‹ Manuel pratique d'analyse bactériologique des eauxChapitre 5 sur 19 · I. — Remarques générales sur les procédés · texte numérisé non relu

I. — Remarques générales sur les procédés

Dans les sciences physiques et naturelles, l'exactitude des moyens d'investigation a une ioïportance capitale, car, plus les méthodes employées sont parfaites, plus vite sont également découvertes les lois qui régissent les phénomènes encore peu ou mal connus. En général, on doit se méfier des méthodes expçdilives et trop faciles qui comportent souvent avec elles des causes d'erreurs nombreuses, capables d'altérer la sincérité des résultats, ou de donner seulement des approximations dont ne saurait se contenter un expérimentateur consciencieux.

D'autre part, les procédés longs et compliqués qui exigent des aides, un matériel coûteux, des laboratoires bien outillés, ont le tort grave d'immobiliser telles recherches spéciales entre les mains d'un trop petit nombre d'observateurs et de résister longtemps

à la vulgarisation. Ces méthodes, difficiles à appliquer, je n'en parlerai pas longuement dans cette étude, où je tiens avant tout à rester simple et à décrire des méthodes opératoires à la portée des élèves les plus novices en microbiologie.

Du reste, je ne ferai ici tort à personne, car le promoteur des procédés de numération des bactéries réputés comme pleins de difficultés est l'auteur mênfie de ces lignes. Je ne saurai disconvenir, en effet, que le procédé de numération des bactéries par les ensemencements fractionnés «lans le bouillon exige une très grande habitude, beaucoup de patience, un matériel considérable, précisément trois choses que n'ont pas d'ordinaire les débutants. Cependant, je dois proclamer que les analyses, basées sur le fractionnement des liquides, présentent des qualités nombreuses, qu'elles l'emportent en exactitude et en rigueur sur la méthode dite des plaques, et qu'enfin mon procédé a le mérite d'être général.

Je rappellerai qu'il consiste à diluer les eaux à analyser de façon telle que, sur loo conserves de bouillon ensemencé, 20 à 25 d'entre elles soient au plus le siège d'une altération par les bactéries. Si l'on possédait à l'avance des notions suffisamment approchées sur la richesse des eaux en microbes, l'application de ce procédé serait facile; mais le plus souvent ces données ou ces notions on ne les possède pas, et alors il faut se livrer à des essais préliminaires nombreux, ou se résoudre à effectuer plusieurs séries d'ensemencements avec des dilutions de puissances diverses et graduées.

Tel est l'unique défaut des analyses par le fractionnement, si une difficulté peut être ainsi qualifiée.

DE l'analyse quantitative. 31

Mais croit-on qu'il suffit d'employer les plaques de gélatine pour être dispensé de recourir aux dilutions et aux ensemencements fractionnés? Cette pensée serait absolument erronée, et l'expérimentateur qui se targuerait de ne jamais recourir aux dilutions montrerait par là qu'il connaît fort mal son métier d'analyste.

Prenons un exemple : voici une eau de la Vanne récemment puisée; faisons une plaque avec une goutte de cette eau ; en supposant que la richesse de cette eau de source soit égale au moment du puisage à 4oo bactéries par centimètre cube, et que 25 gouttes tombées de la pipette produisent le poids de iS'', la plaque offrira i6 colonies. Attendons que le même liquide ait vieilli quelques jours dans le vase où on l'a recueilli, et fabriquons une nouvelle plaque dans les mêmes conditions, on la verra se charger de 25oo colonies et parfois d'un nombre plus élevé. Avec une goutte d'eau d'égout, de vidange, le chiffre des colonies pourra varier de 26000 à 260000 par plaque.

11 apparaît donc clairement que, devant l'impossibilité de compter convenablement dans un espace nécessairement restreint un si grand nombre de taches et de points, la dilution préalable des eaux s'impose, quel que soit le procédé choisi pour l'analyse bactériologique.

Je viens de parler de plaques offrant 2600, 26000, aSoooo colonies, à partir de 1000 colonies réparties sur o™*i, 1 de surface; le dénombrement des îlots bactériens devient laborieux, difficile et inexact, même avec l'aide des glaces quadrillées, surtout si la couche de gélatine a une épaisseur notable. Les colonies à cheval sur les traits ou déplacées par le changement

32 CHAPITRE m.

de direction des rayons visuels peuvent être comptées deux fois ou ne pas l'être du tout. Mais c'est là le défaut moindre.

Voici, au contraire, une objection qui a beaucoup plus de valeur, que je fais depuis longtemps aux partisans exclusifs des plaques de gelées et à laquelle il n'a pas encore été répondu d'une façon satisfaisante.

L'expérience démontre que les organismes microscopiques des eaux sont plus aisément rajeunissables que les germes desséchés charriés par l'atmosphère, mais qu'ils réclament cependant une quinzaine de jours d'incubation dans la gélatine, exposée à 20-22*, pour apparaître d'une façon nettement visible sous la forme habituelle de colonies. D'autre part, les faits établissent qu'en moyenne 20 bactéries, issues des eaux, réparties sur une plaque de i décimètre carré, abstraction faite des moisissures, dont le pouvoir envahissant et liquéfiant est très considérable, fluidifient partiellement ou totalement le siibstratum nutritif, avant la fin de la seconde semaine. En ensemençant donc plus de 20 bactéries sur une plaque de gélatine de la surface indiquée, on se trouve généralement dans la nécessité absolue d'effectuer un dénombrement de microbes, souvent définitif, avant qu'un certain nombre de bactéries aient eu le temps de devenir visibles, c'est-à-dire numérables.

DE l'analyse quantitative. 33

Durée d'incubation des bactéries des eaux, ensemencées dans des plaques de gélatine maintenues à 2o"'-22°.

Propurlion pour 1000

des colonies

apparues du 1"

eu 15* jour.

Après 'A'.\ heures 20

» 2 jours 116

Page 1