L.\ LAN(;UK
près le môme que celui que parlent les Trévlres. 11 est, à la rigueur, possible que saint Jérôme ait -reproduit, d'après un autre, un renseignement qui aurait été exact trois ou (juatre siècles plus tôt. H est probable que le dialecte barbare que saint I renée, évêque de Lyon au n^ siècle, se déclarait occupé à étudier (1) était le celtique.
Des surnoms donnés à l'Empereur Galba (68-69) et à Autonius Primus i/iO-IOO) s'expliquent par les langues celtiques (2) et étaient compris au i" siècle de notre ère. Du IV* au vi" siècle, Ausone, Forlunat, Grégoire de Tours citent des mots gauloÏH. Marcellus de Bordeaux donne en gaulois les noms de certaines plantes. Rien ne prouve qu'il s'agisse d'autre chose que de survivances d'une langue à peu près disparue. Et nous avons vu (3) que la plupart des mots transmis par îMarcellus ne s'expliquent pas par les langues celtiques. Enfin, dans quelques cas. il peut être question, non d'une langue celtique, mais de la langue romane de Gaule (4). Nous n'avons donc aucun témoignage clair sur l'usage et la disparition du celtique continental. Il est probable qu'il étaif tout à fait oublié en Gaule au VI» siècle (dj. La disparition en fut sans doute aussi complète dans la péninsule armoricaine que dans le reste de notre
(1) Contra hsereses, I, pref., Migne, Patrologia grœca, t. vii, col. 444.
(2) Voir ci-dessus, p. 75, 81.
(3) Ci-dessus, p. 77-78.
(4) Par exemple le tripetias « tripodas » cité par Sulpice Sévère (Dialogues, ii, 1), semble appartenir au latin vulgaire.
(5) F. Brunot, Origines de la langue française (Petit de Julleville, Histoire de la langue et de la littérature française, t. I, p. xix-xLii) ; F. G. MoHL, Introduction à la chronologie du latin vulgaire, Paris, 1899, p. 65.
CELTOMANES
pays (1). Ce ne fut qu'au vi* siècle que des Celtes chassés de Grande-Bretagne par rinvasii»n saxonne débarquèrent en Armorique par petites troupes et y apportèrent leur langue et leur civilisation. Rien n'autorise à #roire qu'ils trouvèrent, dans la langue des Gallo-Rouiains auxquels ils se mélangèrent, quelques restes du celtique de Gaule.
Aussi ne conroit-on guère l'erreur fondamentale des celtomanes français du xvin® siècle qui prirent le breton de leur temps comme type de vieux celtique, sans se préoccuper des modifications qu'il avairt pu subir dans le cours de dixhuit siècles. Ils ne s'en tinrent mal'ieureusement pas là. Ils prétendirent expliquer, non seulement le français, mais encore toutes les langues par le breton (2). Pour démontrer l'origine bretonne de la langue Irançaise, il leur suffit de renverser l'ordre historique des rapports pour les doublets formés par les mots bretons identiques à des mots français; ces mots ont été empruntés soit au latin (3), soit au français par le breton, depuis l'époque des premières relations avec llome, puis avec la Fiance, jusqu'en notre temps ; on s'en servit pour prouver que le français avait tiré du breton plusieurs milliers de mots. Ainsi par exemple, d'après La Tour d'Auvergne (1743-1800; le français air viendrait du bictoné/- {i), chambre du hveton cainbr, dent du breton
(1) J. LoTH, L'Emii^ration bretonne en Armorique, p. 82-84. Les liavaux ingénieux de A. Travers (Rei^ue de Bretagne, t. XI, et à part, Rennes, 1906, 1907), n'ont pas réussi à démontrer la persistance du celtique en Armorique.
,2) Sur les théories sur la langue des Celtes, voir V. Tourneur, Esquisse d'une histoire des études celtiques, Liège, 1905, p. 188-206.
(3) Voir J. LoTH, Les mots latins dans les latigues briitoniques, Paris, 1892.
(4) La Tour d'Auvergne-Corret, Origines gauloises ou
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datil, haleine du breton halan, chaîne du breton chaden, nialin du breton minlin, prix du breton pris (1).
Quant au rapport du breton avec d'autres langues, on ne put l'établir que par des coïncidences dues au hasard, ou de véritables calembours. Le breton dour « eau » aurait donné le grec jowp ; de tan « feu » et de ti « maison » s'est formé le grec Tfxav ; de hara < pain « vient l'hébreu barach ; de ran « grenouille », l'hébreu ranach « il a crié » ; Noé est l'homme « nu » bret. noeth ; Mercure « l'homme des femmes » bret., merc'h-wr ; Adam et Eve tirent leur nom des premières expressions qui sortent de la bouche des enfants bretons pour demander à boire et à manger ; Carolus ?,\gmfie <( ami du soleil », car-eol en breton; Paris signifie « l'égale dis » par-ls \2). Taudis que Le Brigant (1720- 1804) expliquait parle basbrelou le ta'itien, le caraïbe, le chinois et le sanskrit (3j, une autre langue celtique, l'irlandais moderne, était donnée par Vallancey (1721-1812) comme interprétant les racines primitives du punique et de l'algonquin (4).
Les couclusions de l'étud'e qui précède ressortent, il me semble, assez clairement du simple exposé des faits pour qu'il ne soit pas nécessaire de les développer longuement
recherches sur la langue, l'origine et les antiquités des Celto- Bretons de l'Arniorique, pour servir à l'histoire ancienne et moderne de ce peuple et à celle des Français, 3® éd., Hambourg, 1801, p. 179.
(1) Cf. MicHELET, Histoire de France, t. i (1833), p. 142, note.
(2) La Tour d'Auvergne, Ihid., p. 178, 99, 102, 136, 104. Cambry, Alonunieiits celtiques, p. 355, 361.
(3) Observations fondamentales sur les langues anciennes et modernes, Paris, 1787.
(4) An essajj on the antiquitij oj tite Irisk language, Dublin,
L'identification et la traduction des noms propres, purement hypothétiques f|uand ces noms ne coïncident pas en tout ou en partie avec des noms communs connus par ailleurs, ne peuvent donner aucun renseignement certain sur le vocabulaire du vieux celtique. Or, c'est l'onomastique qui nous offre la matière la plus riche, tant dans les inscriptions que chez les auteurs de l'Antiquité.
Quant aux quelques noms communs conservés par les auteurs anciens, un petit nombre seulement ont pu être identifiés à des mots celtiques ; pour les noms dont les anciens ne nous ont pas donné le sens, cette identification est nécessairement problématique. Il est encore plus hasardeux de chercher à retrouver les siihsirata romans des restes de vieux celtique.
Les inscriptions trouvées en Gaule et que l'on attribue d'ordinaire à la langue celtique semblent se partager en deux groupes : dans l'un, la langue est sans aucun doute procliement apparentée à l'italique ; dans l'autre, à peine çà et là un mot peut-il s'expliquer avec quelque vraisemblance par les langues celtiques, le reste appartient à une langue encore indéterminée (1). Les inscriptions de la Gaule Cisal pine offrent encore moins d'éléments celtiques que celles de la Gaule Transalpine.
La linguistique peut nous faire connaître scientifiquement
(1) Il est possible que la plupart des mots que l'on n'interprète pas par les langues celliqiu^s appartiennent au ligure. Mais on ne peut le démontrer, puisque le ligure n'a pas, comme le vieuxceltique, donné naissance à des langues que l'on puisse étudier. Sur le ligure, voir H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitatits de l'Europe, 2^ éd., t. ii, p. 47-70, 8G-205 ; Jullian, Histoire de la Gaule, t. i, p. 123-125 ; t. ii, p. 367.
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l'état ancien des dialectes celtiques pariés dans les Iles Britanniques et restituer un vocabulaire qui ne doit s'écarter que sur quelques points de détail de la réalité, mais l'étude des restes du celtique continental ne nous révèle que de misérables débris.