‹ Manuel pratique d'allaitementChapitre 64 sur 80 · UEM K DES D’OR 13 UE MEDICAL · texte numérisé non relu

UEM K DES D’OR 13 UE MEDICAL

Il existe 180 consiillalions de noun-issoiis dans le l*as-de-Calais, lOT dans rVonne; il y en a d’autres dans le Nord, à Saint-Pol-sur-Mer, à Lille, d’antres dans le Rhône, en |)articnlier sons la direction du j)rofesseur Fahi'e et du D‘’ Commandeur, professeur agrégé, d’autres dans la Gironde créées à l’instigation du distingué 1)‘’ Rousseau Saint-Philippe, dans les Alpes-Maritimes, à Menton, Cannes, Nice, etc., etc.

A l’étranger, il s’en est fondé en Belgique, où il en existe actuellement une vingtaine créées par le professeur Charles, de Liège, par le !)'■ Lust, de Bruxelles, par le D'' van Miele, de Gand, etc. En Espagne, le D’’ L’iecia y Cardona, de Madrid, s’est fait le propagateur de ces institutions. En Italie, à Florence, le professeur Pestalozza, à Turin le 1)‘‘ Caviglia, conseiller municipal, à Milan, le professeur Mangiagalli ont organisé des Consultations de nourrissons ; on en trouve en Autriche- Hongrie, en Allemagne, en Hollande, au Canada, etc. On en voit aux colonies, en Algérie par exemple, à Madagascar, et rien n’est curieux comme les ])hotographies, qui ont été envoyées de cette île, où les femmes malgaches viennent en grand nombre faire peser leurs enfants. Enfin au dernier Congrès d’Assistance publique et privée de Milan (mai ’lOOG), où l’on avait mises à l’étude les Mesures (T assistance prises ou à prendre dans les différents pays contre la mortalité infantile^ les nombreux rapporteurs avaient presque tous insisté sur l'importance des Consultations de nourrissons et sur la nécessité d'en organiser. •

Quelques reproches cependant ont été faits aux Consultations de nourrissons et aux Gouttes de lait. Les enfants y étant amenés en grand nombre, se trouvent, a-t-on dit, exposés aux maladies contagieuses, rougeole, coqueluche, etc.; l’hiver, par les temps rigoureux, ils peuvent se refroidir et contracter des bronchites et broncho-pneumonies; enfin, les Gouttes de lait semblent trop favoriser l’allaitement artificiel.

Il est facile d’éviter les maladies transmissibles. A notre Consultalion, un assistant examine chaque enfant qui se présente; s’il est douteux, il ne pénètre |)as au milieu des autres; de la sorte, il n’y a pas do contagion })ossible.

Quant aux refroidissements, ils doivent être bien rares. Les mères, en général, habitent dans le voisinage de Fhôpital; du reste, peut-on supposer que, du mois d’octobre au mois d’avril, elles ne feront jamais sortir leurs bébés et qu’elles les laisseront constamment enfermés à la maison? La vérité, c’est (ju’un enfant, s’il est bien enveloppé cl s’il est

:\I()HTAIJTE INFANTIU': EN EU A NEE

tenu cliaiulemeiiL dans les bras cl sur la poitrine de sa mère qui l’apporte, n’a j)as beaucoup de chances de se relVoidir séi’ieiisemcnl et de tomber malade. IMace/., dans les conditions ])récédentes, un thermomètre entre sa peau et ses vêternenlset vous en aurez la j)reuve.

Pour le dire de suite et n’y j)oint revenir, on a essayé de jeter sur ces institutions, et en particulier sur les Gouttes de lait, un certain discrédit contre lequel j’ai, pour ma part, énergiquement })rotesté devant la Commission de la dépopulation au Ministèi'c de l’Intérieur.

On leur a reproché de favoriser rallailement arliliciel (D‘‘ Peyrouxj . Les femmes du peuple y recevant gratuit un lait de bonne qualité et stérilisé peuvent, en eiïet, avoir une tendance à sevrer leurs enfants, croyant qu’elles n’ont aucun intérêt à le nourrir. C’est au médecin de s’y opposer.

Dans les Consultations de nourrissons, qui dépendent de nos services hos])italiers, nous nous trouvons évidemment dans des conditions particulièrement favorables. Ln effet, les femmes qui sortent de chez nous allaitent, elles ont compris combien il est utile de peser leurs enfants, elles ont confiance et nous obéissent. Après leur sortie de la Maternité, (lies reviennent vite à la Consultation et pratiquent en très grand nombre l’allaitement au sein. Notre tache est doncgénéralement aisée. Il n’en est pas malheureusement de même pour ceux de nos confrères qui, dans leurs dispensaires, ont ouvert des Gouttes de lait et auxquels ou apporte des enfants peu développés, atrophiques ou hypotrophiques, souvent malades, quelquefois mourants. Leur situation est véritablement beaucoup plus difücile que la notre et' ce n’est pas sans peine qu’ils aridvent à sauver ces petits êtres et àobtenir de bons résultats.

Chacun fait de son mieux, chacun essaie quelle sera la méthode la plus jiratique à laquelle on pourra recourir à la ville ou à la campagne; chacun s'elforce de trouver la vérité scientifique. Dès lors, est-il juste de critiquer les médecins qui consacrent leur lenijis, leur intelligence et souvent leur argent dans l'unique but de sauver les enfants? Nous sommes au commencement de ces rechercbes, l’avenir nous montrera ([uels sont les procédés les meilleurs, les plus efficaces, et on ])eut être sûr qu’à ce moment chacun les suivra.

Darlant du reste de ({ueh|ues échecs observés dans certaines floutles de lail, .M. le D'" Coe])fert a dit : « Cet insuccès ])arliel n’a l'ien qui doive nous étonner; il fallait s’y altendre. Une distribution de lait ne j)eut,par elle-même, donner des résultats satisfaisanls. Le jtroblèmc

UKMEDES D’ORDRE MEDICAL

sérail trop simple s’il suflisail de remplacer par du lait stérilisé le lait impur des laitiers, des crémiers, pour voir comme par enchantement, cesser la gastro-entérite et diminuer la mortalité. Ce n’est malheureusement qu’un point de la question, on ne s’attaque qu’à un des tacleurs de la mortalité : le mauvais lait; nous le répétons, le lait stérilisé n’est pas une panacée, il ne possède pas de vertus miraculeuses, c’est pour l’avoir oublié que des philanthropes, imbus d’idées généreuses, ont cru qu’il suflisail de distribuer du bon lait à profusion pour sauver des milliers d'cnfanls. La question est tout autre. » (Thèse de Nancy, 1904).

Tout le monde paraît du reste maintenant d'accord ; il est nécessaire d’établir partout des Consultations où l’on pèse les enfants et où l’on conseille les mères. Ces Consultations ne doivent pas être des écoles d'allaitement au biberon, car nous ne sommes pas encore actuellement sûrs de connaître le moyen d’élever les enfants artificiellement sans leur faire courir de grands risques, tout au moins dans les premiers mois. La meilleure Goutte de lait, en effet, est toujours celle que l’enfant trouve dans le sein de sa mère, ce qui ne veut pas dire que les autres ne puissent pas être utiles, nécessaires même dans un certain nombre de cas.

.M. le D' Porak, dans son dernier rapport à l’Académie de médecine, a particulièrement insisté sur ce point. « La désignation de Goutte de lait, a-t-il dit, a eu une singulière fortune. Elle a séduit bien des gens. .Mais elle serait de mauvais aloi si elle ne signiliait pas que c’est en abondance que le lait de femme doit être donné, et avec parcimonie^ \\iiv fj ouïtes^ que le lait de vache doit être consenti. »

La distribution de lait anne.vée à la Consultation de nourrissons permettra de donner aux enfants un aliment de bonne qualité, stérilisé, non dangereux. Dans les grands centres, dans certaines régions, elle est indispensable, car il est })resque impossible, sans cela, d’y avoir un liquide non fraudé, bien préparé et bien contrôlé.

Cependant, dans les campagnes, les femmes ojit généralement la certitude que le lait qui leur est fourni est sain; elles peuvent aussi le stériliser très facilement dans de petites bouteilles graduées et elles n’en donnent que la quantité déterminée par le médecin. Le D‘‘ Moc(|uot ne distribue de lait id à A|)])oigny, ni à Monéteau et la Consultation de nouri'issons y donne de très beaux résultats. Ils sont tels que le maire d’Appoigny nous déclarait, le î2l juin 190i, que si on voulait la supprimer, les femmes du pays protesteraient et réclameraient.

MOin'ALri'K INFANTILE EN FRANCE

Le D'’ li. L.ilccia y Cardona, qui s’esL consacré avec une ardeur, un enlliousiasme el nu dévouemciiL ex(raordinaires à la lutte contre la mortalité inlantile en l^^spagne. a écrit : « Je ne })uis accepter le terme pittoresque de Goiille de lail, |)arce que les clioses me [)araissent devoii* être qualiliées du nom qui donne l’idée la plus claire de leur tin, de leur but: il doit être à la portée de toutes les intelligences, môme les plus inférieures.

« Comme le bel idéal de l’institution créée par Budin n’est autre que l’éducation des mères ignorantes afin qu’elles élèvent mieux leurs enfants et que cette éducation exige une consultation, un entretien préalable entre la mère qui rapporte ce qui est survenu chez l’enfant au médecin qui l'examine, observe et qui, de plus, instruit la mère, il me semble que le terme de ComullcUion des nourrissons donne à l’imagination de tout le monde une idée ])lus claire et plus parfaite de la principale mission de cette institution qui enseignement . La distri-

bution du lait, ou Goutte de lait ne doit être considérée que comme une annexe, c’est-à-dire qu’une Consultation de nourrissons exister avec ou sans Goutte de lait ^ comme c'est le cas, en elîet, pour quelques-unes d’entre elles. »

Du reste, au premier Congrès des Gouttes de lait (1905) la presque totalité des membres ont voté la définition suivante : 1° La Goutte de lait donne des conseils aux mères ; ^“elle encourage l'allaitement maternel; 3° elle distribue du lait quand le sein fait défaut ou est insuftisant.

Ce sont absolument, on le voit, les trois idées principales qui nous ont dirigé dans la création des Consultations de nourrissons en 180:2. Bien que, en réalité, le terme importe peu, on nous pardonnera de tenir à conserver la dénomination primitive, celle de Consultation de nourrissons, car elle montre bien, ainsi que l’a dit le Ulecia, le rôle capital que doit jouer le médecin dans la direction de ces institutions.

Mais les conseils des médecins ne suffisent pas toujours pour décider les femmes à nourrir, surtout dans certains pays où elles ont troj) pris déjà riiabitude de pratiquer l’allaitement artificiel. On peut, cependant, obtenir beaucoup d’elles avec quelques encouragements. Nous ne distribuons du lait, on l’a vu, que dans les cas où la mère est nettement insuffisante ou pour le sevrage; mais tous les trois ou quatre mois nous donnons à cbaque mère, comme récompense de son exactitude, une layette com[)lète pour son enfant.

IIEMÈDKS D’OUnUE MÉDICAL

.M. le !)'■ l'anel, clirecleiir du Bureau d’hygiène de Bouen et qui dirige un dispensaire de la ville, a demandé à la municipaliLé d’accorder trois livres de viande par semaine aux femmes cpii allaitenl. A la lin de l’année la dépense n’est pas plus grande que si on avait donné du lait de vache à l’enfant. Le lait stérilisé et le lait concentré eussent même coûté beaucoup plus cher. Grâce au dévouement d’une directrice intelligente, les choses ont marché à souhait. Tandis qu’avant 1900 presque toutes les femmes donnaient le biberon, elles nourrissent actuellement au sein dans la proportion de près de

L’exemple donné par le Panel a été suivi par plusieurs autres médecins.

M. le D^Levraud, de Saumur, procède autrement : il a deux consultations, une pour les enfants élevés au biberon, l’autre pour ceux nourris au sein. Dans la première, les mères paient le lait de leur enfant; dans la seconde, elles reçoivent une gratilication de trois francs à chaque pesée, qui a lieu tous les quinze jours.

MM. Blin et Blin, d’Elbeuf, accordent un bon de caisse d’épargne de cent francs à toutes leurs ouvrières qui nourrissent pendant une année.

A Besançon, après avoir fait la remarque que les distributions de lait et l’allaitement artiticiel ne donnaient pas les résultats espérés, les médecins ont fondé une OKuvre de protecl'on de l’Enfance et d’encouragement à l’allaitement maternel. Cette œuvre consacrée aux femmes pauvres, « donne à la mère-nourrice le prix du lait que son enfant lui aurait coûté s’il eût été au biberon. De plus, on donne des farines en temps opportun. »

Les mères présenteront elles-mêmes leurs enfants tous les quinze jours. Chaque déplacemeut leur sera payé d’autant plus que l’enfant avancera en âge, puisqu’il aurait coûté davantage à sa mère s’il eût été nourri au biberon. L’allocation s’élèvera au fur et à mesure que la mère aura plus de tendance â sevrer.

C’est au médecin â s’ingénie!’, suivant les circonstances et suivant le milieu dans lequel il vit, pour trouver le meilleur mode d’encouragement à l’allaitement au sein.

Résultats obtenus dans les Consultations de nourrissons. — a. — Ga-siro-entériie. — Le résultat capital est la disparition, pour ainsi

.AlOUTALITh: [N K A NT ILE EN EUANCE

dire totale, de la. mortalité par gastro-entérite. Si on se reporte à la courbe qui représente la mortalité par diarrhée dans la ville de Paris en 1898, année qui fnt partienlièrement chaude (voy. (ig. 00, p. 154), on voit que la mortalité par adections du tube digestif représentée par des colonnes qui s’élèvent si haut, surtout en août, est liguréc à notre (Consultation de nourrissons par une ligne qui va de 0 à 0, c’est-à-dire qu’elle est absolument nulle; et il en est ainsi pour ainsi dire chaque année. Depuis 189;2, c’est-à-dire depuis quatorze ans, nous ne pouvons compter que trois enfants qui ont été emportés par la gastroentérite. Le ])remier était élevé au sein ; sa mère l’ayant mis dans une crèche, il y reçut du mauvais lait et eut de la diarrhée; nous le guérîmes et nous fîmes promettre qu’on ne le confierait plus à cet établissement. Promesse vaine. Quelque temps après, l’enfant ne revenant ])lus, nous fîmes une enquête et nous apprîmes qu’il avait été reconduit à la crèche; il y avait passé la journée du 24 aviâl 1897 et avait été pris de choléra infantile; le lendemain, il avait succombé.

Nous n’avions pas eu d’autres décès lorsque, en 1904, une de nos femmes, dont le bébé âgé de dix-sept mois avait été élevé au sein et n’avait jamais été souiïrant, crut pouvoir partir pour le Havre avec son mari, en confiant son enfant à sa mère. Bien entendu la grand’maman trouva ridicule de ne donner que du lait; elle fit avaler de la grosse soupe à l’enfant, lui lit manger des légumes, etc., et quand les parents revinrent, ils le trouvèrent mourant; ils nous l’apportèrent à l’hôpital où il succomba. Enlin, en 1905, une de nos femmes, qui avait aussi allaité au sein, lit, au moment du sevrage, prendre à son enfant, malgré nos recommandations, toutes sortes d’aliments indigestes ; il eut de la gastro-entérite et fut transporté à l’hôpital des Enfants malades où il succomba. En dehors de ces trois cas, qui constituent une sorte de contre-épreuve, nous n’avons pas perdu un seul enfant île gastro-entérite. Cette grande cause de mortalité infantile est donc (issenrieUemenl évitable et la plus facilement évitable de toutes les causes : les enfants ne devraient presque jamais mourir de maladie du tid)e digestif.

1). — A ffections pulmonaires . — En ce qui concerne les alï'ections [)ulmojiaires aiguës, les médecins, dans les Consultations de nourrissons, devront montrer aux mères les dangers du refroidissement, dangers d’autant j)lus grands que les enfants sont plus jeunes. Certes, découvrir le cou et le haut de la poitrine, laisser les jambes et les bras

IIEMKÜICS D’ORDRE MEDICAL

nus, loiil cela plail aux femmes, mais celte coquetterie, elles ne devraient pas l’oublier, est souvent fatale à leurs enfants.

Elles surveilleront leurs bébés, les vêtiront mieux et le nombre des morts par broncbite et par broncho-pneumonie diminuera.

c. — Débilité congéiütale. — Le nombre des décès par débilité congénitale est considérable puisqu’il atteint 171 p. 1.000 de la mortalité totale. Il faut empêcher les enfants d’avoir froid, il faut savoir les alimenter dans des conditions spéciales. Nous avons donné toutes les indications nécessaires au médecin (Voy. p. 89 et suivantes) pour lutter aussi eflicacement que possible.

d. — Tuberculose. — Le chiffre de la mortalité dû à la tuberculose n’est pas élevé. Il faut éviter la contagion par les parents, ce qui n’est pas très facile; pour les enfants soumis à l’allaitement mixte et à l’allaitement artificiel, il est indispensable de faire stériliser leur lait.

e. — Maladies contagieuses et autres causes. — Une hygiène sévère et des mesures conseillées par le médecin empêcheront la propagation des maladies contagieuses. 11 faut vacciner les enfants le plus tôt possible. Pour les maladies héréditaires, syphilis et autres, c’est au médecin qu’il appartient de les combattre et de les guérir.

llappelons enfin que la plupart des maladies sont souvent la conséquence d'affections du tube digestif et qu’elles seront évitées avec d’autant plus de succès que l’estomac et l’intestin seront en meilleur état .

Les Consultations de nourrissons, dirigées par les médecins, peuvent encore rendre de grands services pour l’enseignement, pour la diffusion de notions pratiques nécessaires à tous ceux qui s’occupent de l'élevage de la première enfance. Elles permettent, nous l’avons vu, de faire l’éducation des mères qui nourrissent; elles servent encore à celle des mères futures. Les jeunes filles suivent la Consultation d’Appoigny, y apprennent à peser les enfants et y écoutent avec attention les conférences d’hygiène du D’’ Mocquot. Peut-il y avoir une manière plus efficace de faire disparaître les préjugés régnants?

L(; IJ‘’ Marfan a montré, dans un très intéressant rapport, comment on devrait organiser un enseignement médical en vue de combattre la mortalité des enfants du |)remier tàge. Les Consultations de nourrissons y joueraient un rôle considérable ; les étudiants et les sages-femmes y verraient j)asser sous leux yeux toutes les particularités de la cliniijue.

.Vu Congrès d’hygiène de Bruxelles, le ^ septembre 1908, après

Ik-DiN. — Allaüeinent. 17

2o8 MO HTA LIT K INFANTILE EN FRANCE

line imporLanle discussion, les conclusions suivantes ont été votées ;

« La sixième section est d’avis que l’alimentation des nourrissons doit faire l’objet de la sollicitude constante des pouvoirs publics et

exprime le vœu :

« 1° Que les Administrations publiques cbarilables cliercbent, par tous les moyens possibles, à instituer des Comullaûons pour nourrissons^ dirigées par des médecins;

« 2° Que, pour les jeunes filles, depuis l’école moyenne jusqu’à l’école normale, et spécialement dans les écoles ménagères, il soit institué des leçons pratiques d’hygiène infantile, notamment en leur faisant suivre des Consultations ào. nourrissons;

« Que, dans toutes les communes, des notices sur l’allaitement et l’hygiène des nouveau-nés, en lête desquels ligure ce précepte que jamais l’allaitement artificiel ne vaut l’allaitement naturel, soient délivrés au moment du mariage et delà déclaration de naissance. »

Est-il possible de constater ce que les Consultations de nourrissons ont produit sur les statistiques de la mortalité. Voyons successivement ce qu’il a été possible de noter à Paris et dans les départements.

Depuis 1892, nous faisons annnellement une enquête minutieuse pour tous les enfants qui ont suivi notre Consultation pendant un mois au moins et deux années au ])lus. \oici nos statistiques telles que nous les avons publiées à 1 .Vcadémie de médecine, le S janvier lOOi.

Nous dirigeons deux Consultations de nourrissons : une, le vendredi, avec le 1)’’ Plancbon, une autre, le mercredi, avec les D'*' Perret et Quillier. Cette dernière ne date que de dix mois; 92 enlauts 1 ont sui- . vie; comme elle est troj) récente, nous la laisserons de côté. .Aucun des enfants de cette Consultation n’a, du reste, succombé.

La Consultation du vendredi a été, depuis l’époque où nous sommes

il(,o

do

Mortalité totale

ViJLe^ Paris.

CHraxjue- Tarnùer

Fis. 92.

IIE.MICDES D’OllDUE MÉDICAL

à la Clinique Tarnier, c’esl-à-dirc depuis mars 1898, suivie par 71!2 enfants ; *26 sont morts, ce qui fait une proportion de 3C,55 p. 1.000.

Mais les statistiques de la ville de Paris portent sur douze mois; les enfants sont restés chez nous neuf mois et demi en moyenne; ponr^un séjour d’une année, de 365 jours par conséquent, notre mortalité serait donc de 46 p. 1.000 (Voy. fig. 9:2).

Fig. 93.

Paris, pendant les années 1898, 1899 et 1900, en déduisant du chitfre des naissances le nombre des enfants qui ont été envoyés en nourrice hors de la capitale, il y a eu 20.2183 décès de 0 à un an sur 113.805 enfants, c’est-à-dire une proportion de 178 p. 1.000.

De quoi sont morts nos enfants? Voici l’énumération des causes:

Affections pulmonaires : 10; rougeole : 5; coqueluche : 2; variole hémorragique ; méningite et convulsions : 5 ; mère et père alcooliques: 1 ; gueule-de-loup: 1; spécificité: 1.

Comj)arons nos chiffres à ceux de la ville.

La mortalité par affections du tube digestif a été pour Paris, de

MOin’ALITE INFANTILE EN F U A N CE

()9 p. 1 .000 pour les enfanls élevés au sein et arüliciellemenl ; chez nous, elle esl -égale à zéro (Voy, fig. 1)3).

La moiialilé par aiïeclious pulmonaires a élé clans la ville de Paris (le 3â p. 1.000 ; cliez nous, elle a élé de 17 p. 1.000.

I.a morlalilé par alTeclions conlagieuses : variole, rougeole, scarlaline, grippe, diphtérie, coqueluche, a élé de 10,3; chez nous, elle a élé de 13,8 p. 1.000.

Pour les autres causes, la mortalité de la ville de Paris a élé de 03,(3 ; à notre Consultation elle atteint le chiiïre de 13,8 p. 1.000.

M. le D^’ Maygrier a publié des résultats analogues.

L’an dernier, M. le D'' Bresse! a comparé la mortalité de zéro à un an pendant les trois mois d’été d’années qui furent particulièrement chaudes, 1898, 1900 et 1904. Sur la figure qu’il a publiée la température de chaque semaine est indiquée et on voit que la chaleur a été un peu plus grande et a duré plus longtemps en 1904 qu’en 1898 et 1900 ; malgré cela, la mortalité infantile a diminué très notablement, ainsi que le démontre la courbe. Et cependant, il n’y a pas plus de 4.000 enfants qui, dans la capitale, sont surveillés dans les Consultations de nourrissons et les dispensaires.

Si, du reste, on relève le nombre des décès dus à toutes les causes chez les enfants de zéro à un an de la ville de Paris, on voit que grâce aux soins dont ils sont maintenant entourés par les médecins, grâce aux conseils que leurs mères reçoivent dans les Consultations de nourrissons, la moi'talité va en diminuant notablement (Voy. lig. 94). Entre 1890 et 1896, sur un total de 39.000 naissances environ, il y a eu en moyenne pour les six années, 134 décès pour 1.000 enfants de zéro à un an; de 1896 à 1902 inclusivement, il y a eu 113 décès pour 1.000 naissances et de 1903 au 31 décembre 1903, 106 décès seulement en moyenne.

Ces chiffres portant sur la mortalité totale de la ville de Paris sont particulièrement significatifs. Ceux fournis parles départements ne le sont pas moins. On sait combien il est difficile d’établir des statistiques qui ne puissent être critiquées d’une façon plus ou moins juste. Or, en 1893, alors que nous étudiions la possibilité d’établir une Consultation de nourrissons à Dieppe, il nous sembla qu’il serait possible de faire, dans une ville de population assez limitée, des comparaisons intére.ssantes concernant les enfants bien dirigés à la Consultation par le médecin et ceux qui n’auraient pas été surveillés. Nous pensions en outre que, si le nombre de décès diminuait à la Consultalion, si la gaslro-

KEMKDKS It’OHDKK MÉDICAL

('lUérite, en

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Fig. 9i.

|)liis aussi cnielleinent, on dcvail noter un retentissement sur la mortalité infantile de toute la ville.

MORTALITE INFANTILE EN FRANCE

ruisque les ConsuUalions de nourrissons exislenl mainlenant dans un grand nombre de communes, voyons ce qui s’y esl passé pour les enfants de zéro à un an.

C OBCRLIN VA

Fig. 9».

Le maire de la ville d’Arques (Pas-de-Calais), le D‘‘ Alexandre, esl un excellent médecin qui s’elïorce de réaliser toutes sortes d’institutions philanthropiques précieuses pour la population ouvrière et pauvre. Il a fondé, au commencement de 1903, une Consultation de nourrissons et on voit que si, de 1898 à 1903, la mortalité infantile d’Arques

IlEMEDES D'OliDUE MEDICAL

était de 191 p. l.OOO naissances, en 1903, 1904 et 1905, elle est descendue à 101 et ll!2 p. 1.000 (Voy. fig. 95). La diminution de la mortalité fut donc considérable; j’entends la diminution de la mortalité de toute la ville, parce que les enfants qui venaient à la Consultation n’ont succombé que dans la proportion de 9, de 34 et de ;24 p. 1.000. Et ce qui montre que ces résultats sont bien dus à la nouvelle institution, c’est que dans trois communes immédiatement voisines où elle n’existe pas, la mortalité de zéro à un an a été pour 1904 et 1905 :

A Blendecques. . . de 136 et 140 pour 1.000 naissances.

\ Wizernes . . . de 190 et 150 —

A Longuenesse . . de 200 et 230 —

A Saint-Pol-sur-Mer, les enfants succombaient en grand nombre ; pendant les cinq années qui ont précédé octobre 1902, la mortalité de zéro à un an fut de 288 p. 1.000. Le 1>’ Ausset (de Lille) appuyé, soutenu de toutes manières par un généreux philanthrope, M. Van Cauvenberghe, y fonda une Consultation. Les résultats ont été les suivants : en octobre 1903, la mortalité de toute la ville était tombée à 209 p. 1.000, et à la lîn de la deuxième année, en octobre 1904, malgré la très grande chaleur des mois d’été, elle n’était plnsque de 151 p. l.OOO; elle avait donc diminué de près de moitié. (Voy. lig. 96.)

Pans une commune de la Seine-Inférieure, à Varengevillc-sur-Mer, une Consultation de nourrissons a été fondée par une personne bienfaisante, M'"Mlolle, et surveillée par un de mes anciens élèves, le I)*' Poupault, de Dieppe; pendant les sept années qui avaient précédé

1904, la mortalité de zéro à un an avait été en moyenne de 145 |). 1.000. Aucun des enfants qui, en 1904 et

1905, ont suivi la Consultation de nourrissons n’a succombé ; de ce fait, la mortalité totale de Varengeville est tombée en 1904, à 77

MORTALITE INFANT II.E EN FlSANflE

]). 1.000. Or, en 1898, avec des chaleurs comj)arables pendaiil l’élé à celles qui onL régné en 1904, la mortalité de zéro à un an avait

atteint 285 p. 1.000. (Voy. tîg. 97.)

Dans le département du Pas-de-Calais, sous l’active impulsion du préfet, iM. Duréaull, un grand nombre de Consultations ont été organisées; il en existait 71 en

1904. M. Viret, inspecteur départemental de l’Assistance publique, a fait dans onze villes où il existait des Consultations de nourrissons, la comparaison entre les deux années 1898 et 1904, dont la température fut très élevée. On voit sur la figure 98 que, dans toutes ces communes, la mortalité a été notablement moins grande en 1904 qu’en 1898.

Mais on peut se demander si, réellement, la réduction de la mortalité infantile est due à l’existence des Consultations de nourrissons. Or, dans onze autres villes (Voy. tig. 99) où elles n’ont pas été établies, la mortalité pour les enfants de zéro à un an s’est toujours au contraire trouvée plus élevée en 1904 qn’en 1898. Aussi, en présence de ces résultats, beaucoup de Consultations nouvelles ont-elles immédiatement été créées ; 118 ont été fondées en

1905. ce qui donne un total de 189 Consultations, et on ne s’arrête pas là ; 35 autres sont en voie d’organisation pour

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