STATUES
les écrivains grecs ou latins pour désigner les temples des Celtes (1). Nous n'avons aucune description des autels gaulois pour lesquels les Latins emploient les mots arae (2), altaria (3),
Les temples étaient-ils ornés, comme chez les Romains, de statues de dieux auquels ou rendait un culte ? Sur ce point, les témoignages des anciens sont contradictoires. Les Galates, au dire de Strabon, avaient à Tavium une statue colossale de Zeus en airain et une enceinte sacrée (t£[jievo;) qui servait de lieu d'asile (4). Zénodore avait fait pour la cité gauloise des Arvernes, en dix ans, au prix de 400.000 sesterces, une statue colossale de Mercure qui surpassait par ses dimensions toutes les statues du temps de Pline (o). D'autre part, Diodore nous rapporte que Brennos étant entré dans un temple grec n'y vit aucune offrande d'or ou d'argent, mais seulement des statues, et rit beaucoup de ce que les Grecs, croyant à des dieux antliropomorphes, les eussent représentés en bois et en pierre (6). Les mots employés pour désigner des représentations des divinités sont souvent très vagues. Lucain décrit dans le bois sacré situé près de Marseille des troncs d'arbre grossièrement sculptés pour représenter les dieux : simulacra
(1) Outre locus consecratus, on trouve hpôv (Diodore, v, 27 ; Strabon, iv, 4, 5 ; Plutarque, César, 26 ; Dion Cassius, Lxii, 7 ; xxvii, 90) ; templum (ïite Live, xxiii, 24, 11 ; Suétone, César, 54) ; xâjjiEvo; (Strabon, xii, 5, 2 ; Diodore, v, 27, 4) ; (TTjxôî (Strabon, iv, 1, 13) ; fanitm (Suétone, César, 54).
(2) CicÉRON, Pour Fonteius, x, 21 ; Lucain, i, 446 ; m, 404 ; Tacite, Annales, xiv, 20.
(3) Lucain, m, 404 ; Mêla, m, 2.
(4) Strabon, xii, 5, 2.
(5) Pline, Histoire naturelle, xxxiv, 18, 45.
(6) Bibliothèque, xxii, 9. 4,
LA HELIGION
mspsta deorum (1). Enfin César nous fait connaître qu'il y a en -Gaule d'assez nombreuses représentations de Mercure : cuj'us surit plura simulacra (t) . Comme Tont fait remarquer Fustel de Coulanges (3) et M. Salomon Reinach, il n'est pas sûr que sùnulacra signifie statues : simulacra a le sens vague d'image, d'indication symbolique. S'il y avait eu des statues de dieux gaulois avant la conquête romaine, il serait inadmissible qu'on n'en eût pas découvert quelques-unes à Bibracte ou à Alésia. Or, on n'a point trouvé en Gaule de représentations figurées appartenant à la période qui s'étend entre l'époque du renne et l'époque romaine. Les simulacra de César étaient-ils, comme le suggère M. S. Reinach, les accumulations de pierres, menhirs, galgals que l'on a trouvés sur tous les points du territoire de l'ancienne Gaule (4)'^ Gela est possible, sans qu'on puisse le démontrer. Dans la Vie de saint Samson, écrite au commencement du vu* siècle, il est question d'une pierre levée, simulacnun qbominahile (5), sur laquelle le saint grava le signe de la croix et qui était placée sur une montagne dans le pagus Tricorius en Domnonée insulaire. Dans l'ancienne Irlande, on trouve des traces nombreuses du culte des pierres. Une pierre nommée Cer?nand Cestach portait les traces des attaches qui servaient à y fixer, au temps du
(1) Pharsale, m, 412. Valerius Flaccus, vi, 91. Cf. S. Reinach, Rei'ue celtique, t. xiii, p. 191-192.
(2) Guerre de Gaule, vi, 17.
(3) Rc'ue celtique, t. iv, p. 49, note 4.
(4) Revue celtique, t. xi, p. 224. Cf. t. xxvii, p. 313 ; Revue archéologique, t. xxi (1893), p. 195-226, 329-367.
(5) Mabillon, Acta sanclorum ordinis S. Benedicli, Lutetiaj, 1668, t. I, p. 177-178. Cf. Revue celtique, t. xxvii, p. 314.