PORTRAIT MORAL
coupables d'avoir violé le droit des gens (1). Les Scordisci n'introduisaient pas d'or dans leur pays (2).
L'inlempérance des Celtes élait célèbre (3). L'aniuur du vin, disait-on, les avait attirés en Italie (4) Ils rogardaient le mélange d'eau et de vin comme un poison, disait Cicéroi! (5), et, à en croire Ammien Marceilin (G), des gens de la basse classe tombaient, à force de boire, dans une sorte (lo folie.
Los Celtes étaient fort hospitaliers. Ils ne fermaient jamais les portes de leurs maisons (7). Le passant qui entrait partageait leur repas et après dîner seulement, les Gaulois demandent à leurs hôtes qui ils sont et de quoi ils ont besoin (8). Quand des étrangers voyageaient chez les Celtibères, tout le monde voulait les recevoir : on regardait comme aimés des dieux ceux qui étaient en compagnie d'étrangers (9). Faut-il dès lors attribuer aux Celtes la coutume de mettre à mort les étrangers qu'Héraklès, selon Diodore, abolit dans la Celtique '^ (10). Les habitants de la
(i) Histoire romaine, iv, 3.
(2) Athénée, vi, 25.
(3) Platon, Lois, i, p. 637 d. ; Appien, iv, 7. Cf. Polybe, xi, 3, 1 ; Plutarque, Camille, 30 ; Polyen, Stratagèmes, viii, 25, 1.
(4) Pi.iNE, xn, 2, 5. Cf. JUSTIN, xxiv, 7.
(5) Pour Fonleius, d'après Ammien Marcellin, xv, 12.
(6) Histoire romaine, xv, 12 ; cf. Diodore, v, 26 ; Arrien, Entretiens d'Epictète, ii, 20, 17.
(7) Nicolas de Damas, fr. 105 (Stobée, Anthologie, xliv, 41). M. Pf.hdizet (Rei^ue des études anciennes, t. vu, p. 30-32) pense que c'était pour permettre aux âmes des morts d'entrer dans leurs anciennes demeures et rapproche diverses croyances analogues chez les peuples celtiques. Voir A. Le Braz, La légende de la mort, 3^ éd., t. i, p xlix.
(8) Diodore, v, 28.
(9) Diodore, Bibliothèque, v, 34.
(10) Bihliothèque, iv, 19. Cf. v, 24.
Grande-Bretagne sont, d'après Horace il), cruels pour les étrangers.
Quelles que soient les contradictions qu'il présente, ce portrait moral n'est en général pas flatteur pour les Celtes. Les Celtes qui sont mentionnés individuellement chez les écrivains grecs et latins sont dépeints sous des traits plus agréables. Gicéron était devenu l'ami du druide gaulois Diviciacns (2), et se porte garant de la douceur et de la probité du roi galate Déjotarus (3). Les deux fils du roi galate Adiatorix luttent de générosité pour décider lequel d'entre eux mourra avec leur père 4). Glondicus, roi des Gaulois, renvoie sain et sauf Antigone qui s'était chargé de porter à l'armée gauloise les propositions perfides du roi de Macédoine Persée (3). Même, certains peuples celtiques sont re[)iésenté-î comme doués de sérieuses (jualités. Les Allobroges refusèrent (6) de livrer aux Romains les princes des Saliji qui s'étaient réfugiés chez eux. César (7) reconnaît que les Volques Tectosages ont une grande réputation de justice.
Sur la valeur intellectuelle des Celtes, les anciens ne s'accordent guère mieux 'que sur leur nature morale. CatoM, dans une phrase célèbre, nous apprend que les Gaulois cisalpins cultivent avec un grand talent deux arts : l'ait de la guerre et l'art de [)arler avec habileté (8). Poil) Odes, m, 4, 33.
(2) De la Divination, i, 41. Cf. Guerre de Gaule, i, 19.
(3) Ibid., Il, 37 ; Pour Déjotarus, (", 1G ; De la réponse des aruspices, 13.
(4) Strabon, XII, 3, 35.
(5) TiTE LiVE, XLI, 26.
(6) Appien, Histoire romaine, iv, 12.
(7) Guerre de Gaule, vi, 2^, 3.
(8) Origines, ii, fr. 3, chez Charisius ; Keit., Grammaiiri latini,
152 PORTRAIT INTELLËCTDEL
lybe, contemporain de Gaton, dit que les Cisalpins étaient étrangers à tout ce qui n était pas guerre ou agriculture; toute autre science, tout autre art leur était inconnu (1). César leur reconnaît surtout l'esprit d'imitation (2). Diodore représente les Gaulois transalpins comme des hommes qui parlent peu en conversation, qui s'expriment par énigmes et affectent de laisser deviner la plupart des choses. Ils emploient beaucoup l'hyperbole, pour se vanter eux-mêmes et pour abaisser les autres. Dans leurs discours, ils sont menaçants, hautains, et portés au tragique ; ils sont cependant intelligents et capables de s'instruire (3). Les mêmes Transalpins, d'après Strabon, ont l'esprit simple (i-Xoôv) et peu sensé (ivô/Tov) ; on était parvenu à leur faire goûter l'étude des lettres (4) Les Romains d'Agricola, pour déterminer les habitants de la Bretagneà adopter la civilisation romaine, disaient préférer les dispositions naturelles des Bretons à l'instruction des Gaulois et avaient obtenu ce résultat, que les Bretons, qui peu auparavant refusaient d'apprendre la langue latine, désiraient dès lors se former à l'éloquence (o). Juvénal [G) regarde la Gaule comme la maîtresse d'éloquence des Bretons.
t. I, p. 202, 1. 20. Cf. MÉL.\, m, 2, 18 : habent tamen et lacundiam siiani.
(1) Histoires, ii. 17. Chez Caton argute loqui serait-il une corruption de agriculturam ? Voir Philologie et lin gui tique, mélanges olferts à Louis Hapet, Paris, 1909, p. 119-128. La conjecture avait déjà été émise en 1886 par W. Soltau, Wochenschrift fur klassische Philologie, herausgegebcn vou M. Hirschfelder, t. m, p. 890.
(2) Guerre de Gaule, vu, 22, 1.
(3) Bibliothèque, v, 31. Cf. ingenio fluxi... vaniloquom genus. Silius Italicus, viii, 16-17.
(4) Géographie, iv, 4, 2 ; 5.
(5) Agricola, 21.
(6) XV, III. Cf. VII, 148.
Il n'y a pas grand'chose à ret^^nir de ce portrait physique, moral et intellectuel des Celtes. Il ne diffère guère de celui que les Grecs et les Romains ont tracé des autres barbares. Fùt-il exact eu tout point, qu'on ne pourrait en conclure que les Celtes fussent dissemblables des peuples arrivés au même degré de civilisation.
L'habitation, la nourriture, le vêtement et la parure des Celtes ont fourni aux anciens des sujets d'observation plus précise.
Les peuples gaulois qui s'établirent en Cisalpine étaient, nous dit Polybe (1), dispersés dans des villages sans murailles. Ces villages étaient sans doute analogues aux vici que Tite-Live mentionne en Cisalpine (2) et que César trouva en Gaulé et qui se composaient de maisons bâties en bois, qu'il est facile de détruire et de brîiler (3). La ville telle que nous la concevons maintenant n'apparaît qu'après la couquète romaine (4). Octodurus était un viens assez grand pour loger huit cohortes (5). Ce mot désigne aussi les constructions des vici et des oppida (6), quelquefois appelées teda {!). Les habitations isolées sont appelées
(1) Histoires, ii, 17. Cf. Strabon, v, i, 6.