CARACTÉRISTIQUES DES CELTES
genre de vie que les Celtes. Tacite semble déterminer la nationalité tantôt par la langue seule, tantôt par les coutumes, tantôt par l'aspect physique. La preuve pour lui que les Gotini ne sont pas Germains, c'est la langue qu'ils parlent (1). D'autre part, Tacite (2) se demande s'il doit ranger les Veneili de Germanie parmi les Germains ou parmi les Sarmates, et trouve qu'ils se rapprochent plutôt des Germains parce qu'ils bâtissent des maisons, portent des boucliers et aiment à aller à pied. Les Aestii ont les mœurs et l'extérieur des Suèves, mais leur langue se rapproche de celle des Bretons (3). Les Irlandais diffèrent peu des Bretons pour le caractère et la civilisation (4). La parenté des habitants du sud de la Grande-Bretagne avec les Gaulois s'établit par le type physique, par les pratiques religieuses, par la langue, par l'audace qui cherche les dangers, et la crainte qui les évite. Quant aux Calédoniens, c'est à cause de leurs cheveux roux et de leur grande taille que Tacite leur attribue une origine germanique o"*. Suétone (6) rapporte que Caligula, voulant que l'on crût que des prisonniers germains figuraient dans son triomphe et n'ayant sous la main que des Gaulois, leur fit apprendre la langue germanique et changer la coupe et la couleur de leur cheveux. C'étaient donc là pour lui les deux caractéristiques des Germains
Une fois la conquête romaine effectuée, il est probable que la géographie administrative des Romains remplaça les
(1) Germanie, 43.
(2) Germanie, 46.
(3) Germanie, 45.
(4) Agricola, 24.
(5) Agricola, 11.
(6) Caligula, 47.
notions ethnographiques plus ou moins conluses que les anciens avaient conservées des Celtes, et que les historiens et les géographes romains appliquèrent aux Celtes et à la Celtique de César des renseignements qui leur étaient parvenus sur d'autres Celtes et d'autres Celtiques. Ainsi nous ne pouvons être assuré que la dénomination commune de Celtes n'ait été réservée qu'à des peuples de même langue, et que des ressemblanceg, pour nous superficielles, de vêtements ou de coutumes n'aient pas suffi à faire rattacher aux Celtes des tribus parlant une langue non celtique, ou n'ayant jamais constitué avec les Celtes un ensemble politique.
L'archéologie celtique offre des difficultés que ne présentent point au même degré l'archéologie grecque et l'archéologie romaine. C'est qu'elle est tout entière anépigraphe. Aucune inscription importante en langue celtique n'est gravée, semble-t-il, sur les* monuments ou sur les objets que nous sommes tentés d'attribuer à l'art des Celtes. On est donc réduit, pour résoudre les problèmes que pose l'archéologie celtique, à des méthodes d'investigation qui font une grande part à l'hypothèse. Ou peut chercher à dater les restes que les peuples passés ont laissés sur le sol, et, si la date restituée coïncide avec l'occupation du sol en question par les Celtes, attribuer à la civilisation celtique les objets ou les monuments découverts. L'hypothèse serait fortifiée si les mêmes objets se retrouvaient exclusivement dans les pays occupés par les Celtes. Mais une telle dé-
ARCHEOLOGIE
inonstration est à peu près impossible, la date restant toujours discutable et les fouilles et les découvertes étant, malgré l'activité des archéologues, limitées à des étendues restreintes. De plus, comme l'a remarqué H. d'Arbois de Jnbainville, on ne peut pas établir de rapport certain entre la langue d'un peuple et la forme des armes ou des outils dont ce peuple se sert. « On peut changer d'armement sans changer de langue; la Frïmce n'a pas abandonné l'iisiige du français quand elle a adopté la poudre de guerre et les armes à feu (1) ». « Quelle preuve avons-nous que la circonscription géographique dans laquelle le commerce a répandu un objet artistique ou industriel quelconque à une date reculée ait été, à cette date, occupée par des peuples qui parlaient la même langue ou qui formaient le même groupe politique (2) ? » Enfin des peuplades géographiquement isolées ou peu douées de qualités d'assimilation pouvaient être, à un certain moment, dans un état de civilisation très difrérent de celui d'autres peuples de même race et de môme langue qu'eux. L'unité de civilisation n'implique ni la parenté de race, ni l'identité de langue et ce que l'on serait tenté d'attribuer à la différence des temps peut tenir souvent à la différence des lieux.
La distinction des peuples par les modes de sépulture ne donne guère de résultats plus précis que la distinction par los objets. A la période la pins ancienne de leur histoire, les Romains inhumaient leurs morts (3) ; vers le temps de Servius ïuUius, mort en 334 avant J.-C, l'inhumation est remplacée par l'usage de brûler les morts ; et. à l'époqne
(1) Revue celtique, t. xx, p. 391.
(2) Revue celtique, t. xviii, p. 126.
(3) CicÉRON, De legibus, u, 22. Pline, 54, 187.
chrétienne, l'inhumation redevient en usuge. On ne peut prétendre que les Celtes n'ont pas, de même, passé par des usages différents ou employé simultanément les divers modes de sépulture. Sur le sol de la Gaule, on trouve une population qui inhumait ses morts sous les dolmens ; une population qui incinérait les défunts, mettait leurs cendres dans des urnes et enfouissaient ces urnes sous des tombelles ; puis une troisième population qui inhumait les morts. On hésite à donner à ces populations trois noms différents et à attacher exclusivement à l'une d'elles le nom des Celtes. Mais on a remarqué avec raison que, si en un siècle la fabrication des armes, des outils ou des parures peut subir dans un même pays des transformations considérables, les changements dans les croyances religieuses ou les rites funéraires sont en général insignifiants et inappréciables (1).
L'archéologie doit seulement nous apprendre à quelles civilisations on peut rattacher les Celtes, sans qu'il soit possible de déterminer à quel peuple ces civilisations ont originairement appartenu. Nous avons de l'état industriel et social des habitants du centre et de l'ouest de l'Europe des indices qui sont bien antérieurs aux premiers témoignages historiques un peu détaillés qui nous aient été conservés sur les Celtes.
G'est^ en effet, dans la période comprenant les huit derniers siècles avant notre ère que l'on peut rechercher les traces archéologiques de l'ancienne civilisation celtique.
On ne peut la jalonner de quelques dates qu'à l'aide des
(1) Ch. ReiNEL, Les religions de la Gaule ai^atii le christianisme, Paris, 1906, p. 113-114.