ACCENT
L'accent du vieux celtique nous est connu à la fois par les mots transrais par les anciens et par les langues celtiques des Iles Britanniques. Un assez grand nombre de noms de lieux celtiques ont, comme nous l'avons vu, persisté jusqu'à nos jours et il est facile de déterminer quelle était dans ces noms la place de l'accent. Dans un certain nombre de ces mots, les lois de l'accentuation latine ne sont pas observées (1). On a, par exemple, les composés : Ebiirùvices, Evreux ; Vidûcasses, Vieux ; Durôcasses, Dreux ; Tricasses, Troyes ; Bodiôcasses, Baveux ; Bitùriges, Bourges ; Catûriges, Ghorges ; Autessiôdunim, Auxerre ; Epomanduôdnrnm, Mandeure ; les dérivés : Némausum, Nîmes ; Arelate, Arles ; Brimte, Brioude ; Côndate, Candos.
Au contraire, les lois de l'accent celtique concordent avec les lois de l'accent latin dans :
Lugiidûniun, Lyon ; Carohriças, Ghabris ; Medioléniim, Milan ; Vernodnbrum, Vernoubre ; Atrebdtes, Arras ; Cambârilum, Ghambord ; Rotômagus, Rouen; Diirocôregnm, Donqueur ; et dans : Nemours, Arlet, Brivé, Gondé, doublets de Nimes, Arles, Brioude et Gandes ; peut-être aussi dans Berry, Ghéry doublets de Bourges, Gborges, s'ils ne dérivent pas des adjectifs Bituriciim, Caturicuni.
L'accent de l'initiale, qui apparaît comme accent principal en vieil irlandais et qui était sans doute aussi à l'oiigine l'accent du vieux celtique, semble avoir coexisté avec un accent qui ne dépassait pas l'antépénultième, et qui
(1) H. d'Arbois de JuBAiNviLLE, Mémoires de la Société de linguistique de Paris, t. ii, p. 278 ; t. vi, p. 337. W. Meyer- LùHKE, Si(zui}gsberichte der kais. Akademie der Wissenschaften in Wien, Philosophisch-historisohe Classe, t. cxi,ni (1901) ; R. Haberl, Die Betojiung im Gallischen, Zeitsclirift (iir Celtische Philologie, t. viii, p. 95-101.
dans les composés en -casses, -riges, -rituni, -magiis, -reguni et peut-être dans quelques composés en -(/wz-um portait sur la voyelle finale du premier terme.
L'histoire intérieure du vieux-celtique est assez mal connue. On doit se contenter des rares renseignements transmis par les anciens, que les langues des barbares n'intéressaient guère. Diodore écrit que les sons du gaulois étaient rudes (1). La comparaison des mots du celtique de Grande-Bretagne avec les mots provenant du celtique continental ne permet pas de relever des différences importantes entre les deux dialectes. La réduction des diphtongues à des voyelles longues que l'on a notée en Grande-Bretagne peut tenir à ce que les inscriptions des îles sont postérieures à celles du continent (2). Commius, roi des Morini, envoyé par César en Grande-Bretagne, n'a pas, semble-t-il, besoin d'interprète pour se faire entendre des Bretons (3). La langue des Bretons est, d'après Tacite (4), peu différente de celle des Gaulois. Les dialectes celte et belge ne différaient que légèrement l'un de l'autre (5). Les trois jjcuplades galates des Trocmi, Tolistohogii et Tectosages parlaient la même langue (6). Les assemblées générales des peuples gaulois n'étaient possibles qu'entre peuples de même langue.
La domination romaine en Grande-Bretagne, qui dura quatre siècles, n'ent pas pour conséquence le remplacement
(1) Bibliothèque, v, 31, 1.
(2) J. LoTii, Chrentoniathie bretonne, p. 32.
(3) Guerre de Gaule, iv, 27. Cf. i, 19, 3 ; v, 36, 1.
(4) Agricola, 11.
(.j) Strabon, IV, 1,1.
(b) Strabon, xii, 5, 1.
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du celtique par le latin. Les Romains eurent beau ouvrir (les écoles (1), leur langue ne laissa que quelques mots dans les dialectes bretons (2).
Le celtique continental a disparu, senible-t-il. de bonne heure, en ne laissant que quelques traces dans les langues romanes et les laneues germaniques. A quelle date a-t- il disparu ? Dès le temps de Strabon, la plupart des Cavari avaient appris le latin (3). Lucien parle d'un sorcier de Paph^ lagonie qui pouvait répondre en celtique, KsXxtaTÎ, sans que nous puissions savoir s'il s'agit du celtique des Iles, du continent ou de l'Asie .Mineure (4). Ulpien, mort en 228, déclare que les fidéicommis peuvent être rédigés en langue gauloise: gallicanu. Lampride \^o) raconte qu'une dry us prédit en gaulois, gallico ser/nune, à Alexandre Sévère sa fin prochaine. Sulpice Sévère 6), au commencement du Y* siècle, met en scène dans un de ses dialogues un Gaulois qui s'excuse de son langage et auquel son interlocuteur ré- [)ond : Parle- nous celtique (ccUicc), ou, si tu i)réfère8. gaulois (^'«//m) (7). Saint Jérôme (8), 341-420, qui avait séjourné à Trêves et à Ancyre, écrit que les Galates se servent de la langue grecque, mais que, de plus, ils ont un idiome qui leur appartient en propre et qui est à peu
(1) Tacite, Agricola, 21.
(2) Voiï J. LoTH, Les mois latins dans les langues hriltoniques, p. 17-22.
(3) Strabon, iv, 1, 12.
(4) Alexandros, 51.
(5) Sévère, 60, 6.
(6) Dialogues, 1, 27, 4.
(7) Cf. E. Ch. Babut, Revue historique, t. civ, p. 287-292. Toutes les inscriptions galates ou relatives aux Galates sont eu grec. C. JuLLiAN, Ilisloire de ta Gaule, t. i, p. 367.
(s) Commentaire de l'EpHre aux Galates, ii, chez Migne, Patrologia latina, t. xxvi, col. 382.