette déesse dans la langue des Celtes? Une assimilation aussi complète entre ces cinq divinités et cinq divinités romaines est-elle vraisemblable ? On est tenté de rappeler l'opinion d'Asinius Poliion qui pensait que les Commentaires de César étaient composés avec peu de soin et d'exactitude ; César aurait étourdiment ajouté foi la plupart du temps à ce qu'on lui racontait des actions des autres et quant à ce qu'il avait fait lui-même, il l'avait mal rapporté, soit à dessein, soit faute de mémoire (a). Mais César lui-même prend soin de nous avertir que ces assimilations ne sont que des à peu près : de his eandem fere quam reliquœ génies habentopinionem; et il assimile les attributs des dieux celtiques non pas tant à ceux des dieux romains qu'à ceux des dieux des autres nations.
Quoi qu'il en soit, César ne nous donne des dieux gaulois qu'une physionomie incomplète, sinon inexacte. La plupart des auteurs de l'antiquité ne font pas preuve d'un sens critique plus affiné. Au temps des migrations des Celtes, leur plus grand dieu semble Àrès-Mars (3). Chez
(i) De bello gallico, \, i.
(a) Suétone, César, 56.
(3) Cal lima que, iv, 173 ; Florus, u, 4 ; Silius Italicus, iv, aoo-a©*; A m mien Marcellin, xxvn, h, 4.
les Insubres, il y a un temple d'Athônà où l'on abri enseignes de guerre (i). En aa3, des Celtea vouent à cain les armés romaines (a). Il faudrait donc ajout panthéon celtique, restitué par César, un sixième die pourrait être assimilé au Vulcain romain.
Les Celtes riverains de l'Océan ont une vénération culière pour les Dioscures et, selon une tradition q monte chez eux aux temps anciens, ces dieux anrr par l'Océan (3).
Enfin la légende d'Héraklès a été mise en relatioi l'ancienne histoire de la Gaule. Diodore (4) raj qu'Héraklès, ayant rassemblé ses troupes, s'avança ju la Celtique, la parcourut tout entière, abolissant les tûmes contraires au droit, comme celle du meurt! étrangers. Une multitude d'hommes de toutes le tions étant venus se joindre volontairement à son arn fonda une ville très grande, celle qui en raison de sa c errante (àl^;) s'appela Alesia.
Peut-être aussi faut-il compter au nombre des gaulois le Dispater dont les Gaulois se prétendaient issus; l'usage de compter le temps par nuits et no jours se rattachait à celte croyance (5). Dis, ûitis po être la forme latinisée d'un nom celtique conservé < landais sous la forme dith, « mort, destruction ».
(i) Polybe, ii, 3a. Cf. Justin, xliii, 5, 5.
(2) Florus, 11, 4.
(3) Diodore, iv, 56, k. Cf. Reçue archéologique, t. xxxix, (1901) D'Arbois de Jubainville, Les Celtes depuis les temps les pli ciens, p. 57-67.
(4) Bibliothèque , iv, 19. Cf. Pgeudo-Aristote, Singularités veilleuses, 85 ; Parthénios, Erotiques, 3o.
(5) De bello çallieo, vi, 18.