RÉSISTANCE AU DOIGT DES PARTIES PERCUTÉES
Le doigt qui percute, en môme temps qu'il provoque un son, juge de la facilité avec laquelle les parois qui reçoivent le choc cèdent à cette impulsion, se laissent déprimer et reviennent ensuite à leur forme première ; et
cette sensation d'élasticité , de résistance ^ de dureté^ s'ajoutant à l'impression faite par le son sur Toreille, éclaire sur Tétat physique des organes explorés et contribue pour une bonne part à la perfection du diagnostic.
L'importance de cette sensation tactile ajoutée à la sensation auditive n'avait point échappé à ceux qui les premiers se sont occupés de la Percussion. « Tel est, dit Gorvisart, le point de perfection où peuvent atteindre les sens, souvent et dûment exercés, et en particulier celui du toucher, que, môme dans les endroits où l'auteur (Avenbrugger) dit qu'une masse charnue et graisseuse rend le son plus obscur, le praticien qui a fait une étude exacte et suivie de la percussion éprouve, au bout de ses doigts, une sensation qui équivaut pour lui au son que l'oreille ne peut saisir. Je l'éprouve dans presque toutes les occasions qui se présentent ; et l'interposition de mamelles graisseuses, de muscles pectoraux épais, ne m'empêche point de me convaincre que la poitrine est libre en cet endroit, ou qu'elle est gênée par la présence d'un liquide ou la dégénérescence pathologique des organes qu'elle renferme, malgré la presque nullité de son obtenu dans ces cas. »
De son côté, Laennec fait remarquer qu'il vaut mieux, pour percuter, « que la main de
l'observateur soit nue et la poitrine du malade couverte ; » « car le gant diminue la sensibilité du tact, et la sensation d'élasticité que l'observateur perçoit en percutant ajoute souvent à la certitude de son jugement, lorsqu'il n'existe qu'une différence douteuse de résonnance. — Dans tous les cas, ajoute-t-il, la conscience du plein ou du vide est toujours beaucoup plus certaine pour l'observateur qut percute que pour celui qui entend seulement la percussion exercée par un autre. »
Mais c'est surtout M. Piorry qui a insisté sur la nécessité d'associer toujours ces deux éléments de jugement : la sensation auditive et la sensation tactile.
« Les différences de son que les organes percutés me présentaient les uns par rapport aux autres, m'ont longtemps paru entièrement dépendre du caractère des sons qu'ils fournissent. J'étais surpris de voir les personnes qui assistaient à mes recherches ne pas trouver, lorsque je percutais, la résonnance que je distinguais si bien, et que la nécropsie démontrait être toujours en rapport avec l'état physique des parties sous-jacentes. Je m'expliquai d'abord cette différence par l'habitude que j'avais de ce mode d'exploration. Plus tard, j'en découvris une cause bien plus importante : c'est que, dans l'impression que me donnait
la percussion, je confondais deux choses : le son que F oreille entendait, et le sentiment du degré de résistance que le doigt éprouvait lorsqu'il frappait sur le plessimètre. Je vis que les médecins et les élèves qui assistaient à ma visite saisissaient les caractères que j'indiquais tout aussitôt que, se servant de V instrument^ ils percutaient eux-mêmes. Ils trouvaient, comme moi, que le doigt qui fi^appe est un juge non moins
exact que r oreille qui écoute
« Ayant bien constaté ce fait, je m'attachai à bien apprécier la sensation donnée par le doigt dans la percussion médiate. Je reconnus que, non-seulement elle pouvait faire juger de la densité des organes sur lesquels le plessimètre est immédiatement placé, ou de celle des parties séparées de la plaque par des tissus solides, mais encore du degré de densité des parties, lors même que des fluides élastiques étaient interposés entre elles et le plessimètre. Ainsi, le doigt sent très-bien la densité de la peau qu'il percute médiatement, reconnaît celle du foie recouvert par les téguments et les côtes, et juge encore de la dureté de cet organe, bien qu'il soit séparé des parois costales par une lame de poumon rempli d'air. — Il est vrai, dit encore M. Piorry, que ces dernières différences ne peuvent être bien saisies qu'avec de l'habitude ; mais ce n'est
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qu'une raison de plus pour expérimenter. »
Nous n'avons rien à ajouter à ces citations, qui prouvent si bien toute l'importance que ces hommes si expérimentés attachaient à cette sensation tactile comme élément de diagnostic. Il faut donc s'attacher à bien distinguer, par un exercice répété, la résistance normale des organes, seul moyen d'apprécier les changements que les altérations morbides dont ils peuvent être affectés apportent à cette résistance.