FLÈCHES
Les javelots de la Tène sont à douille et à arête médiane, en forme de feuilles de saule ; quelques-uns présentent des découpures en forme de croissant ; ce sont peut-être les craj-na de Diodore de Sicile (l).On trouve aussi des fers à larges ailerons dont les bords sont régulièrement ondules. La longueur des fers de lance et de javelot variede0'",10,à0'°,50. Une lance trouvée à L'Epine (Marne), et dont le fer avait 0™,oO de long, mesurait en tout 1™,G0 ; une autre, trouvée à La Tène, mesurait 2"", 50 (2).
Les Celtes employaient à la guerre, comme à la chasse, les arcs et les frondes. La profession d'archer était très répandue en Gaule (3) ; mais les Venètes ne se servaient point de flèches pour combattre (4). Des carquois remplis de flèches sont figurés sur le sarcophage de la Vigne Ammendola (5). Les pointes de flèche sont très rares à l'époque de Hallstatt ainsi qu'à l'époque de La Tène ; elles sont d'ordinaire barbelées et plus souvent à douille qu'à soie (6). Les Veragri jetaient dans le camp de Galba des gaesa et des pierres (7). Dans la bataille livrée par Ambiorix à Sabinus, L. Cotta, légat, fut blessé au visage d'un coup de fronde (8). Des balles de fronde en argile rougies au feu sont jetées par les Gaulois sur les huttes cou-
(1) Revue d'anthropologie, t. m (1888), p. 734 ; Gross, La Tène, p. 24-25, pi. V, VI.
(2) DÉCHELETTE, Maiiuel d'archéologie, t. ii, p. 1143-1150.
(3) César, vu, 31, 4 ; 36, 4 ; 41, 3, 80, 3 ; 80, 7 ; 81,2. Strabon, IV, 4, 3.
(4) Dion Cassius, xxxix, 43. Sur la flèche en Gaule, voir A. J. Reinach, L'anthropologie, t. xx, f>. 51-80.
(5) S. Reinach, Rc%>uc archéologique, t. xiii, (1889), p. 330.
(6) DÉCHELETTE, t. II, p. 747 (flg), 1153-1154 (fig).
(7) Guerre de Gaule, m, 4.
(8) Guerre de Gaule, v, 35.
l'état 281
vertes en paille où logeaient les soldats de Gicérou et y mettent le feu (1).
Eu Irlande et en Galles, l'emploi des flèches est d'importation germanique ou latine (2). Mais la fronde est une des armes favorites des guerriers du cycle mythologique et du cycle d'Ulster. Cûchulainn se servait d'une fronde, non seulement pour chasser les oiseaux, mais aussi pour tuer les hommes à la guerre. A la bataille de Moytura, Lug, le héros aux mille métiers, d'un coup de fronde, crève à Balor son mouvais œil qui ne s'ouvrait que sur un champ de bataille et dont la paupière ne se soulevait que sous les efforts de quatre hommes. Gonchobhar, le roi d'Ulster, avait reçu dans la tête une balle de fronde fabriquée avec un mélange de terre et de cervelle humaine (3).
L'épée des Cisalpins qui luttèrent contre les Romains, en 223, était sans pointe; elle ne'pouvait frapper que de taille, et un seul coup ; au second coup, elle était émoussée et elle pliait tellement en long et en large que, si on ne laissait pas au soldat le temps de la redresser avec son pied contre erre, l'atteinte en était dès lors impuissante (4). D'après Diodore, les Gaulois ont des épées (TTriOai) longues, suspendues au côté droit par des chaînes de fer ou d'airain, sortes de glaives (V'fi) qui ne sont guère moins grands que le javelot des autres nations (3). Strabon parle d'un long sabre ou coutelas (ijià/a'.px) pendu au côté droit (6). A la
(1) Guerre de Gaule, v, 43, Cf. vu, 81.
(2) J. LoTH, Annales de Bretagne, t. xxii, p. 161.
(3) H. d'ARBOis de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. VI, p. 353-355.
(4) PoLYBE, II, 33. Cf. Plutarque, Camille, 40 ; 41 ; Polyen, Stratagèmes, viii, 7, 2.
(5) Bibliothèque, v, 30. Cf. Appien, iv, 8 ; Tite Live, xxxviii, 17 (Galates) ; Végèce, ii, 15.
(6) Géographie, iv, 4, 3.
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bataille de Cannes (216), les Gaulois, qui avaient des boucliers presque semblables à ceux des Hispani, se distinguaient de ceux-ci par la forme de leurs épées (1). Celles des Gaulois étaient très longues et sans pointe ; celles des Hispani, faciles à manier à cause de leur petitesse et munies de pointes. Les Bretons aussi avaient de longs glaives sans pointe (2). Les Galates, en 189, avaient de très longs glaives (3).
Les épées des Cdliberi étaient renommées dans l'Antiquité : elles avaient une pointe fort solide et frappaient également bien d'estoc et de taille. Les Romains, à partir de leurs guerres contre Annibal, abandonnèrent les épées jusqu'alors en usage cliez eux pour prendre celle des Hispani (4). Outre une épée d'excellent fer forgé à deux trancbants, les Celtibères portaient encore un poignard long d'un spithame (0,222) dont ils se servaient dans la mêlée (5).
Dans la première phase de Ilallstatt, l'épée de fer est une grande épée, d'un mètre de long, à deux tranchants, élargie au milieu, à pointe mousse, à soie plato, à longue poignée, qui semble une variante agrandie de l'épée de bronze la plus répandue en Allemagne et dans l'Est de la Gaule. Cette épée servait à frapper de taille et non d'estoc. On la trouve à Ilallstatt, surtout dans les tombes à incinération, quelquefois en Allemagne, plus fréquemment dans l'Est de la Gaule. On serait tenté de l'identifier à l'épée attribuée pnr Polybe aux Gaulois Cisalpins si on l'avait trouvée dans
(1) TiTE LiVE, XXII, 46.
(2) Tacite, ylgrico/a, 36.
(3) TiTE Ln^E, XXXVIII, 17.
(4) Suidas, au mot ijiàya'.pa, donne comme source Polybe.
(5) DiODORE, V, 3S. Cf. Pline, xxxiv, 41, 144.
L ETAT
ritalie du Nord. Sous l'influence des Grecs et des Italiotcs, un glaive court et pointu, à fourreau de bronze battu et dont le pommeau est surmonté d'antennes, apparaît dans la seconde phase de Hallstatt (1).
L'épée que l'on trouve dans les sépultures gauloises de la Cisalpine est l'épée de laTène (2), de 0,80 à 0,95 de long, à tige terminée par un bouton au lieu de soie, à lame large au sommet, puis rétrécie eu forme de feuille d'olivier. On distingue de cette épée trois types : effilée à l'époque de la Tène I, elle est obtuse à l'époque de la Tène II, et 'arrondie à l'époque de la Tène III (3).
On a trouvé dans des tombes en Normandie, en Champagne, dans les vallées du Rhône et du Rhin, en Suisse, dans l'Italie du Nord, en Hongrie, quelquefois à l'époque de Hallstatt, plus souvent à l'époque de la Tène, des épées tordues, repliées en deux, en trois et même en quatre. M. S. Reinach pense qu'au moins pour les épées repliées, il s'agit d'un rite celtique rentrant dans la catégorie de ce que les ethnographes appellent les brisures intentionnelles ; Polybe aurait connu des groupes de tombes celtiques contenant
(1) A JîERTRAND ct S. Reinach, Lcs Celtes dans les i^allées du Pô et du Danube, p. 125 (fig). l'<5-157. Cf. S. Reinach, Guide illustré du musée de Saint- Germain.,]). 33 (fig.). cf. p. 41. C JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. i, p. 372, n. 4. Déciie- LETTE, Manuel, t. ii, p. 717-744. On trouve chez Déchelette, Manuel, t. ii, appendice m, un inventaire des épées et poignards de fer de l'époque de Hallstatt découverts en France, et p. 1121 un inventaire semblable pour l'époque de la Tène.
(2) A. Bertrand et S. Reinach, ibid., p. 172-179 ; Cf. p. 87, 88 (fig).
(3) Cf. Dictionnaire archéologique de la Gaule, t. ii, planches. Gross, La Tène, p. 21-23, pi. i-iv-vii ; Déchelette, A/anuel d'archéologie, t. ii, p. 1106-1128. Revue archéologique, t. IV, (1861), p. 66, 141, pi. XIII et xiv ; t. x,(1864), p. 337, pi. xxii ; t. XI, (1865), p. 82. pi. m.
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des épées repliées et aurait cru que ces épées avaient été faussées dans le combat (1). La remarque de Polybe sur la mauvaise qualité des épées gauloises serait donc le résultat d'une généralisation et d'une interprétation erronées (2). On a depuis longtemps remarqué qu'il était inconcevable qu'une nation qui avait toujours le fer à la main n'en eût connu ni la qualité ni la trempe et qu'avec de telles armes elle eût gagné des batailles (3). Une épée ondulée, sorte de yatagan qui est peut-être la p-i/a'-pa de Strabon, et qui apparaît en Espagne dans les stationset dans les sépultures des v'-iv*' siècles, semble d'origine grecque (4),
Le fourreau de l'épée de fer est en bois, en bronze ou en fer ; il est quelquefois orné de gravures représentant la volute en S ou le triscèle, rarement des sujets figurés. Des bouterolles ou bases de fourreau, en bronze, à ailettes, ont été trouvées auprès de plusieurs épées hallstattiennes en fer (5). D'abord semi-circulaires ou eu forme de trèfle, à l'époque de la Tène, les bouterolles sont devenues déforme étranglée, puis rectangulaire (6). Dans les Iles Britanniques, les bouterolles ont une terminaison bifide et les fourreaux sont plus richement gravés (7).
A côté de chaque épée, on trouve souvent dans les tom-
(1) S. Reinach, Rei>ue celtique, t. xx, p. 120-121. Verchère de Reffye, Revue archéologique, t. x, (1864), p. 347.
(2) S. Reinach, L'épée de Brennus, L' Anthropologie, t. xvii (1906), p. 343-358 ; D. Viollier, Revue archéologique, t. xvii (1911), p. 130-134.
(3) De SiGRAis, Considérations sur l'esprit militaire des Gaulois, Paris, 1774, p. 26.
(4) Déchelette, IManuel d'archéologie, t. ii, p. 1134.
(5) A. Bertrand et S. Reinach, Les Celtes dans la vallée du Pô et du Danube, p. 154-156. Cf. p. 100.
(6) Déchelette, Manuel, t. ii, p. 1120.
(7) Déchelette, ibid., t. ii, p. 1123 (fig.).
l'état 285
beaux une courte chaîne de plusieurs anneaux, en fil de fer tordu. Ce sont sans doute les chaînes dont parle Diodore et qui attachaient l'épée au côté droit du ceinturon (1). On a trouvé aussi à Hallstatt et à Alaise des plaques de ceinture gravées ou repoussées (2).
Le guerrier de Montdragon porte une épée suspendue au côté droit par un ceinturon.
On trouve sur les monnaies le poignard et l'épée à antennes (3) .
La pièce la plus caractéristique de l'armement gaulois était le bouclier. C'est à la forme du bouclier que les Gaulois de Brennos pouvaient se reconnaître (4).
Les boucliers que les Aduatuci se fabriquent à la hâte, sont en écorces ou en osier recouvert de peaux (o). Les boucliers des HeU'eLii étaient transpercés et cloués ensemble par les javelots romains (6). D'après Diodore (7), les boucliers gaulois sont aussi hauts qu'un homme, et chacun les orne à sa manière. Quelques-uns portent des figures d'airain en bosse représentant des animaux et travaillées avec beaucoup d'art. D'autres sont peints de diverses couleurs ou ornés de ciselures d'or ou d'argent (8). Les boucliers des
(1) J. de Baye, Revue archéologique, t. xxxiv, (1877), p. 43. Dictionnaire archéologique de la Gaule, t. ii, planches. Déche- LETTE, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 1115.
(2) Dictionnaire archéologique de la Gaule, t. ii, planches.
(3) Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 161,
(4) Pausanias, X, 23, 8.
(5) César, Guerre de Gaule, ii, 33.
(6) Ihid., I, 25. Cf. Plutarque, Camille, 41, 5.
(7) Bibliothèque, v, 30.
(8) Diodore, v, 30 ; Cf. Tite Live, 10 ; Florus, m, 2 ; Plutarque, César, 27 ; Lucain, i, 398. Les boucliers des Germains étaient peints de couleurs choisies. Tacite, Germanie, 6. Voir
i-dessus, p. 270, 451 ; Sinus Italicus, iv, 153.