HYPERBORÉENS
peuples celtiques ont dû être compris sous des dénominations plus générales (1).
11 est possible que le nom d'IIyperboréens. 'v■^Ep3'5p^ol, qui a désigné une race mythologique, peuple de l'âge d'or habitant un paya fertile et chez lesquels réside Apollon, ait été aussi une expression géographique (2). Poseidônios, au i" siècle avant notre ère, donne les Alpes comme résidence aux Hyperboréens (3). Héraclide de Pont, à la fin du iv" siècle avant notre ère, avait écrit que, d'après une nouvelle qui venait do l'Ouest, Rome avait été prise par une armée venant de chez les Hyperboréens (4). A la même époque, Hécatée d'Abdère plaçait, en face de la Celtique, le long de l'Océan, une île aussi grande que la Sicile, (jui s'étendait vers le nord et était habitée par les Hyperboréens (5). Dans ces textes, le mot Hyperboréens semble synonyme de Celtes. Faut-il y joindreles textes où il est dit que ristros prend sa source dans les monts llhipées, 'Pir,oc\oLopT,, chez les Hyperboréens, et que Rhipées est l'ancien nom des Alpes (6) ? En dépit du scepticisme d'Héro-
(1) pELLOUTiEn (Histoire des Celtes et parliculièremenl des Gaulois et des Germains, depuis les temps fabuleux jusqu'à la prise de Rome par les Gaulois, nouv. éd., Paris, 1771), partant de cette idée, en arrive à rattacher à la race celtique à peu près tous les peuples de l'Europe ancienne.
(2) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers liabilants de l'Europe, 2^ éd., t. i, p. 232-240. S. Reinacu, Les Hyperboréens, Revue celtique, t. xii, p. 163-166.
(3) ScnoLiASTE d'Apollonios de Rhodes, ii, 677. Fragmenta historicorum grœcorum, éd. Didot, t. lu, p. 290. Cf. Protarque DE Tralles chez Etienne de Byzancc, P^ragmenta historicorum grœcorum, t. iv, p. 485.
{'i). Plutarque, Camille, 22, 2.
(5) ScHOLiASTE d'Apollonios de Rhodes, ii, 675 ; Diodore, II, 47. Fragmenta historicorum grœcorum, éd. Didot, t. ii, p. 386.
(6) Eschyle chez le vScholiaste d'ApoLLOMos de Rhodes, iv,
dote (1) et de Strabon (2), il est probable que les anciennes populations celtiques du centre de l'Europe et de la Grande-Bretagne ont été désignées jadis par le nom vague d'Hyperboréens (3).
Une théorie qui a eu, au siècle dernier, un grand succès auprès des historiens de la Gaule consistait à rattacher à la race celtique (4) les Cimmériens, K'.[jL[jL;pio'., descendants, d'après Josèphe, de Gonier, fils de Japhet. Dans l'Odyssée (o), les Cimmériens sont enveloppés de nuages et de brouillards ; jamais le soleil brillant ne les regarde de ses rayons, ni lorsqu'il va vers le ciel éloilé, ni lorsqu'il retourne du ciel sur la terre; mais une nuit pernicieuse s'étend sur les malheureux mortels. Hérodote (6) dit (jue la Scythie de son temps est l'ancienne Cimmérie et (|ue c'est chassés par les Scythes que les Cimmériens ont quitté l'Europe pour aller ravager l'Asie Mineure. C'est Poseidônios (7) qui le premier conjectura que
■JS'i ; PiNDARE, Olympiques, m, 14 ; IG. H. d'Arbois de JuliAiNviLLE, Les premiers habitants de l'Europe, 2^ éd., t. i, p. 233-
(1) Histoire, iv, 32 ; 36.
(2) Géographie, vu, 3, 1.
(•':!) Le Pseudo-ScYMNus de Chio (v. 184) raconte que les (illes sont très amis des Grecs, È'/ovte; o'./.ïioTzxa irpo; t/jV l./.Xioof. Diodore emploie presque les mêmes expressions en pariant des IIyperboréens:o"y.î'.OT7ia o:7.-/.z'.-:()y.'. "po; ':oùî"t]X).ï,v7^ /libliolhèque, ii, 47, 4). Cf. aussi chez Hérodote, iv, 33, les 1 raditions qui attestent les rapports qu'eurent les Déliens avec l'ï llyperboréens.
|4) On trouve cette théorie chez P. Pezron, Antiquités de ht nation et de la langue des Celtes autrement appelez Gaulois, Paris, 1703, p. 8-9.
(.")) Odyssée, xi, 14-19.
(6) Histoire, iv, 11, 1 : 12.
(7) Strabon, vu, 2, 2.
24 CIMMÉRIENS, CIMBR-ES
Ki|jL|jiép'.o'. était la forme grecque du nom des Gimbres. Cette conjecture fut adoptée par Strabon, Diodore (1) et par Plutarque (2). Fût-elle exacte, qu'elle serait loin de nous conduire à regarder les Cimmériens comme les ancêtres des Celtes, car les Cimbres. Kifi^poi, son' sans doute des Germains. César (3), le Testament d'Auguste (4), Strabon (5;, Tacite {&), Pline l'Ancien (7) nous le disent plus ou moins expressément. A ces témoignages on ne pourrait guère opposer que l'opinion de Ci • céron (8) et de Salluste (9). reproduite apparemment par Diodore (10) et Appien (11).
En tout cas, il n'y a aucun rapport entre le nom des Cimbres et celui des Gallois modernes Cymry (12). Au temps des Romains, ce dernier nom aurait été Comhroges (13) et non Cimbri, et d'ailleurs tout nom commençant par un C dans les langues celtiques ne peut correspondre qu'à un mot germanique commençant par //.
(1) Bibliothèque, v, 32, 4.
(2) Marins, IL 9.
(3) Guerre de Gaule, i, 40.
(4) Corpus inscriptionum latinarum, t. m, p. 782, 1. 16-18.
(5) Géographie, vu, 1, 3.
(6) Germanie, 37. Histoires, iv, 73.
(7) Histoire naturelle, iv, 28, 99.
(8) De l'orateur, ii, 66, 266.
(9) Jugurtha, 114. Cf. Florus, m, 3 (i, 38). (Kl) Bibliothèque, v, 32, 5.
(11) Illyrique, 4. Guerres civiles, i, 29.
(12) H. d'Arbois DE JuBAiNviLLE, Lcs premiers habitants de l'Europe, 2^ éd., t. i, p. 257-258. M. Ridge%\ay, dans une communication à la Cambridge Philological Society (20 févr. 1908) rapproche cymry, Cumber-land, de Cimbri et K'.iJ.uÉp'.&'. Mais la phonétique s'oppose à cette comparaison. J. Loth, Revue celtique, t. XXX, p. 384-391.
(13) Zeuss, Grammatica celtica, 2^ éd., p. 207.
C'est la loi de phonétique germanique bien connue sous le nom de loi de Grimm ou première Lautverschiebung.
Quant aux Teutons qui furent les compagnons des Cimbres lors de l'invasion de 102 avant J.-C, ils appartiennent aussi, d'après César et Pline, à la race germanique. Le nom qu'ils portent chez les auteurs latins est, il est vrai, antérieur à la première Lautverschiebung, qui a changé le t en //i, et leur nom germanique serait dès 102 av. J. C. Theudanâs. Aussi G. Kossinna a-t-il soutenu que Teutoni était un nom celtique (1). Mais H. d'Arbois de Jubainville pense que c'est l'aneien nom germanique cristalUsé en quelque sorte dans la prononciation gauloise (2).
Pour des raisons linguistiques, il convient, de même, d'écarter la thèse d'après laquelle les Ombriens seraient un peuple celtique. Cette thèse apparaît au ni^ siècle de notre ère chez Solin (3), qui rapporte que d'après Bocchus, historien du i" siècle de notre ère, les Ombriens étaient un vieux rameau des Gaulois. Servius (4) donne la même tradition, mais en l'attribuant à M. Antonius, sans doute M. Antonius Gnipho, écrivain du i""" siècle avant notre ère. Ou la trouve aussi chez Isidore (5). Dos écrivains modernes (6) ont cru fortifier cette allégation en comparant au nom des Ombriens, Umbri,
(1) Westdeutsche Zeitschrift fur Geschichte und Kunst, t. ix, p. 199-216.
(2) Revue celtique, t. xii, p. 16-18. Cf. t. xxix, p. 217-218.
(3) Collectanea leruni memorabilium, ii, 11. i'i) Enéide, xii, 753.
(5) Origines; ix, 2, 87.
(6) Par exemple, A. Thierry, Histoire desGaulois, t. i, p. xliij.
^6 OMBRIENS, LESTRVeoNS
en grec 'OuSiiT, une variante du nom des Insubres, peuple celtique de la Gaule cisalpine, établi sur la rive gauche du Pô ; cette variante "ijo^'ipn; pourrait, en effet, prêter à un rapprochement d'ailleurs peu étroit avec "0[jippot ; mais nous n'avons aucune raison de la préférer à la leçon "ivjoppEç, Insubres. Si les Ombriens étaient une branche de la famille celtique, leur langue serait plus prochement apparentée au celtique que celui-ci ne l'est nu latin ou au grec Or il n'en est rien ; l'ombrien se distingue nettement du celtique et les ressemblances grammaticales que présentent les deux langues leur sont communes avec le latin qui n'a jamais été regardé comme une langue celti(jue. Tout au plus, pourrait-on remarquer que le celtique, l'ombrien et le latin ont en commun certaines formations grammaticales (1) et que cette parenté du langage ne peut guère s'expliquer que par des relations intimes et prolongées entre les Celtes et les Italiotes. Si les OmbricMis sont d'origine celtique, il faudrait qu'ils eussent renoncé à leur langue pour adopter une langue italique (2).
Faut-il chercher à retrouver les Celtes de Grande-Bretagne dans les Lestrygons anthropophages de la légende homérique ? Les Lestrygons habitent un pays où un berger ramenant son troupeau appelle un autre berger qui sort à son tour ; là un homme qui ne dormirait pas gagnerait deux salaires, l'un à garder les b(pufs, l'aulre à faire paître les moutons blancs, car les chemins du jour sont proches
(1) Voir ci-dessous, ch. ii.
(2) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers liabita?ifs de l'Europe, t. ii, p. 242-251. Bréal, Les Tables Euguhines (Paris, 1875), p. xxvii. On trouvera les principaux textes relatifs aux Ombriens chez Bertrand et S. Reinach, Les Celtes dans les vallées du Pô et du Danube, p. 73-7G.
(?es chemins de la nuit (1). Or on peut rapprocher ce texte (le remarques de PHne et de Tacite. En Grande-Bretagne, d'après Pline (2), il y a en été des journées de dix-sept heures et môme des nuits claires, tandis que les plus longs jours en Italie ne durent pas plus de quinze heures. Tacite (3) dit que dans le nord de la Grande-Bretagne, certains jours, la nuit est si claire qu'il n'y a que très peu de différence entre le commencement et la fin de la journée. César (4) rapporte que, d'après quelques écrivains, il y avait trente jours de nuit continue en hiver dans les îles Britanniques ; il n'avait pas entendu parler de ce fait, mais il avait seulement remarqué que mesurées à la clepsydre les nuits étaient sûrement plus courtes que sur le continent. D'autre part, on pourrait comparer aux Lestrygons mangeurs d'hommes les Irlandais que Strabon (5j, sans témoignages sûrs, nous rei)résGnte comme de voraces anthropo- })hages qui croyaient faire bien en mangeant les cadavres lie leurs pères, et les Aiticoii de Grande-Bretagne qui, (1 après saint Jérôme (6), se repaissaient avec délices de certaines parties du corps des* bergers et des femmes. Au t inps de César (7) , l'Arverne Gritognatus rappelait encore que les ancêtres des Gaulois, enfermés dans leurs [•laces fortes lors de l'invasion des Cimbres et des JTeutons, et pressés par la faim, avaient soutenu leur existence grâce aux corps de ceux d'entre eux que leur âge rendait inutiles à
(1) Odyssée, x, 82-86.
(2) Histoire naturelle, ii, 77, 136. Cf. Juvénal, Satires, u, 161. (:{) Agricola, 12.
j'i) Guerre de Gaule, v, 13.
.")) Géographie, iv, 5, 4. Cf. Diodore, v, 32, 3.
<)) Contre Jorinien, ii, 7.
7) Guerre de Gaule, vu, 77. Cf. Strabon, iv, 5, 4.
la guerre. Des Celtes qui envahirent l'Etolie buvaient, d'après Pausanias(l), le sang des petits enfants et goûtaient à leur cliair. Toutes ces vagues coïncidences sont loin de permettre une assimilation des Lestrygons (2j aux Celtes.
Des noms généraux des Celtes, passons aux désignations particulières.
Les noms des peuplades celtiques qui nous ont été trans-^ mis par les anciens sont très nombreux. On en compte plus de cent cinquante. Une énumération complète (3) n'offrirait que peu d'intérêt. Aussi ne mentionnerons-nous ici qu( quelques noms curieux à divers titres, et, en premier lieu,j ceux qui servent à désigner à la fois plusieurs peuplades e\ qui témoignent soit de migrations diverses, soit de l'unité de la langue des anciens Celtes au point de vue des dénominations ethnographiques.
Parmi ces noms, quelques-uns s'appliquent à plusieurs^ tribus qui sont distinguées chacune par un nom parti cuîier.
Les Volcac sont partagés en deux branches : les Areco-i mici établis entre le Rhône et la Garonne ; les Teclosagt dans la région de la haute Garonne. Le nom des Volcae es! devenu chez les Allemands Walah, puis Walch, d'où est
(1) Description de la Grèce, x, 22, 3.
(2) D'après Bérard, Les Phéniciens et l'Odyssée, t. II, p. 250J le pays des Lestrygons serait situé en Sardaigne.
(3) Cf. FoRBiGER, Handbuch der alten Géographie aus dei Quellen bearbeitet, 2^ éd., Hanihurg, 1877, t. m. E. Desjardins, Géographie historique et administratire de la Gaule Romaine, Paris, 1878, t. ii. Longnon, Atlas historique de la France,\ l""® livraison, Paris, 1885.
Pour les peuplades citées, je donne l'indication du plus ancien texte où apparaît leur nom. On trouvera les autres réfé-J renées chez Holder, Altceltischer Sprachschatz.
dérivé Welsch qui désigne les peuples de langue romane, Italiens et Français ; chez les Anglo-Saxons, Wealh, d'où le dérivé Wehh qui désigne les Gallois (1).
Les Bituriges Cubi au centre de la Gaule ; les Bituriges Vwisci, sur la rive gauche près de l'embouchure de la Garonne (2).
Les .4w/erci se divisent en quatre tribus : les Eburovices, dans le pays d'Evreux ; les Cenomanni, sur les rives de la Sarthe et de la Mayenne; les Diablintes, sur la rive gauche de la Mayenne; les Branriovices entre la Saune et la Loire (3) .
D'autres peuples ont des établissements en des régions différentes du monde celtique, sans que leurs diverses fractions soient distinguées par des noms différents.
Il y a des Tectosages au sud de la Gaule ; eu Germanie près de la forêt Hercynienne ; et d'autres Tectosages en Asie Mineure (4).
Les Menapii de Gaule sur les bords de la Meuse sont peut-être le même peuple que les Manapii d'Irlande (5). Il est singulier que les voisins des Menapii soient des Chauci et les voisins des Manapii, des Cauci.
On trouve des Parisii en Gaule et des nâpiaoi en Grande- Bretagne (6).
(1) Guerre de Gaule, vu, 7, 4 ; Strabon, iv, 1, 12. Cf. G. Paris, Romania, t. i, p. 5. H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, 2^ éd., t.. ii, p. 420.
(2) Strabon, iv, 2, 1 ; 2.
(3) Guerre de Gaule, vu, 75, 2 ; 3 ; Ptolémée, ii, 8, 7 ; 8. 9.
(4) César, Guerre de Gaule, vi, 24, 2 ; Strabon, iv, 1, 12. Cf. Justin, xxxii, 3.
(5) César, Guerre de Gaule, iv, 4, 2 ; Ptolémée, ii, 9, 5 ; ii, 2, 8.
(6) César, Guerre de Gaule, vi, 3, 3 ; 4 ; Ptolémée, ii, 8, 10 ; II, 3, 10.
Des BriganLes en Grande Bretagne et en Irlande (1) ; cf. les Brigantii de Rhétie (2).
Des Caturiges dans les Alpes Gottiennes (3) ; en Gaule Belgique (4) ; au temps de Pline (3), des Caliirigcs jadis établis près de Milan avaient disparu.
Des Belgae en Gaule entre le Rliin, la Marne, la Seine et l'Océan ; des Belgae en Grande-Bretagne vers Bath et Winchester (d).
Des Atrebates en (Jaule et en Grande-Bretagne (7).
Des Senories en Gaule et des Senones eu Italie entre Ariminum et Ancône (8).
Des Lingones en Gaule et des Lingones en Italie vers le delta du Pô (9).
Des Boii en Pannonie et en Bohème ; dans l'Italie du nord au pied de l'Apennin ; en Gaule Aquitaine dans le pays de Buch ; en Gaule celtique (10).
Des Insubres en Italie auprès de Milan, des Iiisubres en Gaule dans m\ pugus ù&9, Aedui (11).
Des Cenoniani ou Cenomanni en Italie, à l'Est au delà du Pô ; sur les rives de la Sarthc et de la Mayenne (12).
(1) Tacite, Annales, xii, 32 ; Ptolémée, ii, 2, 6.
(2) Strabon, IV, 6, 8.
(3) Strabon, iv, 6, 5.
(4) Itinéraire d'Antonin, 265, 2.
(5) Histoire naturelle, m, 21, 125.
(6) César, Guerre de Gaule, i, 1, 1 ; v, 12. Ptolémée, h, 3, 13.
(7) César, ibid., ii, 16, 2 ; Ptolémée, ii, 9, 4 ; ii, 3, 12 ; 13.
(8) PoLYBE, II, 17, 7 ; César, ibid., u, 2, 3. (V') PoLYBE, II, 17, 7 ; César, ibid., iv, 10, 1-
(10) PoLYBE, II, 17, 7 ; César, ibid., i, 5, 4 ;Strabon, iv, 6, 8; VII, 2, 2.
(11). PoLYBE, II. 17, 4 ; Tite LivE, V, 34, , 9.
(12)^César, ibid., vu, 75, 3 ; Polybe, ii, 17, 4; Pline, Histoire naturelle, iv, 32, 107.
Des Meduli en Gaule, à l'embouchure de la Garonne ; lies MeduUi (var. Meduli) dans les Alpes, vallée de l'Arc (1).
Des Caiuellauni (Calavellauni) en Grande-Bretagne et des CatueUauni en Gaule sur la Marne (2).
Des Cornavii en Grande-Bretagne, à l'extrême nord de l'Ecosse et à l'Est du Pays de Galles (3).
Si l'on s'en rapporte à Pline, il y aurait eu, outre les r>rilanni de Grande-Bretagne, des Britanni à l'embouchure de la Somme (4).
Aux Velio-casses, Bodio-casses, Vidu-casses de Gaule, on peut comparer les Cassi de Grande-Bretagne (o i.
La similitude de deux noms de peuples peut n'être qu'apparente. Le nom des Veneti de Gaule, établis dans le Vannetais, fait songer aux Veneti d'Italie dont le pays est situé au nord de l'Adriatique. Strabon (6) pense que les Vénètes de Gaule ont établi une colonie dans l'Italie du nord, comme l'ont fait les Boii et les Senones ; il ne l'affirme pas, tenant la vraisemblance comme suffisante en pareille matière. L'opinion de Strabon est en contradiction avec un texte d'Hérodote (7) qui nous apprend que les Vénètes, iv/^To! étaient un peuple illyrien. D après Polybe (8), les Vénètes se distinguent peu des Celtes sous le rapport des
(1) Pline, Histoire naturelle, xxxii, 21, 62 ; Strabon, iv, 1,
(2) Ptolémée, II, 3, 11 ; Corpus inscriptionum latinarum, vu, 363 ; Notitia Galliarum, 6, 3.
(3) Ptolémée, ii, 3, 8 ; 11.
(4) Histoire naturelle, iv, 31, 106.
(5) Guerre de Gaule, v, 21, 1.
(6) Géographie, iv, 4, 1 ; v, 1, 4.
(i) Histoire, i, 196, 1.
(8) Histoires, ii, 17, 5.
coutumes et du vAtement, mais les deux langues sont différentes. Depuis, on a trouvé uue vingtaine d'inscriptions vénètes et il a été facile de constater que le vénète n'est pas un dialecte celtique (1). Il est donc impossible que les Vénètes d'Italie, peuple illyrien, établi au fond de l'Adriatique dès le temps d'Hérodote, c'est-à-dire dès le v° siècle, soient une tribu détachée des Vénètes de Gaule, peuple celtique. Que les Vénètes d'Italie se rattachent ou non aux 'Evexoi de Paphlagonie qui, dans la légende homérique, prennent part à la guerre de Troie (2), ils n'en sont pas moins illyriens de nation et de langue, comme d'ailleurs les Aapoàvio'. dont le nom évoque, lui aussi, le souvenir de la Troade (3).
De même, il serait imprudent de confondre les Tanrisci avec les Taiirini. Les deux peuples sont établis dans deux régions différentes : les Taurisci^ entre le Birnbaumerwald et la Save, les Taurini, autour de Turin. Et tandis que les Taurisci sont expressément qualifiés de Celtes par Strabon (4), les Taurini sont pour le même Strabon (5; une nation ligure. Les auteurs anciens confondent souvent ces deux peuples (6).
Certaines peuplades celtiques sont isolées au milieu de
(1) C. Paum, Die Veneter und ihre Schrifidenkmaeler, Leipzig, 1891 (Alliialische Studien, t. m). Cf. un suggestif compte rendu par L. DuvAu, Rei>iie celtique, t. xiii, p. 511-516.
(2) Iliade, ii, 852.
(3) Géographie, vu, 5, 6. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, 2^ éd., t. i, p. 301-302.
(4) Géographie, vu, 2, 2, ; 5, 2.
(5) Géographie, iv ; 6, 6 ; xxi, 38, 5. Cf. Garofalo et II. d'Akbois DE Jubainville, iiev'ue celtique, t. xxvii, p. 155-1 G2.
(6) Etienne de Bvzance les identifie.
LES SOURCES ET LA METHOnE 33
populations de race et de langue différentes et il importe de les signaler. Tels sont :
Les Gotini (var. Cotini) tributaires à la fois des Quadi et des Sarmates et qui parlaient gaulois au temps de Tacite (1) ; ils étaient établis sur la rive gauche de la haute Vistule,
Les Celtes du Danube, mélangés aux lUyriens et aux Tiiraces et parmi lesquels il faut citer :
Les Scordisci que Strabon, d'après Poseidônios, qualifie de l'a/âxat (2) et qui habitaient entre la Save, la Drave et le Danube.
Les lapodes, peuple illyrien, mélangés de Celtes (3).
Les Bastarnae qui avaient une langue et des coutumes qui ne s'écartaient pas de celles des Scordisci (4). Ils occupaient le bas Danube.
Un grand nombre de noms de peuples celtiques sont spécialement intéressants pour nous parce qu'ils ont subsisté jusqu'à nos jours, soit comme noms de pays ou dans des noms de pays (5) :
6'(//7u' de Pannonie (d'où Garniole), ra^/ma du No rique (Tauern, nom allemand d'un massif des Alpes Noriques) ; Vcîiocasses (d'où Veliocassinus Vexin), Ccdeti (pays de Caux), Viromandiii (d'où Viromandiietisis Vermandois),
(1) Germanie, 43.
(2) Géographie, vu, 2, 2. Cf. vii, 1, 1 ; Athénée, vi, 25 ; Justin, xxxii, 3. Cf. P. Perdrizet, Bulletin de correspondance hellénique, t. xx, p. 485 et suiv.
!.'^) Strabon, iv, 6, 10.
l'i) Tite Live, XL, 57, 6. Cf. Jullian, Revue des éludes anciennes, t. viii, p. 263-264.
(5) Voir F. Bourquelot, Mémoires de la Société nationale des anliciuaires de France, t. xxiii, p. 387-436.
G. Dottin. — Manuel de l'antiquité celtique. 3
34 PEIPLES CELTIQUES
Andeccwi (Anjou), Petnicorii (d'où PetrocoricumPéngord), Riiteni [d'où RiUeniciim,B.ouevgue), Vellavi (d'où Vellai'icum Yelay, Vellavum Goëllo) Meduli (d'où Meduliciim Médoc), Santones (d'où Santonicnm Saintooge), Pidavi (Poitou), Arverni (d'où Arverniciim (1) Auvergne), Verlacornacori (Vercors), Cantii (Kent en Grande-Bretagne), Durotriges (Dorset), Durnnonii (Devon), Demetae (Dyvet, forme ancienne du nom gallois du pays situé entre la Teivi et la Tywy) ; Boii (d'où Boiohaemûm Bohême) ;
soit comme noms de villes :
Amhiani (Amiens), Beïïovaci (Beauvais),6'ae55io/<es (Soissons), Rémi (Reims), Atrebates (Arras , Tricasses {Troye&), Senones (Sens), Parisii (Paris), Meldi (Meaux), Eburovices (Evreux), Duroaisses (Dreux), Diablintes (Jublains, Mayenne), Cenomanni (Le Mans), 6'e(/f»n' (Sion en Suisse), Lingones (Langres), Catuellauni (Chàlons-sur-Marne) , Treviri (Trêves), CarniUes (Chartres), Tiirones (Tours), Namneîes (Nantes), Veneti (Vannes), Ciiriosoliles (Gorseult, Côtes-du-Nord) , Redones (Rennes), Abrincatui (Avranches), Baiocasses (Bayeux), Vidiicasses (Vieux, Calvados), Lea;o^à' (Lisieux), Cadiirci (Gahors), 6'a^a/i (Javols, Lozère), Santones (Saintes), Lemouices (Limoges), Bituriges (Bourges), Caturiges (Chorges, Hautes- Alpes), Silvanectes (Senhs).
On connaît donc assez bien les noms des peuples celtiques mais on peut se demander si la quahté celtique d'un nom de peuplade est suffisamment établie par le témoignage des anciens.
(1) A. Thomas, Journal des Sai>ants, 1901, p. 368 ; Revue critique, t. lx, (1905), p. 37.
(2) Cf. R. Haberl, Zur Kenntnis des Gallischen, /eitschrifi jiXr Celtische Philologie, t. vin, p. 89-90.
Quelles raisons conduisaient un auteur grec ou latin à reconnaître pour celtiques un peuple ou une tribu i* A quels caractères distinguait-il un Celte? Quand il s'agit de nations modernes, c'est l'unité politique qui, plus forte que la langue, plus forte que les coutumes, plus forte que la race constitue le peuple. On ne constate point de lien semblable chez les Celtes qui occupaient le centre et l'ouest de l'Europe. Tribus éparses sur de vastes territoires, [»lus souvent en guerre les unes contre les autres que réunies contre un ennemi commun, quels motifs avait un géogra[>he ou un historien pour les comprendre sous une dénomination commune ? Les différences linguistiques, qui nous semblent les plus précises et les plus faciles à apprécier, ne semblent pas avoir été seules à préoccuper les écrivains de l'Antiquité. Polybe (1) remarque que les VénèLes avaient avec les Gaulois quelque ressemblance pour les vêtements et les mœurs, mais aucune pour le langage. Puur César (2), les Belges, les Aquitains, les Celtes diffèrent les uns des autres par la langue, les institutions, les lois. Pour Strabon (3), les Aquitains se distinguent non seulement [lar la langue, mais encore par Leur type physique. Quant aux Germains, César ne les oppose aux Gaulois qu'au point de vue des usages (4). Strabon (5) au contraire les trouva plus sauvages, plus grands, plus blonds que les Gaulois, mais déclare qu'ils ont le même caractère et le même
(1) Histoires, ii, 17.
(2) Guerre de Gaule, i, 1,2.
(3) Géographie, iv, 1, 1.
(4) Guerre de Gaule, vi, 21. Voir toutefois i, .39 ; ci-dessous, ch. m.
(5) Géographie, vu, 1, 2. D'après Strabon, le caractère des peuples dépend non seulement du climat et du sol, mais aussi de l'habitude et de l'exercice. Géographie, ii, 3, 7.