PHYSIOLOGIE DU NOUVEAU-NÉ
Dès que Eenfant est né, la respiration s’établit; le sang, qui vient du cœur droit, pénètre dans les poumons, où il va se trouver en contact, dans les alvéoles, avec l’air qui est entré par les bronches. La circulation, qui existait jusqu’alors, se modifie; certains conduits, le canal artériel, le canal veineux, le trou de Dotal cessent de jouer le rôle qu’ils avaient eu à remplir ; c’est la circulation définitive pour le reste de l’existence qui s’établit.
Chez le nouveau-né, les mouvements respiratoires sont beaucoup plus nombreux que chez l’adulte ; il y en a, en moyenne, 51 par minute.
Le pouls conserve à peu près la fréquence qu'il avait dans la cavité utérine ; il oscille entre 1*20 et 140 et subit de grandes variations, sous l'intluence des causes les plus légères.
Si on prend à plusieurs re])rises \'A. lempéralure l’enfant dans les heures qui suivent sa naissance, on constate qu’elle diminue progressivement ; elle descend à 3(3'’5, 36°, 35°, 34° et même parfois à 33°; puis elle s’élève régulièrement jusqu’à ce qu’elle ait atteint 37°, qui est le chiffre normal. Cet abaissement initial est surtout marqué chez les enfants chétifs; il est donc nécessaire de prendre des précautions pour évitcj’ qu’ils perdent trop de leur calorique.
La vessie renferme, en général, une certaine quantité (XCurïne au moment de la naissance et il n’est pas rare que l’enfant aitune miction presque immédiatement ; il s’échappe alors 10 centimètres cubes environ d’un liquide légèrement coloré ou ))resque transi)arent. Parfois ce fait passe inaperçu et s’ils ne trouvent pas les langes mouillés j)endant les vingt-quatre ou les quarante-huit ])remières heures, les parents
Buui.v. — Allaitunicnt.
NOUVEAU-NÉ
s’imaginenl aisémenl ([u’il y a une anomalie congénitale, une imperforation (le Turèthre par exemple. La palpation et surtout la percussion (le la partie inférieure de l’abdomen font reconnaître s’il existe une tumeur formée par la vessie distendue. S’il en était ainsi, ou s’il y avait doute, on essaierait de pratiquer le cathétérisme avec une petite sonde spéciale en gomme, rendue préalablement aseptique.
L’intestin expulse également son contenu, le wzccowmm ; c’est une substance molle, visqueuse, d’un vert plus ou moins foncé; elle est constituée par les éléments de la bile qui lui donnent sa coloration, par du mucus et des cellules épithéliales qui viennent du tube digestif. L’enfant rend 74 grammes de méconium en moyenne (Depaul) et cette évacuation n’est guère complète qu’après trois ou quatre jours. Le nouveauné absorbant du lait, ses garde-robes deviennent peu à peu jaunâtres ; elles sont épaisses, plus ou moins homogènes, semblables à une bouillie assez consistante.
Le nombre des garde-robes est de deux ou trois par jour pendant les premiers temps delà vie ; il n’y en a plus tard qu’une ou deux toutes les vingt-quatre heures.
Lorsque l’eiiduit sébacé, qui recouvre le corps de l’enfant, a été enlevé, la peau a une teinte d’un rose foncé ou rouge qui disparaît bientôt; l’enfant devient blanc rosé. Parfois, au bout de quelques jours, une légère coloration jaune survient; cet ictère des nouveau-nés iLolfre en général aucune gravité.
Il n’est pas rare de voir sur certaines parties de la ligure, au niveau des paupières et sur le front, des taches^ petites ou larges, d’un rouge plus intense (jue celui de la peau; ces taches irrégulières, qui ne font aucune saillie et qui s’elfacent lorsqu’on exerce sur elles une pression avec le doigt, inquiètent souvent les parents ; elles s’évanouissent corn-, plèlement après plusieurs semaines ou plusieurs mois. Elles sont tout à fait distinctes d’autres taches d’un rouge beaucoup plus vif et qui forment des tumeurs ap})elées nœvi.
Dans les jours qui suivent la naissance, la peau subit des modilications ; elle se fendille, elle s’écaille et des lambeauv d’épiderme se détachent; tantôt ils sont très petits et X exfolialïon est à peine apparente; tantôt ils sont larges, épais et la de-squamation est très caractérisée.
Les glandes sudoripares fonctionnent, la perspiration cutanée s’établit ; ([uelquefois môme on constate de la sueur sur le visage, lorsque
PHYSIOLOGIE
la tempéralure à laquelle l’enfanl esl mainlenu se trouve trop élevée.
A\\ bout de quelques jours, les mamelle.s- du nouveau-né se gonflent ; elles produisent une j)elite quantité deliquide, qui sort parle mamelon si on comprime le sein : ce liquide, qui apparaît du quatrième au sixième jour, a les caractères physiques et microscopiques du lait. On voit même parfois des inflammations, de la lymphangite, de la galactophorite et des abcès se produire au niveau de la mamelle, si l’enfant n’est pas tenu très propre etsi on a eu le tort d’exercer des pressions pour faire sortir le lait.
La portion du cordon ombilical, qui est restée attachée à l'enfant.
Fig. 1. — Pèse-bébê.
subit aussi des modifications : peu à peu, elle diminue de volume, elle prend une consistance dure, cornée ; un sillon se creuse entre ce débris de la tige funiculaire et la peau sur laquelle elle était insérée. Ne recevant plus de sang, n’ayant pas dans son épaisseur de vaisseaux qui lui apportent des éléments de nutrition, le cordon se dessèche au contact du corj)S, dont la teni|)érature est de 37° environ, et finit par se détacher du quatrième au sixième jour. La cicatrisation se fait ensuite assez rapidement, au niveau du point d’insertion.
l^our se rendre compte de la santé de l’enfant, pour s’assurer qu’il se développe normalement, régulièrement, il est nécessaire de \Q]iener : la balance seule j)ei‘met de constater d’une faqon certaine l’augmentation ou la diminution de sou poids, de reconnaître si sou alimentation est suffisante ou iusuffisaiite.
4 NOUVEAU-NK
On |)cul j)cscrren('nnl, avec une Ijalancc ordinaire, mais poiie ])lus de commodilé, on remplace un des plaleanx, soit par un peliL liamac en éloHe que sn])porLcnl des liges métalliques, soit par un petit berceau en osier; ce dernier est lixé à l’aide de lils de fer sur les lames piales qui étaient destinées à recevoir le plateau; si ce hamac, si ce berceau pèse plus lourd que l’autre côté, l’excès de poids sera compensé par une tare, c’est-à-dire par des grains de plomb ou par d’autres corps lourds qui rétablissent l’équilibre. On trouve dans le commerce des balances spécialement préparées et qui portent le nom de i)he-héhé (Voy. lig. 1). A la campagne, quelques médecins seserventde balances spéciales appelées pesons : elles sont moins précises, mais leur transport d’un village dans un autre est plus facile.
L’enfant peut être pesé nu, mais il faut éviter qu’il se refroidisse. En général, c’est au moment où on le sort du bain qu’on pratique cette petite opération. On l’essuie avec un linge chaud et sec, on l’enveloppe dans un lange de flanelle et on le met sur la balance. Il suffit de peser ensuite le lange isolément, et de retrancher le ebifire obtenu de la somme totale qui a été trouvée, pour avoir le poids exact du nouveauné. Si, par exemple, on a 3.350 grammes, et que le lange pesé seul donne 330 grammes, on en conclut que le chiffre net est de 3.000 grammes.
Atin de n'avoir pas à faire cette déduction, qui donne parfois lieu à des erreurs, Crouzal procédait ainsi : le bain étant prêt et lesbalances,qui portent les poids de la dernière pesée, étant placées à côté de la baignoire, le nouveau-né est déshabillé et mis nu sur lepèse-bébé ; il suflit d’ajouter quelques grammes — du côté de l’enfant s’il y a diminution, dans le plateau s’il y a augmentation, — pour avoir, en moins d’une demiminute, le ebifiVe désiré. L’enfant est ensuite mis immédiatement dans son bain qui est chaud; il n’a guère le temps de se refroidir.
Pendant les deux ou trois premiers jours qui suivent la naissance, l’enfant perd de son j)oids. Cette diminution, variable suivant les cas, est de 150 à 200 grammes en moyenne, quelquefois meme elle est plus considérable ; elle est expliquée ])ar l’évacuation du méconium et de l’urine, l’exhalation pulmonaire et la pers|)iration cutanée, alors que le nouveau-né ne ])rend pas ou ne prend que très peu d’aliments. Puis, comme il est allaité, son poids augmente; vers le septième jour, il a reconquis celui du début, et, le dixième jour, il ])èse environ 100 grammes de plus qu’au moment de la naissam;e (Voy. lig. 2).
PII VSIOLOdlK
(, NOlJVKAU-NK
Dans quelques cas très rares, renlanl ne semble pas perdre, üii il ne j)erd que très peu; ces faits sont observés lorsque, pendant le travail de raccoucliement, le fœtus a m iné et rendu tout son méconium, par exemple dans quelques expulsions par le siège, ou quand, après sa naissance, il est immédiatement alimenté par une nourrice ou pai' sa mère multipare qui a du lait dans les seins.
L'enfant bien ])ortant s'ftrcro/f donc journellement, nous veri-ons plus tard de combien.
Sa taille augmente en même temps que son poids. Cet accroissement serait de :
4 centimètres pour le premier mois, d — le deuxième et le troisième mois,
2 — le quatrième mois,
1 — les derniers mois de la première année.
L’enfant, à l’àge d’un an, mesure environ 70 centimètres de lon-
gueur.
Lorsque l’enfant est bien portant, son aspect çjénéral l’indique nettement : la ligure est ronde et pleine, la peau est tendue, marbrée; les chairs sont fermes au niveau du tronc, des fesses et des membres ; on trouve par places des petits creux, des fossettes ou des plis. Au contraire, s’il ne se développe pas régulièrement, si son alimentation est insLiflisante, la face est pâle, les tissus sont mous ettlasques, la peau se ride principalement à la figure et au front, les espaces membraneux au niveau des sutures et des fontanelles sont réduits et les bords osseux sont rapprochés. Des troubles digestifs accompagnent en général cet état, soit qu’il paraisse y avoir de la constipation, parce que l’enfant ne prend pas assez de lait, soit qu’il y ait au contraire delà gastro-entérite et delà diarrhée.