‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 15 sur 158 · NOMS DES CELTES · texte numérisé non relu

NOMS DES CELTES

les uns ou les autres (1). Strabon pensait que le nom de Celte avait été étendu par les Grecs, des peuples de la Ntirbonnaise qu'il désignait primitivement, aux habitants du reste de la Gaule (2) mais il confond Ktl-.^y. et V'Ai-.-x:.

Chez les Romains, les Celtes du continent ont été uniformément désignés par le nom de GuUi, qu'il s'agisse des Celtes de l'Europe centrale, deThrace ou d'Asie Mineure (3). GaUia apparaît pour la première fois dans les Origines de Caton (4) vers 168 av. J.-C. Le terme Galatae ne s'applique qu'aux Celtes d'Asie Mineure. Ces deux mots n'ont aucun rapport avec le nom de Ga'd que nous donnons maintenant aux peuples celtiques d'Irlande et d'Ecosse. Gaël a en effet en irlandais ancien la forme Gàidel, Gôklel, essentiellement différente de Galli, Galatae.

La confusion de ces anciennes dénominations, résultat de l'ignorance des uns et du manque de précision des autres, n'a pas paru absolument irrémédiable aux érudits modernes qui ont tenté de trouver des traces d'une distinction ancienne entre les Celtes et les Gala tes. Alexandre Bertrand a essayé de démontrer que pour Polybe les Celles sont les antiques populations sédentaires de l'Italie du nord, tandis que les Galates sont des tribus d'origine plus récente dont le trait principal est d'avoir pris Rome avec l'aide des

(1) Histoire romaine. Fragments 25, 31, 34. Cf. Ahhie.n, Anabase, I, 3, 1.

(2) Géographie, iv, 1, 14.

(3) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, 2^ éd., t. ii, p. 410-420. Gallm, d'après Wh. Stokes, signifierait « étranger >\ irl. gall.

(4) Origines, II, fragm. 34, chez Charisius, Grammatici latini, éd. Keil, t. i, p. 202. H. Peter, Historicorum romanorum fragmenta, p. 48.

Celtes (1). M. G. Jullinn pense que l'ancienne dénomination est Kil-oi et que raXàia-. désignait primitivement les Belges et s'applique au second ban des envahisseurs de la Gaule (2).

Les archéologues distinguent encore souvent par les noms de Celtes et de Gaulois deux grou])e8 de populations qui ont habité la Gaule ; ils appellent ère celtique celle qui est caractérisée par l'apparition des métaux, la prédominance des armes en bronze et l'introduction du rite de l'incinération dans le sud-est et le sud ; et ère gauloise, celle qui est caractérisée par la prédominance des armes en fer et la substitution de l'inhumation sous lumiili ou en pleine terre à l'inhumation dans les monuments mégalithiques et à l'incinération (3. Mais, du point de vue historique, une pareille distinction ne peut s'appuyer sur aucun fait. .

Indépendamment de ces termes généraux, d'autres mots composés ou dérivés de KeXtôî ou GaUus, raXâxr;!; servent à dénommer des peuples celtiques (4).

Les KeXti/.oi (var. Kil-.rJ.) Celiici, sont les Celtes établis au Dord-ouest de l'Espagne, au sud de la Lusitanie et en Bétiquc (oj.

(1) Revue archéologique, t. xxxi (1876), p. 1-16, 73-90. On trouvera p. 17-24, 91-98, 153-161 les textes anciens relatifs à la question. A. Bertrand, Archéologie celtique et gauloise, p. 371-419.

(2) Histoire de la Gaule, t. i, p. 317-319,

(3) S. Reinach, Catalogue sommaire du inusée des antiquités nationales au château de Saint- Germain-en-Laye, 3^ éd., Paris 1898, p. 147.

(4) On trouvera ces noms avec tous les textes où on les a relevés dans le Altceltischer Sprachschatz, von Alfred Holder Leipzig, 1891.

(5j Strabon, III, 1, 6 ; 3, 5. Cf. Jullian, Histoire de la Gaule, t. I, p. 307.

16 NOMS DES CÊLTE^

Les KtXxloript; Celtiberi, sont les Celtes, mélangés aux Ibères, qui peuplaient l'Espagne, des sources du Guadiana à celles du Guadalquivir (1).

Pour désigner les Celtes d'Espagne, les mots Celte, Galate, Gallus sont très rares (2). Un peuple établi sur la rive droite de la Bétis s'appelle d'après Pline Celli (3).

Les KeXxoYaÀdc-ca'. sont les habitants de la Gaule (4).

Les KeXxoXÎYUEç sont les Celtes mélangés aux Ligures dans les environs de Marseille (5).

Les KeX-roj/.ôOa; sont les Celtes voisins des Scythes (6).

Quant aux KtX-ôp'.o'. établis entre les Pyrénées et les Alpes, leur nom ne se trouve que chez Plutarque (7) et résulte peut-être d'une mauvaise lecture.

Gallograeci, raXÀoYpaixo'., 'EXArjvoYaÀâxai désigne les Celtes établis en Asie Mineure (8). C'est un synonyme de Galatae.

Souvent aussi, on ajoute à Galli ou à Keàxoî une détermination géographique :

Gain Transalpini, Kil-o\ (jiztpil-:zno'., désigne les Celtes de Gaule (9).

(1) DioDORE, V, 33. Strabon, ni, 2, 11 ; 15 ; 3, 3 ; 4 ; 4, 5 ; 12-13 ; cf. I, 2, 27.

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Les Celtes en Espagne, Revue celtique, t. xiv, p. 361-365.

(3) Pline, Histoire naturelle, ni, 3, 11. Voir ci-dessus, 1. 2.

(4) Etienne de Byzance au mot *aj3îo. Cf. Ptolémée, xi, 7, 1.

(5) Strabon, iv, 6, 3. Pseudo-ARiSTOTE, Des singularités merveilleuses, 85.

(6) Strabon, xi, 6, 2 ; cf. I, 2, 27. Plutarque, Alarius, II.

(7) Camille, 15, 1.

(8) TiTE LivE, XXXVIII, 17 ; Strabon, ii, 5, 31 ; Diodore, v, 32, 5.

(9) Tite LivE, XXXIX, 22 ; Polybe, ii, 15 ; Strabon, iv, 6, 3.

Gain Cisalpini désigne les Celtes du nord de l'Italie (1).

D'autres noms, qui ne se rattachent ni à KeXtôc ni à Gallus, ont servi à désigner des ensembles de peuples que les auteurs de l'Antiquité considèrent comme celtiques.

Tels sont les, Belgae BiXyat, qui, au temps de César, habitaient la partie de la Gaule comprise entre le Rhin, la Marne et l'Océan (2). Strabon comprend les Armoricains parmi les Belges (3). Les /iewi apprirent à César que la plupart des Belgae étaient issus des Germains. Les Belgae différaient des Celtae ou Galli et des Aquitains par la langue, les institutions, les lois (4). Pour Strabon, ils ne diffèrent pas des Gaulois par l'aspect physique ; ils parlent la même langue, sauf quelques particularités dialectales ; leurs institutions et leur genre de vie ne diffèrent (ju'un peu de ceux des Gaulois (5). César donne expressément le nom de Germains à quelques peuples belges : Condrusos, Ebiirones, Caerosos, Paemanos qui uno nomine Germani appellantur ; Segni Condrusique ex gente et numéro Germanorum (6) . Mais Ambiorix, roi des Ehuro?ies, appelle Galli ses compatriotes (7), Strabon (8) qaa\iiielesNerç>ii, Nepoûtoi, peuple belge, de Germains yepjjLavixov à'Bvoc. Tacite (9) rapporte que les Treviri et les Nerçii prétendaient être d'origine germanique, et en tiraient vanité. Les Treviri, d'après Hirtius , ne différaient guère des Germains par le genre de vie et la

(1) TiTE LiVE, XXVII, 38.

(2) Guerre de Gaule, i, 1 ; Plutarque, César, 20, 3.

(3) Géographie, iv, 4, 1.

(4) Guerre de Gaule, ii, 4, 1 ; i, 1, 2.

(5) Géographie, iv, 1, 1.

(6) Guerre de Gaule, ii, 4 ; vi, 32.

(7) Guerre de Gaule, v, 27, 6. Cf. xi, 4, 7.

(8) Géographie, iv, 3, 4.

(9) Germanie, 28.

G. DoTTiN. — Manuel de l'anliquité cJtique. 2

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