‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 37 sur 158 · PORTRAIT MORAL · texte numérisé non relu

PORTRAIT MORAL

un indice céphalique moyen (1). Les crânes découverts en Grande-Bretagne dans les barrows ou tertres funéraires sont surtout dolichocéphales, tandis que les sépultures plus anciennes contiennent un plus grand nombre de brachycéphales (2).

Gomme il est probable que les guerriers dont on a trouvé la dépouille étaient des chefs, on peut se demander si les observations que l'on a faites ont quelque valeur pour déterminer les caractères physiques de la population en général, et si elles ne se rapportent pas presque exclusivement à l'élite de la nation. Les Gaulois du Capitoie et de la villa Ludovisi ont les traits rudes, le front bas, le nez court, le menton développé, la mâchoire puissante, le cou épais ; ils sont nettement brachycéphales ; ils ont des membres vigoureux, plus massifs qu'élégants (3).

La précision, que nous ne pouvons mettre dans la description i)hysique des Celtes, nous manque plus complètement encore lorsqu'il s'agit de tracer leur portrait moral et intellectuel. Les qualités et les défauts des Celtes n'ont guère été rapportés que par leurs ennemis. Il n'y a pas lieu d'attacher une importance exagérée à des généralisations naïves, fondées sur des observations superficielles. Les opinions dos anciens sont d'ailleurs loin de concorder exactement (4)

(1) Gross, La Tène, p. 50-52.

(2) Greenwell, British barrows, p. 129, 212. Davis and Thurnam, Crania hritannica, London, 1865, p. 226-232-

(3) CouRB.\uD, Le bas-relief romain à représentations historiques, p. 257-258.

(4) RoGET DE Belloguet, Ethnooénie canloise, t. m, p.4-

Tandis que Tite-Live (1) considère, après César (2), la religiosité comme un trait distinctif du caractère gaulois, Cicéron (3) leur refuse tout sentiment de piété et de justice. Aristote (4) et, après lui, Diodore (5) et Athénée (G) ont accusé les Celtes de pédérastie ; mais les écrivains rumains ne leur attribuent pas ce vice.

Leur perfidie est notée par Polybe (7) ; Brennos est habile aux ruses de guerre (8) ; mais Slrabon (9) et l'auteur du De bello Africano ^^10) leur reconnaissent une nature simple et pas méchante, un caractère ouvert et très peu insidieux ; ce sont, disent-ils, des hommes qui ont l'habitude de lutter avec le courage et non avec la ruse (11).

Tous les anciens s'accordent à les taxer d'inconstance et de mobilité d'esprit ainsi que d'irréflexion (12). Chez les Gaulois, dit Polybe, c'est la passion bien plus que le calcul et la raison qui règle tout en souverain arbitre (13). César connaissait leur caractère léger, mobile, avide de nouveauté (14) ; il avait remarqué qu'ils décidaient souvent les

(2) Guerre de Gaule, vi, 1»6.

(3) Pour Fonteius, 12 ; 13.

(4) Politiques, ii, 6, 6.

(5y) Bibliothèque, v, 32. Cf. Strabon, iv, 4, 6.

(6) XIII, 8. 79. Cf. H. d'ÂRBOis de Jubaiisville, La famille celtique, Paris, 1905, p. 187.

(7) Histoires, ii, 7.

(8) Pausamas, X, 20, 7.

(9) Géographie, iv, 4, 2. Cf. Diodore, v, 21, 5 (Bretons).

(10) Guerre d'Afrique, 73.

(11) Voir toutefois la ruse de guerre racontée par Théopompe, ci-dessous, ch. vu.

(12) Polybe, ii, 32 ; m, 70 ; 78 ; Tite Live, xxii, i ; Guerre de Gaule iv, 5 : Strabon, iv, 4, 2 ; 5; Silius Italicus, viii, 16-17.

(Iri) Histoires, ii, 35.

(14) Cf. Horace, Epodes, xvi, 6. A. Jacob, Revue de philologie,

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 10

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affaires les plus importantes sur des bruits et des rapports qu'ils ne prenaient point la peine de contrôler, et qu'ils ne tardaient pas à se repentir d'avoir agi d'a[)rès des nouvelles incertaines et la plupart du temps inventées pour leur plaire (1).

La bravoure des Celtes est bien connue (2). Ils étaient belliqueux, vifs, [)rompts à se battre et toujours prêts à répondre aux provocations qu'on leur adressait (3). Jadis supérieurs aux Germains par le courage, les Gaulois s'étaient peu à peu accoutumés à se laisser battre par eux (4) Au temps de César, les Belges étaient les plus braves des peuples de la Gaule et les Helvetii l'empor talent en courage sur les autres Gaulois. Les Bellovaci sur()assaient en gloire militaire tous les Gaulois et les Belges (5). Mais siles Gaulois étaient [)rom[)ts à prendre les armes ils manquaient de fermeté pour supporter les défaites (6).

Leur cruauté à la guerre avait terrifié les Grecs et les Romains (7). Les Celtes qui envahirent la Grèce immolaient

t. XXXVI (1912) lit tp'.XôvcO'. au lieu de tpiXô.eixo'. chez Stua BON, IV, 4, 3.

(1) Guerre de Gaule, iv, 5. Cf. m, 10 ; vi, 20, 2; nata in vaiws tumultus gens : Tite Live, v, 37,8.

(2) PoLYBE, II, 14, 30. Tite Live, v, 44 ; Strabon, iv, ^.2; Florus, II, 4 ; Elien, Histoire variée, xii, 23 ; Ammien Marcellin, xv, 12, 3.

(3) Strabon, iv, 4, 2.

(4) Guerre de 'Gaule, vi, 24.

(5) Strabon, iv, 4,3. Guerre de Gaule, I, 1. Cf. Plutarque, César, 20, 4.

(6) Guerre de Gaule, m, 19.

(7) Justin, xxiv, 4 ; Silius Italicus, viii, 18-19. Cf. CicÉron, Des provinces consulaires, 33 ; Lettres, i, 1 -, Justin, xxxii, 3 {Scordisci) ; Orose, v, 23, 17 [Scordisci],

les captifs (1), achevaient les blessés (2), massacraient les vieillards et les petits enfants, violaient les femmes (3). Les Bretons étaient aussi sanguinaires que les lUyriens (4) pourtant réputés pour leur barbarie. Les Gaulois cisalpins et transalpins coupaient les têtes des ennemis tués et les rapportaient suspendues au cou de leurs chevaux ou fixées au bout de leurs lances (5) pour les clouer comme autant de trophées devant leurs maisons , Poseidônios en avait vu souvent ; il avait été long à pe faire à ce spectacle ; toutefois l'habitude avait fini par le rendre insensible. Les têtes des chefs ou personnages illustres étaient conservées dans l'huile de cèdre, en un coffre, et ils les montraient avec orgueil aux étrangers, refusant de les vendre, même quand on voulait les leur acheter au poids de l'or (6). En 216 avant Jésus-Christ, les Boii, après avoir tué dans la bataille le consul désigné Postumius, lui coupèrent la tête et la portèrent en triomphe dans leur temple le plus vénéré ; là, suivant la coutume, ils la nettoyèrent et l'ornèrent d'or pour qu'elle servît aux libations dans les fêtes religieuses i^ 7). Les Scordisci buvaient le sang des ennemis dans des crânes (8).

Sur l'arc de triomphe d'Orange figurent des lêtes cou

(1) DioDORE, V, 32. Pausanias, X, 22, 3. Cf. Sopatros chez Athénée, iv, 51.

(2) Pausanias, x, 23, 6.

(3) Pausanias, x, 22, 3-4 ; Diodore, xxxi, 13. Cf. Parthé-

NIOS, 8.

(4) HÉRODiEN, III, 7, 2 ; 14, 8.

(5) TiTE LivE, x, 26, 11. Diodore, v, 29 ; xiv, 115. Strabv)n, IV, 4, 5 ; Justin, xxiv, 5 ; Silius Italicus, ïv, 213-215 ; Polven, Stratagèmes, viii, 7. 2.

(6) Strabon, IV, 4, 5. Cf. Diodore, v, 29.

(7) Tite LiiiE, XXIII, 24. Cf. Silius Italicus, xni, 482. La mèmecoutunic est attribuée par Solin, (15, 13) aux Essedones.

(Sy Ammien Marcellin, xxvii, 4, 4.

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pées. On en trouve aussi sur le trophée d'Entremont au cou d'un cheval (i). Sur une monnaie, un guerrier tient à la main une tête ; et ce sont peut-être des têtes coupées qui figurent sur des monnaies de tribus de l'ouest de la Gaule (2).

L'épopée irlandaise nous fournit plusieurs exemples de cette coutume. Lugaid coupe la tête de Guchulaian ; Gouall Cernach coupe la tête de Lugaid ; dans une salle du palais des rois d'Ulster, on conservait les têtes des ennemis illustres qu'on avait lues (.'i; D'après Solin, les Irlandais se barbouillaient le visage du sang de leurs ennemis morts 4).

Dans la bataille, les Celtes avaient des accès de fureur sauvage (5; ; ils étaient honteux de périr des suites de légères blessures ; ils élargissaient leurs blessures pour qu'elles fussent plus apparentes 6) ; vaincus, ils tournaient leurs armes contre eux-mêmes après avoir tué leurs femmes et leurs enfants (7). Les Celtibères jugeaient impie

(1) S. Beinacii, Catalogue sommaire du musée des antiquités nationales, p. 40. Matériaux pour l'histoire de l'iiontme, t. iv, (1868), p. 381-382. Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, t. I, p. 83, 197.

(2) Blanciikt, Traité des monnaies gauloises, p. 302, 308, 341. P. Ch. Robert, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et belles-lettres, 1885, p. 272-278. C. Jullian Histoire de la Gaule, t. II, p. 202, 351.

(3) Cours de littérature celtique, t. v, p. ii, 347, 352, 353. Cath Finntràga, ediled by Kuno Meycr [Anccdota Oxoniensia, mcdiaeval and modem séries, i, 4) Oxford, 1885, p. 79.

(4) Collectanea rerum mirabilium, 22, 2.

S (5) Denys d'HALiCARNAssE, XIV, 10, 17 ; Florus, II, 4 ; Pau- SANIAS, X, 21, 3.

(()) TiTE LivE, XXXVIII, 21 (Galates).

(7) PoLYBE, II, 31, 2.APPIEN, IV (Séiions) 11. 90^97 (Celtibères) DioDORE, XXII, 9. Strabon, III, 4, 17 ; Pausania», x, 23, 8 ;

de survivre dans la bataille à celui auquel ils avaient voué leur vie(l). Le groupe de la villa Ludovisi représente un Gaulois se tuant, après avoir tué sa femme, sans doute pour échapper à l'esclavage.

Les Celtes étaient arrogants et querelleurs (2).

Ils allaient en armes à la rencontre des vagues qui envahissaient leurs rivages (3) ; ils bravaient les incendies (4) ; ils se seraient crus déshonorés s'ils avaient évité la chute d'un mur ou d'une maison (5). Leur vanité s'exprimait en fanfaronnades (6) et l'Antiquité prêtait à des Gaulois plusieurs réponses fameuses (7). .

Les Celtes étaient très avides. C'était par cupidité, prétendent les anciens, qu'ils s'engageaient en de lointaines expéditions pour se livrer au pillage, et vendaient leurs corps et leur bravoure à qui voulait les acheter (8). Pourtant Appien rapporte qu'ils refusèrent l'argent que le sénat romain leur offrait s'ils consentaient à lui laisser les Fabius,

Justin, xxiv, 8. Orose, v, 14, 5-6.Florus, ii, ii, 6, (Galates) ; II, 18,15 (Celtibères).

(1) Valère Maximb, II, 6, 11.

(2) Timagène chez Ammien Marcellin,xv, 12, i ; Strabon, iv 4, 6.

(3) Morale à Eiidème, ni, 1 ; Aristote, Morale à Nicomaque, m, 7, 7.

(4) Elien, Histoire variée, xii, 23.

(5) Nicolas de Damas, chez Stobée, Anthologie, xliv, 41.

(6) Strabon, iv, 4, 5 ; Diodore, v, 29 ; Arrien, Anabase, i, 4, 8 ; Denys, xiv, 9, 15.

(7) Ptolémée Lagos, chez Strabon, vu, 3, 8 ; Arrien, Anabase, i, 4, 7 ; TiTE Live, v, 36 ; 48 ; Plutarque, Camille, 17; 28. Justin, xxiv, 5, 6. Cf. Valère Maxime i, 1, ext. 9, Diodore, XXII, 9, 4.

(8) PoLYBE, II, 22 ; TiTE Live, xxi, 20 ; xxxviii, 27 (Galates) ; Appien, iv, 11 ; Diodore, v, 27 ; Justin, xxv, 1 ; 2. Plutarque Pyrrhus, 26, 10.

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