‹ Manuel pratique d'analyse bactériologique des eauxChapitre 16 sur 19 · III. — Résultats de l'analyse qualitative · texte numérisé non relu

III. — Résultats de l'analyse qualitative

Suivant la mission qu41 reçoit, le bactériologiste peut avoir à rechercher dans une eau plusieurs organismes pathogènes dont Fétude est déjà fort avancée, et auxquels on attribue la production de diverses affections (dothiénentérie, choléra, charbon, tétanos, etc.). Dans ce cas, il est certain que Tanalyse de générale devient particulière, et se trouve ainsi considérablement simplifiée; on n^a plus à répondre à cette question vague qui cause d'habitude un effroi justifié aux analystes : cette eau est-elle ou non nuisible à Tespèce humaine? Il suffît alors simplement de savoir si l'eau parvenue au laboratoire contient les germes ou les êtres adultes des microbes qui viennent d'être mentionnés.

Il serait toujours aisé à l'opérateur de répondre à ces demandes nettement formulées, si la découverte au sein des eaux des organismes pathogènes n'était pas souvent entourée de difficultés sérieuses; non pas qa'il soit malaisé, par exemple, de constater dans une eau la présence du bacille d'Eberth, d'après les techniques publiées par les D" Chantemesse, Widal et Vincent, quand ce bacille apparaît avec les aspects qui caractérisent les cultures de ce micro-organisme, mais parce que le bacille d'Eberth est souvent mélangé à des espèces souvent fort voisines, appelées pseudo-bacilles typhiques, et qu'il peut devenir lui-

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même Tobjet de modifications si profondes que les nouvelles cultures du vrai bacille du typhus ne rappellent en aucune manière ses cultures considérées typiques.

Pour le bacille du choléra, il en est de même; M. Dowdeswell a démontré que son polymorphisme pouvait s'étendre de la forme spirillaire à celle de la cellule amœbiforme; ce polymorphisme bien étudié par M. le D' Billet est si réel, qu'il n'est pas d'observateur adonné à l'étude d'une espèce particulière qui ne soit souvent surpris et parfois trompé par les aspects inaccoutumés des cultures que produit le même micro-organisme et les formes étranges qu'il revêt dans certaines conditions.

Les variations dans la forme, dans les facultés pathogènes, chromogènes et zymogènes des bactéries exerceront encore longtemps la sagacité des bactériologistes; dans les cas douteux, il est de leur devoir de se prononcer avec une extrême réserve.

Quand il s'agit d'essais qualitatifs, les dénominations que nous avons adoptées plus haut, d'eaux pures, impures, etc., ne sauraient avoir une signification bien précise : une eau qui contiendrait seulement par centimètre cube lo bacilles typhiques serait quantitativement pure, et qualitativement dangereuse ; tandis que de l'eau de la Vanne, abandonnée vingtquatre heures à elle-même, pourrait renfermer un million de bactéries par centimètre cube et se montrer absolument inofTensive.

Si donc il est parfois délicat de se prononcer catégoriquement sur l'existence dans les eaux de plusieurs microbes pathogènes dont l'histoire, quoique avancée, n'est pas entièrement terminée, quelle doit être la

réponse de l'analyste interrogé sur la présence ou Tabsence d'éléments nocifs dans un échantillon d'eau déterminé? Une semblable question, en tant qu'elle reste générale, doit être considérée comme prématurée dans l'état actuel de la science, et on doit l'avouer avec franchise plutôt que d'affirmer témérairement que, parmi les looo ou loooo bactéries rencontrées par centimètre cube d'une eau soumise au dosage, il n'existe pas de bactéries douées de facultés pathogènes; d'abord, cela n'est pas ordinairement exact; on rencontre dans la plupart des eaux que nous buvons, dans les poussières de l'air que nous inspirons à toutes les heures du jour, de nombreux staphylocoques dont l'inoculation n'est pas inoffensive, et des microbes qui ressemblent beaucoup, tant sous le rapport des cultures que sous celui des lésions engendrées au micrococcus de l'érysipèle et de la septicémie. Je conteste donc aux micrographes le droit de déclarer innocente une eau dont ils ne connaissent pas parfaitement tous les éléments figurés, c'est-à-dire dont ils n'ont pu faire une analyse qualitative complète et rigoureuse. Si parmi ces éléments figurés un ou plusieurs sont meurtriers vis-à-vis des espèces animales, s'ensuit-il qu'ils le soient pour l'homme, et qu'introduits dans le tube digestif, où se trouvent disséminées tant d'espèces virulentes, depuis les arcades dentaires jusqu'à l'extrémité du rectum, ils puissent produire des troubles d'un effet appréciable? Je ne le pense pas; mais il faut avouer que la découverte dans une eau d'une bactérie quelque peu pathogène est bien faite pour soulever de nombreux doutes, faire hésiter l'analyste dans ses réponses et lui ôter l'assurance qu'il est en droit de montrer^ toutes les fois que dans une eau très

peu riche en bactéries il n'a pu découvrir que des espèces vulgaires bien connues, ou des ferments inoffensifs.

Avant d'entreprendre l'analyse qualitative générale d'une eau, le micrographe ne doit pas cacher aux intéressés qu'il entreprend un travail long, considérable, souvent d'une utilité contestable et parfois difficile à compléter. Cependant il n'est pas rare de trouver quelques municipalités résolues à tous les sacrifices pour être édifiées sur les micro-organismes d'une eau dont il s'agit, par exemple, d'opérer la captation et d'amener à grands frais dans une ville pour y servir pendant longtemps à Talimentation des habitants. Une analyse inicrographique complète leur semble dans ce cas parfaitement indiquée, et j'ajoute que je suis absolument de leur avis.

L'opérateur qui se charge de cette besogne suivra, je crois, avec profit les indications déjà données dans les pages précédentes; il devra s'efforcer de présenter les résultats obtenus sous une forme simple et parfaitement compréhensible.

Il étudiera d'abord les organismes pouvant croître sur la gélatine, puis ceux qui réclament d'autres milieux.

Il établira le chiffre des espèces qui croissent indifféremment à une température basse (lo® à 20°) ou modérée (20° à 3o®), ou à une température très élevée (4o° à 70®). Parmi ces espèces, il indiquera le nombre de celles qui sont aérobies, anaérobies, ou indifféremment aérobies et anaérobies. Gela fait, laissant le côté général de ces déterminations, il passera en revue les micro-organismes pathogènes, zymogènes, chromogènes et vulgaires, en ayant soin d'établir dans

quelles proportions ces bactéries se trouvent dans i" ou i^»^ de Peau soumise à l'analyse. Ce travail pourra être résumé sous la forme que j'indique ou présenté dans un cadre plus en rapport avec la nature de Peau analysée.

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