‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 92 sur 158 · METHODE · texte numérisé non relu

METHODE

La grammaire comparée seule permet de résoudre la question. Il faut que le nom de la divinité s'explique par les langues celtiques, ou soit apparenté à des noms dont la provenance celtique n'est pas douteuse, pour que ce nora ait droit de figurer dans une histoire de la religion des Celtes. Quant aux divinités dont le nom n'est pas celtique, en l'absence de textes historiques, il est impossible de décider si elles ont été ou non adorées par les peuples celtiques.

En dehors des textes et des inscriptions, nous n'avons plus de documents qui nous permettent d'étudier directement la religion des Celtes. Gomment déterminer l'origine des dieux anonymes dont on a trouvé de nombreuses et caractéristiques représentations figurées? Un très petit nombre de ces monuments sont antérieurs à la conquête romaine. Sont ils des vestiges des cultes locaux antérieurs à l'invasion des Celtes en Gaule, ou des survivances de la religion des Celtes, ou ont-ils été introduits en Gaule par les marchands et les légionnaires romains ? Rien ne nous permet de le déterminer. Les statues gallo-romaines qui nous semblent représenter des dieux gaulois pourraient être des déformations successives de statues grecques, comme les monnaies gauloises sont des dégénérescences de monnaies grecques. Il faut prendre garde, aussi, que des statuettes artistiques peuvent ne pas avoir la signification religieuse que nous leur prêtons.

Les monnaies ou les médailles gauloises, quand elles ne sont pas imitées des monnaies grecques, peuvent offrir des représentations de dieux ou de symboles religieux sans qu'il soit toujours possible d'attribuer avec sûreté ces représentations à la religion des Celtes (1).

(1) Voir des articles de A. de Barthélémy dans la Renie

On peut rechercher dans quelques noms de lieux les noms des divinités celtiques sous la protection desquelles on aurait mis une demeure nouvellement fondée. Mais, comme les noms divins ont été de bonne heure employés pour désigner des hommes, on a souvent à se demander si au lieu d'un dieu ce n'est pas plutôt d'un homme à nom divin que tel ou tel lieu tire son nom. On se tromperait beaucoup si l'on croyait que tous les anciens Mercuriacus de France, devenus aujourd'hui Mercuray, Mercurey, Mercoirey, Mercury sont dérivés du nom de dieu Mercurius. Ils proviennent plus vraisemblablement du gentilice romain Mercurius, assez fréquent dans les inscriptions, et au lieu de désigner l'emplacement de temples de Mercure, dénomment simplement le fandiis, la propriété d'un Gallo-Romain du nom de Mercurius. 11 en est de même de Martiacns (1),

Enfin, on s'est demandé si l'on ne pouvait trouver dans l'ancienne littérature des Irlandais et des Gallois des traces de la mythologie celtique (2). Cette littérature ne nous a conservé rien de semblable aux Eddas Scandinaves ou aux Védas indous. L'épopée irlandaise a été remaniée sous l'influence des idées chrétiennes, et on n'y trouve guère de traces d'offrandes ou de prières à des divinités (3). Les élé-

numismatique, 1884, p. 179-202, et dans la Revue celtique, t. i, p. 291-298 ; t. ix, p. 26-35 ; t. xii, p. 309-316 ; A. Bertrand, La religion des Gaulois, p. 228-244 ; Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 152 ; Jullian, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 347.

(1) H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de la propriété foncière, p. 270-275, 447-448.

(2) Voir ci-dessus, p. 2-4.

(3) Les formules de serments, seules, font mention de dieux. Joyce, A social history of ancient Ireland, t. i, p. 250. Cf. Revue archéologique, t. xi (1908), p. 8. Dans les documents relatifs à la vie de saint Patrice, il est quelquefois question des idoles

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