BARDES
Gaulois ont été civilisés par les bardes, les euhages (1) et les druides. César ne mentionne que les druides (2) ; il est probable qu'il comprenait sous ce terme général les druides, au sens propre, les devins et peut-être aussi les bardes ; le nom de druides aurait donc désigné à peu près tous les bommes à carrière libérale.
L'ancienne Irlande connaissait de même trois ordres de lettrés : les bardes, bard ; les druides drui, druad, et les filé. De très bonne heure les bardes sont remplacés, comme poètes panégyristes ou satiriques, par les filé qui remplissent en même temps les fonctions de devins et de juges et qui sont répartis en plusieurs classes d'après le nombre d'histoires épiques qu'ils peuvent raconter. La durée régulière de leurs études était de douze ans. Au Pays de Galles, le barde est le huitième des fonctionnaires de la cour du roi (3).
Les bardes gaulois chantent la louange ou le blâme en s'accompagnant sur des instruments semblables aux lyres 4). Les Celtes, nous dit Poseidonios dans le vingt-troisième livre de ses Histoires, mènent avec eux, même à la guerre, des compagnons qu'ils appellent commensaux. Ceux-ci débitent des éloges de leurs patrons devant de nombreuses assemblées, et aussi en particulier devant quiconque les
(1) Voir ci-dessus, p. 85.
(2) Guerre de Gaule, vi, 13.
(3) Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Introduction à l'étude de la littérature celtique (Cours de littérature celtique, t. i), p. 64. Revue archéologique, t. xliv, (1882), p. 225-242.
(4) DiODORE, V, 31, 2. Cf. Strabon, iv, 4, 4.
écoute (1). Ce sont des poètes et c'est en chantant (2) qu'ils débitent leurs éloges. Le sujet de leurs chants était aussi le récit des hauts faits des hommes illustres ; ils conservaient par leurs poèmes pendant de longs siècles la mémoire des braves, tombés dans les combats. Les bardes, comme les druides, avaient autant d'influence en temps de guerre qu'en temps de paix. Souvent, quand les armées étaient rangées en bataille l'une en face de l'autre, épées tirées et lances en arrêt, ils s'avançaient au milieu et les apaisaient, comme des bêtes sauvages, par le charme de leurs chants. Ainsi, ajoute Diodore, même chez les Barbares les plus grossiers, la vaillance cède à la sagesse et Ares respecte les Muses (3). Nous n'avons aucun renseignement direct sur les poèmes des bardes celtiques, analogues sans doute aux compositions poétiques des anciens bardes irlandais et gallois (4). Tite Live (3) et Justin (6) nous conservent vraisemblablement, dans les récits plus ou moins légendaires qu'ils nous ont faits des conquêtes des Celtes, la trace d'anciennes épopées. Les traditions relatives à la fondation de Lyon (7) et à celle d'Alesia (8j avaient sans
(1) Athénée, vi, 4y.
(2) Cf. PsEUDO-ScYMNus, V, 186. Geographi grseci minores, éd. Didot, t. I, p. 202.
(3) Diodore de Sicile, v, 31, 2. Cf. Ammien Marcellin, xv, 9, 8 ; LucAiN, Pharsale, i, 447-449 ; Elien, Histoire variée, xii,
(4) C. JuLLiAN, De la littérature poétique des Gaulois, Revue archéologique, t. xl (1902), p. 304-327, a recueilli et discuté tous les textes des anciens qui peuvent s'y rapporter. Cf. Histoire de la Gaule, t. u, p. 379-382.
(6) Histoires Philippiques, xxiv, 4, 1.
(7) Pseudo-Plutarque, Des fleuves, 6. Voir ci-dessus, p. 74.
(8) Diodore, iv, 19. Voir ci-dessus, p. 302.