SON MAT
Son comme étouffé — propê êuff'ocatuâ (Avbnbrdggbii); — matité (Auct. plur.) ; — son Téinoral [Piouv); — son vide (Skoda),
Le son est dit mat quand les vibrations, sans expansion, sans amplitude, meurent ou s'éteignent à l'instant même où elles ont été produites. C'est le bruit que produisent les corps non élastiques et privés d'air, les corps jt>fems, comme on les appelle encore, un caillou, par exemple. Le nom de son vide, que lui donne Skoda, pourrait donc induire en erreur, si l'on n'était prévenu du sens particulier que cet auteur attache à ce mot; mais il n'y a pas à s'y
tromper. « Le son complètement vide, dit-il, tel que celui fourni iiar la percussion de la cuisse, indique, lorsqu'on le perçoit au niveau d'une partie flexible des parois du thorax ou de l'abdomen, qu'il n'y a pas (Tair dans cette partie, »
On a comparé ce son à celui que donne un tonneau plein ; cette comparaison est assez juste, mais on peut s'en faire une idée encore plus exacte en percutant sur les grosses masses musculaires de la croupe du cheval, ou, comme le dit Skoda, en percutant sur sa propre cuisse. C'est pourquoi M. Piorry lui donne le nom de son fémoral.
Ce bruit bien caractérisé indique l'absence, au niveau du point où il est perçu, de tout gaz susceptible de vibrer, et la présence d'un corps, solide ou liquide, non élastique et incapable d'entrer en vibration sous l'influence du choc qui lui est transmis. Quant à la question de savoir si le corps qui donne lieu à la matité est solide ou liquide, la nature du son lui-même ne peut rien nous apprendre à cet égard ; c'est par d'autres caractères, tirés des circonstances concomitantes, qu'on peut, ainsi que nous le verrons plus tard, arriver à ce diagnostic, qui, nous pouvons le dire par anticipation, n'est pas toujours facile.
On conçoit, sans presque qu'il soit besoin de le dire, qu'il peut y avoir, entre le sonpulmonal
le plus clair et le son fémoral le plus mat, une foule de nuances intermédiaires, et qu'on peut passer de Tun à Tautre par des gradations insensibles, dans lesquelles le son s'obscurcit peu à peu, jusqu'à arriver enfin à cette matité absolue que donne la percussion de la cuisse. Les débutants devront s'exercer à bien saisir ces nuances, dont l'appréciation exacte est dans beaucoup de cas d'une grande importance, non-seulement au point de vue du diagnostic, mais encore à celui du traitement.
SON TYMPANIQUB (AUCt. Omn.}.
La plupart des auteurs français conçoivent le son tympanique comme une exagération, un degré plus élevé, du son clair. D'autres, au contraire, tels que Woillez (cité par Barth et Roger), Walsit, auteur anglais (cité par Aran), Skoda, etc., établissent entre ces deux espèces de bruits une distinction qui nous semble justifiée. A la vérité, on peut reprocher à ce dernier de ne pas indiquer avec une précision suffisante les caractères du son qu'il appelle tympanique ; mais quand M. Aran demande si « le son d'un tambour ne serait pas par hasard un son tympanique, » quelque paradoxal que cela puisse paraître, nous répondons sans hésiter : Non, le son du tambour ne représente pas
pour nous un son tympanique ; pour nous, comme pour Skoda, il représente plutôt un son clair; et nous allons essayer de justifier notre opinion.
Si Ton frappe un coup de baguette sec sur la peau supérieure d'un tambour ordinaire, — c'est-à-dire muni de ses deux cordes convenablement tendues sur la peau inférieure, — on obtient un certain son, dont l'oreille apprécie bien les qualités diverses, et qui présente, entre autres caractères, celui de se prolonger un certain temps après que la baguette a frappé. Si maintenant on enlève les cordes de Tinstrument, et qu'après les avoir enlevées, on frappe comme précédemment, on obtiendra encore un son également fort, également élevé dans réchelle diatonique, mais ayant un caractère bien différent, que l'oreille la moins exercée reconnaît sur-le-champ et sans la moindre difficulté : ce dernier son paraît plus sec, ^\\y^ creux.
A quoi tient cette différence? A ceci : que, dans le premier cas, les cordes tendues sur la peau inférieure continuent à vibrer et prolongent le son encore pendant un certain temps après que la baguette a frappé ; tandis que, dans le second, les vibrations des membranes, non entretenues par celles des cordes, que nous avons enlevées, s'arrêtent presque aussitôt après le choc qui les a ébranlées.
Tel est, suivant nous, le caractère distinctif du son clair et du son tympanique. Dans le premier, les vibrations sonores durent un cer tain temps facilement appréciable à Toreille ; dans le second, elles s'éteignent presque aussitôt après avoir été produites. — Le premier est représenté par le son du tambour ; — le second, par le son de la grosse caisse.
On se fera une bonne idée des caractères de ce son en percutant le flanc droit du cheval, au niveau de Tare du cœcum, ou bien sur le rumen, dans le flanc gauche du bœuf, ou bien encore, chez le chien, en pratiquant la percussion dans le dernier espace intercostal, au voisinage de l'hypochondre gauche, dans un point qui correspond au sac gauche de Testomac.
Les conditions physiques de la production de ce bruit ne sont pas encore toutes assez bien connues, pour qu'il soit possible d*en donner une théorie complètement satisfaisante et appli^ cable à tous les cas où Ton peut le constater dans la pratique. On peut cependant dire avec Skoda que «la percussion donne, en général, un son tympanique toutes les fois que les parois des organes qui contiennent de tair ne sont pas trop tendues, » La présence d'un fluide élastique susceptible d'entrer en vibration, et une tension médiocre des parois qui contiennent ce fluide : telles paraissent donc être les deux
circonstances nécessaires à la production de la résonnance tympanique. Et effectivement, Skoda fait remarquer que « lorsque cette tension devient trop forte, le son perd presque complètement, — sinon complètement, — son caractère tympanique ; » remarque dont la clinique permet souvent de vérifier la parfaite exactitude.
Quant à sa signification sèmèiologique, sur laquelle nous aurons à revenir un peu plus tard, il nous suffira de dire ici que la résonnance tympanique d'un point quelconque de la poitrine est toujours un fait non normal, mais duquel on peut conclure cependant que le poumon n'est pas complètement privé (Tair dans la partie correspondante au point ou ce son est perçu.
Il est à peine besoin d'ajouter que ce son peut être plus ou moins bien caractérisé ; qu'il peut être plus ou moins fort et plus ou moins franchement tympanique ; que Ton peut trouver un grand nombre de nuances entre le son clair le plus pur et le son le plus franchement tympanique ; que ces nuances ne sont pas toujours faciles à distinguer les unes des autres, mais qu'il faut cependant s'y appliquer et qu'on y arrivera avec de l'attention et par une pratique assidue de la Percussion.
PERCUSSION. fii