CHAPITRE V
Difficultés de cette étude. — Les diviuités assimilées chez les écrivains de l'Antiquité et dans les inscriptions gallo-romaines.
— Les divinités à nom celtique : Taranis, Tentâtes, Esus, Ogmios, les Mères. — Les monuments figurés, le Taureau, le Bûcheron, les dieux cornus, l'Anguipède ; le dieu au maillet, le dieu à la roue ; Epona ; les divinités des eaux ; les villes divinisées ; les dieux et leurs parèdres. — Signes symboliques.
— La divination. — Restes du culte des animaux et des plantes. — Les enceintes sacrées et les temples. — Les statues. — Los offrandes. — Les prières. — Les libations. — Les sacrifices. — La croyance à l'immortalité de l'âme.
Les notions que nous pouvons glaner chez les auteurs de l'Antiquité sur la religion des Celtes se répartissent sur
(1) Sur la religion des Celtes, voir la bibliographie donnée par J. Déchelette, Renie de synthèse historique, t. m, p. 50-53, et quelques ouvrages généraux : H. Gaidoz, article Gaulois dans l'Encyclopédie des sciences religieuses de F. Licutenberger, t. V, p. 428-441, Paris, 1879 ; A. Bertrand, La religion des Gaulois, les druides et le druidisme, Paris, 1897 ; C. Jui.lian, Recherches sur la religion gauloise, Bordeaux, 1903 (extrait de la Rame des éludes anciennes, t. iv-vi) ; Histoire de la Gaule, t. i, p. 356-359 ; t. ii, p. 113-181 (bibliographie, p. 113) ; E. Anwyl, Ancient Ccltic goddesscs [The Celtic Review, t. m, p. 26, 51) ; Ch. Renel, Les religions de la Gaule aidant le christianisme, Paris, 1907.
plusieurs siècles et s'étendent à toutes les contrées où les Celtes ont séjourné. Nul n'oserait affirmer que du ni" siècle avant J.-C, où vivait Timée, au temps d'Ammien Marcellin (iv- siècle après J.-C), les pratiques religieuses des Gaulois fussent demeurées immuables. On ne pourrait avec plus de raison soutenir que les Galates d'Asie Mineure, les Celtibères d'Espagne, les Gaulois de la Cisalpine, les Celtes qui pillèrent Delphes et ceux qui prirent Rome, les Gaulois transalpins et les Celtes de Grande-Bretagne eussent professé les mêmes doctrines et adoré les mêmes dieux, sans que le contact avec des nations étrangères eût en rien altéré les vieilles croyances de la race. Les témoignages des anciens sur la religion des Celtes ne peuvent donc être utilisés qu'avec prudence ; dispersés dans l'espace et dans le temps, de valeur et d'importance variable, ils se prêtent malaisément à une construction d'ensemble. A peine a-t-on quelques preuves de l'identité de certaines croyances ou coutumes religieuses chez les divers peuples celtiques. Tacite a signalé les rapports que présentaient les institutions religieuses des Bretons avec celles des Gaulois (1). Certaines divinités se rencontrent sur divers points du monde celtique (2).
Les inscriptions trouvées en pays celtique et contenant des dédicaces à des dieux se rencontrent en France, en Allemagne, dan^ les Pays-Bas, en Grande-Bretagne. Mais on ne peut être sûr d'avoir affaire à des divinités celtiques si l'on n'a d'autre raison de le supposer que la provenance de l'inscription. On peut fort bien rencontrer en pays celtique une dédicace à une divinité étrangère ou vice versa.
(1) Agiicola, 11. Le texte semble d'ailleurs corrompu.
(2) Ci-après, p. 305, 314.