‹ Manuel pratique d'équitationChapitre 13 sur 113 · DU DRESSAGE DU CHEVAL · texte numérisé non relu

DU DRESSAGE DU CHEVAL

C'est lorsque le poulain est encore allaité par sa mère qu'il faut en ébaucher les premiers principes. Après sa naissance, il suit sa mère pas à pas sans la quitter un seul instant. Elle, de son côté, le surveille avec une active sollicitude, pourvoit aux besoins multiples de son jeune âge et l'entoure de soins empressés. Peu à peu, le poulain grandit, se développe, et ses muscles se consolident.

Toutefois , il a une sorte de crainte instinctive de l'homme et se sauve à son approche en gambadant. Cette tendance doit être combattue immédiatement. La condition essentielle qui doit être exigée de l'animal qui va être mis en dressage, c'est qu'il ne redoute pas le contact de l'homme, s'y habitue et arrive même à le rechercher.

Pour obtenir ce résultat, il est nécessaire d'aller plusieurs fois par jour voir le poulain dans le box où il est enfermé avec sa mère, de lui donner une poignée d'avoine avec la main, qu'on passe ensuite légèrement sur la tête, l'encolure et le dos; de lui parler sur un ton peu élevé, en un mot, de l'accabler de tant de caresses qu'il finisse par se familiariser avec son maître.

Cette manière de procéder devra être répétée lorsqu'il sera placé au pâturage. Quand l'heure a sonné de rentrer la jument à l'écurie pour qu'elle y mange sa ration d'avoine et s'y repose, l'homme se présentera à la barrière, y appellera de la voix le poulain, qui, au bout de quelques jours de ce système, n'hésitera plus à se précipiter avec sa mère à sa rencontre, sentant les caresses qui lui seront prodiguées et l'avoine qui lui sera distribuée à sa rentrée au box.

Le poulain commence à prendre confiance, à s'accoutumer aux attouchements de l'homme et à se plaire dans sa société. Alors on lui apprendra peu à peu à subir les frottements de la brosse en crin ou en chiendent et à être pansé. La brosse ne sera pas rigide, afin d'éviter d'irriter l'épiderme et de l'écorcher. Au début, on se sert seument d'une serviette ou d'une époussette en cuir souple, qui lisse les poils sans énerver l'animal,

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puis on lève alternativement chaque pied avec précaution, on frappe légèrement la corne avec le dos de la brosse, afin de l'habituer à supporter les secousses de toutes les opérations du ferrage. Souvent, le cheval devient difficile à ferrer, fait courir de sérieux dangers au maréchal par ses ruades et ses défenses, parce qu'on a négligé ces exercices préparatoires.

Dès que le poulain a atteint l'âge d'un an, on garnit sa tète d'un licol en cuir mince, et on l'attache à la mangeoire; on le mène au pâturage en le tenant par la longe qui est retirée à son entrée dans le pré afin qu'il jouisse d'une entière liberté et s'y livre à tous les écarts d'une joie exubérante.

Là, le poulain, n'étant gêné par aucune contrainte extérieure, gagne en force et en énergie; il marche tantôt au pas, tantôt au trot, le plus souvent il galope, et comme le terrain uni et moelleux comme un tapis cède sous ses pieds, il ne risque pas de s'y engorger les membres par des tares molles ou osseuses.

Les courses à travers les prés lui sont au contraire d'un effet très salutaire. Elles activent sa respiration, fortifient les muscles de l'avant-main et de l'arrière-main, soudent les articulations; enfin elles développent les moyens de locomotion

et favorisent le mécanisme naissant des allures .

Vers deux ans, le poulain est pourvu d'un bridon, au mors brisé, à gros canons, doux à la bouche, ajusté largement pour ne pas comprimer la nuque et les commissures des lèvres et est ainsi conduit au dehors en ayant soin de laisser aux rênes de bridon une longueur de 50 centimètres.

Dans les premiers essais de conduite en bridon, il faut se faire suivre d'un aide muni d'une cravache ou d'une chambrière, qui frappera légèrement le cheval sur la croupe, dans le cas où il opposerait une vive résistance à son conducteur en reculant ou en se jetant de côté par bonds. S'il se jette en avant en prenant le galop, il faut le calmer en saisissant fortement les rênes près de la bouche et en lui imprimant de petites secousses.

A quel âge le cheval de selle doit-il être initié aux principes d'un dressage rationnel poussé à ses dernières limites?

L'âge le plus propre pour débourrer un cheval et le mettre dans les conditions les plus favo* râbles et les meilleures dispositions à profiter des leçons qui lui seront données dépend de sa race, de son tempérament, de son mode

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d'élevage et de l'usage auquel on le destine.

Un cheval de pur sang ou très près du sang, qui a mangé de l'avoine quelques semaines après sa naissance, est doué d'un tempérament nerveux, peut à dix-huit mois être monté ; c'est d'ailleurs le cas des chevaux de courses qui, à deux ans, ont subi un entraînement suffisant pour parcourir au galop 2.500 à 4.000 mètres à de très grandes vitesses et sans fatigue. Il n'en est pas de même d'un cheval de race commune, lymphathique, qui, nourri dans les prés et les jachères, ne reçoit d'autre nourriture que celle qu'il y trouve, et, privé d'avoine pendant les premières années, n'a pas une constitution assez robuste pour être mis en service avant cinq ans.

Tout poulain, issu de bonnes races françaises de selle, qui ne manque ni de cachet ni de distinction, et a acquis par une nourriture substantielle une charpente osseuse, des muscles saillants et de bonnes proportions peut être, sans inconvénient, mis en dressage à cinq ans.

Les chevaux normands, bretons, poitevins, limousins, ardennais, de Tarbes, qui constituent les produits de notre industrie chevaline, appartiennent à cette catégorie.

Le cheval de cinq ans dispose de toutes ses forces musculaires qui ont atteint leur complet

développement et est apte à recevoir les leçons d'un maître sage.

La qualité la plus importante à exiger de ranimai, c'est la franchise d'impulsion. C'est à le faire porter en avant, en donnant à ses mouvements le plus d'extension possible, que doit tendre le cavalier.

Tout le dressage est dans cette formule.

Les moyens à employer se résument dans un assouplissement méthodique du cheval qui doit être équilibré dans toutes ses allures et obéir avec légèreté à toutes les exigences exprimées par les mains et les jambes de celui qui le monte.

Le travail à la longe a pour but d'assouplir les épaules du cheval, de donner à ses allures une cadence régulière et de lui faire dépenser l'excédent de ses forces.

Ce travail doit être exécuté soit dans un manège fermé, soit dans un terrain clos, au sol uni et doux, afin qu'il ne soit pas distrait par les objets du dehors, tels que personnes, voitures, et ne soit pas effrayé par leur apparition subite et leurs bruits insolites. De cette façon, Tattention de l'élève sera tenue en suspens et éveillée par les indications précises du maître et de son aide. Pour ces leçons préliminaires, il est nécessaire que le cavalier soit assiste d'un aide adroit , calme, qui

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