‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 94 sur 158 · DIEUX · texte numérisé non relu

DIEUX

guide des routes et des voyages et comme très puissant pour toute sorte de gains et de commerce (1). Après lui, ils adorent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Ils ont de ces divinités à peu près la même idée que les autres nations : Apollon guérit les maladies (2) ; Minerve enseigne les éléments de l'industrie et des métiers (3) ; Jupiter tient l'empire du ciel; Mars, celui de la guerre ; c'est à lui, lorsqu'ils ont résolu de combattre, qu'ils font vœu, d'ordinaire, de consacrer les dépouilles de l'ennemi.

Ce passage ne laisse pas de prêter à la critique. Est-il possible que les peuples gaulois, que César nous représente comme différant entre eux par la langue, les mœurs et les • lois (4), aient eu les mêmes cinq divinités ? Quels étaient les noms de ces dieux et de cette déesse dans la langue des Celtes 1 Une assimilation aussi complète entre ces cinq divinités romaines est-elle vraisemblable "? On est tenté de rappeler l'opinion d'Asinius Pollion qui pensait que les Cominenlaircs de César étaient composés avec pou de soin et d'exactitude (5). Mais César lui-même prend soin de nous avertir que ces assimilations ne sont que des h peu près : de Iiis eandem Icvcquaffi reliquœ gentes hahent opinioiiem ; et il assimile les attributs des dieux celtiques non

(1) Cf. Mercurio Veatori (Corpus inscriptionum latinarum, t. XII, n» 1084) ; Deo Mercurio Cultori (t. xiii, n» 6594). Les déesses des routes, matres biviae, triviœ, quadriviae, sont fréquentes en Gaule.

(2) Cf. « Apollini Mapono, pro sainte d. n. [C. I. L., t. vu, 11° 218).

(3) Cf. « Minervas dolubrarii, Minervaî seneatores (Corpus i?iscriptio?ium rhenanarum, n^^ 677, 1738).

(4) Guerre de Gaule, i, 1.

(.5) Suétone, César, 56.

pas tant à ceux des dieux romains qu'à ceux des dieux des autres nations.

Quoi qu'il en soit, César ne nous donne des dieux gaulois qu'une pliysionomie incomplète, sinon inexacte. La plupart des auteurs de l'Antiquité ne font pas preuve d'un sens critique plus affiné. Au temps des migrations des Celtes, leur plus grand dieu semble Arès-Mars (1). Chez les Insubres, il y a un temple d'Athènà où l'on abrite les enseignes de guerre (2). La déesse des Bretons est, d'après Solin, une Minerve dans le temple de laquelle brûle un feu perpétuel (3). La principale divinité des Galates était Artémis (4). En 223, des Celtes vouent à Vulcain les armes romaines (5). Varron prétend que c'était à Saturne que les Gaulois immolaient des hommes (6).

Les Celtes riverains de l'Océan ont une vénération particulière pour les Dioscures et, selon une tradition qui remonte chez eux aux temps anciens, ces dieux arrivèrent par l'Océan (7).

Enfin la légende d'Héraklès a été mise en relation avec Tancienne histoire de la Gaule. Diodore rapporte qu'Héraklès, ayant rassemblé s^es troupes, s'avança jusqu'à la

(1) Callimaque, IV, 173 ; Florus, ii, 4 ; Silius Italicus, IV, 200-202 ; Ammien Marcellin, xxvii, 4, 4.

(2) PoLYBE, II, 32, 6. Cf. Justin, xliii, 5, 5.

(3) Collection de choses nien>eilleiises, 22, 10.

(4) De la vertu des jemmes, 20 ; De l'amour, 22. Cf. Usener, Rheinisches Muséum, t. l (1895), p. 147 ; S. Reinach, Cultes, mythes et religions, t. i, p. 272-278.

(5) Florus, ii, 4.

(6) Saint Augustin, De lu cité de Dieu, vu, 19. Cf. Denys d'Halicarnasse, i, 38, 2 ; Tertullien, Apologétique, 9, qui dit Mercure au lieu de Saturne.

(7) Diodore, iv, 56, 4. Cf. Revue archéologique, t. xxxix (1901), p. 35 ; D'Arbois de Jubainville, Les Celtes depuis les temps les plus anciens, p. 57-67. Voi* ci-après, p. 318.

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